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HARRY MORGAN EDITOR — EN LIGNE DEPUIS JUIN 1997

L'ADAMANTINE STRIPOLOGIQUE
L'ADAMANTINE LITTÉRAIRE ET POPULAIRE
L'ADAMANTINE ARTISTIQUE ET MONDAIN
L'ADAMANTINE EN ESTAMPES
L'ADAMANTINE STIRPOLOGIQUE
Je ne comprends rien à toutes ces salades stripologiques, littéraires, mondaines et autres. Je veux un sommaire.

RUBRIQUE QUOTIDIENNE (OU QUASI) DE L'ADAMANTINE


NOUNOURS EN MONTGOLFIÈRE — Dessin de Harry Morgan (vers 1967)

DANS LE TRAMWAY

WHITMAN ET FERLINGHETTI - LA CÉRÉMONIE DES CÉSARS

CONCOURS DE MAUVAISE ÉCRITURE

Plus elle réfléchissait, car elle réfléchissait tandis qu'elle guettait anxieusement le quai, dans le grand cocon tiède de la chaleur humide de cette fin d'été antillais, s'efforçant de reconnaître ce frère qu'elle n'avait pas vu depuis vingt ans, et comment serait-il habillé, d'abord, est-ce qu'il porterait des chaussures et, s'il en portait, porterait-il aussi des chaussettes à l'intérieur des chaussures, en dépit de la touffeur moite presque intolérable de l'atmosphère ambiante, plus elle réfléchissait, plus s'installait en elle la conviction que, lorsqu'on n'écrivait pas très bien et qu'on n'avait rien à raconter, c'était une bonne idée de faire des phrases très longues, parce que cela faisait penser à Proust.

CES PAUVRES TERRORISTES

CONCOURS DE MAUVAISE ÉCRITURE

L'auteure tient à exprimer sa lassitude (et celle du lecteur) à la bijouterie Cartier, aux assurancesAxa, à la gendarmerie de Montmorillon (86), au groupe Caisse d'Épargne, à Boeing, à Veolia environnement, à la fondation d'Auteuil, au commissariat de police de la 33e rue à New York, aux cires Johnson (Racine, Wisconsin), au sénateur Daniel K. Akaka du 111e Congrès des États-Unis, à l'Association Canadienne des Éleveurs de Porcs, à la National Scrabble Association, à Randa K. Phrotsushmektakruir, Adjunct Professor of Humanities & Social Sciences à Kanpur, Uttar Pradesh, à « Szilveszter » qui vend le journal Sans Abri devant le bureau de poste de Riedisheim (68), au Reader's Digest et enfin à internet, d'où sortent les tonnes d'informations non structurées et mal digérées sur lesquelles elle a basé ce récit. Toute ressemblance avec des événements historiques quels qu'ils soient, ou avec des personnes vivantes ou mortes est hautement improbable.

EXTRAIT DU CHAPITRE 42
« Jennifer, haleta John. Ce symbole, il figure sur le porte-clé de la voiture que nous avons louée chez Avis. Un tel symbole en losange s'appelle une macle. J'ai découvert cela en lisant le dictionnaire, pour améliorer ma culture générale.
— Est-ce que ce n'est pas simplement l'emblème de la marque Renault ?, demanda timidement Jennifer.
— Réfléchissez, Jennifer. Nous savons depuis hier que les Rohan portaient de gueule à neuf macles d'or. Or le palais des Rohan, à Strasbourg, est contigu à la cathédrale, dont nous savons depuis ce matin que la rosace est en réalité une référence voilée à la rose céleste, qui figure dans le chant XXXI du Paradis de Dante, qui est elle-même un symbole mystique de l'armée du Christ, dont nous savons depuis que nous avons regardé Questions pour un champion dans la chambre d'hôtel que descendent les Rohan.
— Alors, dit Jennifer d'une voix étranglée, cela signifie...
Une macle.
L'emblème des Rohans.
Impossible. Et pourtant...
— Mais, balbutia Jennifer, cela voudrait dire que le Christ...
— Exactement, triompha John. Voilà précisément ce que le Vatican essaie de nous cacher depuis deux mille ans. Voilà pourquoi tous ces gens ont été assassinés. Le Christ n'était pas charpentier. Il vendait des... »

À ce moment, la porte explosa sous les coups de boutoir du karateka albinos du tiers-ordre franciscain.

Bronwen Dent, Le Secret interdit

CONCOURS DE MAUVAISE ÉCRITURE

« Une école ? Qu'est-ce ce que c'est, ça, une école ?, hurla le Pachtoune. C'est un endroit où on apprend aux filles à danser sur les tables en sifflant du whisky. Nous n'en voulons pas, de vos écoles ! »

Zoé Chapati, La Talibane

LE LIVRE DES ESCROCS

HEGEMANN HELENE. Helene Hegemann, fille du célèbre écrivain et professeur de dramaturgie Carl-Georg Hegemann, publia en janvier 2010, chez Ullstein, alors qu'elle était âgée de dix-sept ans seulement, un roman de la veine « sexe et vomi », au titre bizarre, Axolotl Roadkill, racontant la vie nocturne de très jeunes adultes dans le monde nocturne des boîtes branchées, dont Berlin est la capitale. Elle en vendit 100 000 exemplaires, vraisemblablement à des adolescents boutonneux curieux de savoir ce qu'ils manquaient et à des parents souhaitant se documenter sur la vie nocturne de leur progéniture. Dès février 2010, un bloggeur perspicace fit remarquer les ressemblances de l'œuvre d'Helene avec le roman, très peu vendu, celui-là, d'un bloggeur de la scène nocturne berlinoise, œuvrant sous le pseudonyme d'Airen, qui était paru l'année précédente aux obscures éditions SuKuLTuR-Verlag, sous le titre Strobo. Helene reconnut du bout des lèvres qu'elle s'était peut-être appropriée des fragments du blog d'Airen, mais qu'elle ignorait l'existence de son roman. Comme il se découvrit immédiatement que son illustre papa lui avait commandé le roman, la défense ne convainquit guère, d'autant qu'on découvrit que la demoiselle s'était également appropriée les lyrics d'une chanson du groupe anglais Archive. Une nouvelle parue dans le magazine Vice devait beaucoup à un court-métrage de Benjamin Teske.

La bizarrerie du cas d'Helene Hegemann provient du fait que la jeune auteure se défendait en style post-moderne, invoquant la fluidité des identités textuelles et l'obsolescence de la notion d'œuvre originale, à l'heure de l'hypertexte, ce qui déclencha du reste un débat général sur le thème plagiat et intertextualité, car aucun Allemand ne peut résister à la tentation d'un beau débat théorique. Les éditions Ullstein, bêtement attachées à la notion obsolète de droit de propriété littéraire et d'œuvre originale, promirent de publier, dans la quatrième édition d'Axolotl Roadkill, une liste d'emprunts, une quarantaine en tout, dont la moitié au bloggeur Airen, tout en prévenant que, intertextualité obligeant, il y en avait peut-être d'autres.

LE LIVRE DES ESCROCS

LÉVY Bernard-Henri. La présence en ces pages du philosophe favori des médias est due à ce que le Canard enchaîné du 10 février 2010 appela drôlement un auto-entartage. BHL s'appuya dans son opus « théorique », De la Guerre en philosophie (Grasset, février 2010), sur le philosophe Jean-Baptiste Botul, auteur de La Vie sexuelle d'Emmanuel Kant (Mille et une nuits, 1999), en n'étant apparemment pas gêné par des détails biographiques comme des conférences faites après-guerre au Paraguay à une colonie de néo-kantiens (vivant à Nueva Königsberg !) par un philosophe n'ayant jamais publié une ligne. Comme l'écrit Le Monde du 15 février : « Des conférences à des néokantiens du Paraguay... voilà qui aurait peut-être dû susciter une certaine méfiance (sic). Bernard-Henri Lévy ne s'est pas méfié. »

Botul, philosophe « oral » (ce qui explique que personne n'en ait jamais entendu parler), est une invention plaisante (mais nullement un canular, n'y ayant pas d'intention de tromper) de Frédéric Pagès, habitué de l'émission Des Papous dans la tête à France Culture, et collaborateur au Canard enchaîné, et de son cercle, qui, réunis dans l'Association des Amis de Jean-Bapiste Botul, se chargèrent de publier les œuvres du génial inconnu, La Vie sexuelle d'Emmanuel Kant (conférences « retrouvées »), mais aussi Landru, précurseur du féminisme : Correspondance inédite, 1919-1922, Nietzsche et le Démon de midi (plaidoirie faite par Botul devant un tribunal professionnel de conducteurs de taxi pour sa défense contre une accusation de « détournement de jeune fille »), et Métaphysique du mou.

Aude Lancelin mit le feu aux poudres le 8 février sur le site du Nouvel Observateur. Le même jour, Bernard-Henri Lévy fit contrefeu sur son blog, laregledujeu.org. Le philosophe médiatique se montrait beau joueur (« un très brillant et très crédible canular » (sic)) et faisait l'élégant (« le canular étant, comme vous savez, une tradition normalienne j’avoue même éprouver un certain plaisir à m’être laissé piéger » ; traduction : je suis normalien, moi, monsieur). Mais surtout, BHL esquissait une défense : « Chapeau pour ce Kant inventé mais plus vrai que nature et dont le portrait, qu’il soit donc signé Botul, Pagès ou Tartempion, me semble toujours aussi raccord avec mon idée d’un Kant (ou, en la circonstance, d’un Althusser) tourmenté par des démons moins conceptuels qu’il y paraît. » Traduction : peu importait que La Vie sexuelle d'Emmanuel Kant fût un ouvrage de l'inexistant Botul ou de M. Frédéric Pagès, lui-même agrégé de philosophie, l'essentiel était que l'ouvrage fût excellent et BHL le citait donc à bon droit. Cette stratégie, qui alliait l'apparence de l'équanimité aux avantages du raisonnement circulaire, fut déployée à l'émission de Jean-Marie Colombani et Jean-Claude Casanova, La Rumeur du monde, sur France Culture, le 13 février 2010, et nourrit la chronique de Christophe Barbier sur le site de L'Express, en date du 12 février, le chroniqueur arrivant à écrire : « La polémique BHL-Botul ne devrait pas dépasser cette querelle de méthode de travail (sic). » Quant à Josyane Savigneau, dans Le Monde du 15 février, elle usa de ficelles un peu grosses, en expliquant que ceux qui se moquaient de Bernard-Henri Lévy étaient probablement antisémites (« Sur Internet, certains propos dégagent une odeur franchement nauséabonde. Le site de Libération a décidé de fermer des forums "largement plombés par des dizaines de commentaires souvent insultants et antisémites". »), et qu'en tout cas il était déloyal de disqualifier le travail du grand penseur à cause d'une unique toute petite erreur (« Faut-il, parce qu'il s'est malencontreusement piégé, éviter de lire Bernard-Henri Lévy, tenir pour nuls ses reportages, ses prises de position, ses réflexions sur la littérature, sur la religion ? »).

LE LIVRE DES ESCROCS

KOUWE Zachery. Zachery Kouwe, journaliste économique au New York Times, depuis octobre 2008, avait pris l'habitude de faire ses articles en s'inspirant de ceux du Wall Street Journal et de l'agence Reuters. On se passa de ses services en février 2010.

WHITMAN & FERLINGHETTI - MODES FÉMININES

KKK - LA VÉRITABLE HISTOIRE (1)

KKK - LA VÉRITABLE HISTOIRE (2)

KKK - LA VÉRITABLE HISTOIRE (3)

KKK - LA VÉRITABLE HISTOIRE (4)

ANNALES DU NEWSPEAK — La députée voilée.

WHITMAN & FERLINGHETTI - NOS AMIS LES BIEN PENSANTS

JOURNAL DE HARRY MORGAN

Le français aujourd'hui

« Contées dans une prose magnifique et extraordinairement concrète, avec forces détails et précisions quasi cinématographiques, ces mémoires sont à la fois chargées du flot de l’Histoire et d’une foule de micro histoires qui ont cependant, chacune à leur manière, une signification historique. Elles racontent ainsi toute la liberté et toute l’horreur du XXe siècle, faisant du Lièvre de Patagonie un livre unique, qui allie la pensée, la passion, la joie, la jeunesse, l’humour, le tragique. »
-Présentation de l'éditeur de l'ouvrage de Claude Lanzmann, Le lièvre de Patagonie, Gallimard - 12 mars 2009.

Personne n'est à l'abri d'une coquille ou d'une étourderie, et j'ai trop à faire de corriger les miennes pour donner des leçons aux autres. Mais tout de même, il y a des cas où l'on est obligé de prendre acte de ce qui n'est pas autre chose qu'une ignorance grossière de la langue française. Il faudra donc se faire à l'idée que, en ce début du XXIe siècle, les collaborateurs de l'illustre maison Gallimard ignorent le genre de mots appartenant au lexique littéraire, et ne savent pas que le mot « mémoire » quand il s'agit des « mémoires » d'un écrivain est du genre masculin.

Enseignement de l'ignorance et littératures dessinées

14 mars. — Je tombe par hasard sur un essai mis en ligne sur le site du Centre régional de documentation pédagogique de l'académie d'Aix-Marseille, intitulé « La vision des Arabes dans une bande dessinée des années 1930 », et signé par quatre élèves de classe de première Économique et sociale d'un lycée privé du sud de la France, vraisemblablement (bien que cela ne soit précisé nulle part) dans le cadre de leurs « travaux personnels encadrés », tant vantés sur le plan pédagogique comme favorisant l'autonomie de l'élève, et censés préparer l'accès à l'enseignement supérieur en initiant l'élève à une démarche de recherche.
Le moins qu'on puisse dire, au vu de ce travail jugé suffisamment exemplaire pour être récompensé par une publication en ligne, est que ces objectifs sont loin d'être atteints.
La bande dessinée choisie par nos chères têtes blondes (on va voir pourquoi dans un moment) est une œuvre de jeunesse de Robert Dansler (qui signera Bob Dan), Mohamed Fil-de-Fer et Ali Boubou Marius chez les Barbaresques, 'une tartarinade, avec personnages marseillais prototypiques et caricaturaux.
Notons pour commencer que nos lycéens ont borné leur recherche documentaire à une requête sur google. Ce qu'ils écrivent de Robert Dansler est copié/collé de la notice du dessinateur sur le site bedetheque.com, faute comprise, puisque Bob Dan devient Dan Bob. À la fin de l'article sont cités d'autres titres de Dansler, repris sur une source quelconque, mais — pas de chance ! — Dans Les Griffes du serpent vert et Le Bal des serpents ne sont pas des bandes dessinées, comme le croient nos chercheurs en herbe, mais des romans populaires en fascicules, Dansler ayant pratiqué à la fois l'écriture et la bande dessinée.
Comme on le voit, le travail minimal, adapté aux possibilités d'un élève de première, qu'aurait été la consultation d'un dictionnaire ou d'une encyclopédie de la bande dessinée dans une médiathèque n'a pas été fait. Dans de telles conditions, il y avait évidemment peu de chance qu'on s'aventurât jusqu'à la littérature savante. Pas plus que les enseignants qui les encadrent, les élèves ne savent qu'il existe une littérature secondaire sur la bande dessinée, et que, si on veut apprendre des choses sur Bob Dan, il faut consulter la revue Hop ! C'est bien dommage, puisque cela aurait permis de découvrir ce qu'est une revue d'études, d'apprendre dans quelles institutions on peut consulter une revue d'études, de comprendre comment on utilise un sommaire analytique ou comment on consulte une base de données.
Il faut donc conclure que, loin d'initier ces jeunes gens à la recherche documentaire telle qu'elle est pratiquée à l'université, on leur a confirmé qu'il fallait faire ce qu'ils font déjà spontanément (rechercher sur internet). C'est absolument anti-pédagogique et cela déprépare à l'enseignement supérieur. Du coup, on a gâché un sujet pourtant très propre à intéresser des jeunes gens. Car un embryon de recherche sérieuse, et un minimum de curiosité, toujours dans les limites de ce qui est accessible à un lycéen, auraient amené de belles questions. Qu'est-ce qu'un album ? Qu'est-ce qu'un roman populaire en fascicule ? Pourquoi fait-on toujours des albums, alors qu'il n'y a plus de romans populaires en fascicules ? Pourquoi cet album-là est-il en bichromie et non « tout en couleur » comme ceux que nos jeunes gens ont l'habitude de lire ? Qu'est-ce qu'un « auteur » de bande dessinée ou de roman populaire ? Quel est son statut ? Comment vit-il ? Est-il riche ? Est-il célèbre ? Pourquoi donc Robert Dansler est-il si prolifique ?
Passons au fond. Le travail de nos lycéens se borne en réalité à une étude de contenu. Et quelle étude ! « Que nous raconte cette bande dessinée ? » se demandent nos jeunes chercheurs. Réponse : « Une population arriérée et violente : les Arabes nous sont présentés comme agressifs  », « violence barbare », « justice tyrannique et arbitraire dans son fonctionnement et barbare dans ses punitions (supplice du pal) », « le cadi est dessiné sous les traits d’un homme perfide et manipulateur », « une population naïve, inculte et finalement inoffensive : les Arabes ne sont finalement pas si méchants. Ils sont seulement naïfs », « mais les Arabes ont beau être des sauvages ils n’en sont pas moins poltrons », « En définitive, une situation de sauvagerie qui justifie la colonisation comme "mission civilisatrice" (Jules Ferry) ». Et comme les enseignants qui supervisent le travail sont zélés et qu'on se prépare aux études supérieures, on a droit à cet endroit à une analyse savante sur le contenu idéologique, qui ne serait pas déplacée dans un mémoire de master ou une thèse : « La colonisation souvent présentée comme une libération est ici présentée comme une double libération : libération de la sauvagerie mais aussi de nos deux héros marseillais. »
Résumons : Mohamed Fil de Fer et Ali Boubou Marius, c'est raciste. Les 5000 signes que compte l'essai de nos « premières » sont intégralement consacrés à établir ce point essentiel. Nos jeunes gens n'ont choisi d'étudier l'album que parce qu'il constituait à leurs yeux un document incriminant sur la « vision » d'un dessinateur, vision que, prudents, ils jugent « peut-être » raciste, mais qui, en tout état de cause, « correspond certainement à ce que pensait la population de l’époque ». (Au passage, nos bouillants jeunes gens règlent définitivement son compte à un auteur plus considéré : « Et finalement en matière de cliché sur les civilisations différentes il [Dansler] n’a rien à envier à un auteur plus connu : Hergé. »)
Et peu importe que les griefs relevés soient contradictoires (car enfin, il faudrait savoir : les Arabes sont-ils cruels ou « pas si méchants » ? on ne peut se contenter de lancer une accusation de façon ad hoc, parce qu'un élément du récit semble l'étayer ponctuellement). Et peu importe qu'on soit devant une bande dessinée comique (qui joue par définition sur des effets hénaurmes, des supplices « pour rire », qui met par définition en scène des personnages de matamores, ou au contraire de naïfs, de poltrons).
Si nos jeunes gens s'étaient penchés sur les héros de l'album, Marius et Fil-de-Fer, ils auraient peut-être trouvé que ceux-ci ne sont ni plus ni moins caricaturaux que les Arabes représentés. Et comme il est difficile de supposer chez le parisien Robert Dansler un racisme anti-marseillais, cela aurait peut-être aiguillé nos lycéens vers le stéréotype du personnage (le gros vs. le maigre, le jovial vs. le triste) et le stéréotype régional (le Marseillais est expansif et amateur de galéjades, le Breton est tête de cochon mais dur à la peine, etc.), qui fit les beaux jours de la littérature destinée à la jeunesse pendant un siècle, et qui ne diffère pas fondamentalement du stéréotype colonial.
Au total, le résultat de la recherche apparaît aussi étique que la méthode. Sur le plan idéologique (puisque c'est à cela que s'est bornée l'analyse), on n'a pas touché du doigt la notion de stéréotype, la fonction que peuvent avoir ces stéréotypes dans le récit, la fonction qu'ils peuvent avoir dans une société, comme constitutifs de l'identité collective. On n'a pas davantage fait voir à ces adolescents que les représentations collectives prenaient sens dans une société donnée et qu'elle évoluaient avec le temps. On s'est contenté, ici aussi, de conforter les attitudes spontanées des élèves, en les plaçant dans la position de dénonciateurs du « méchant raciste », conformément à une rhétorique qui est en réalité celle des médias, érigés depuis une génération en juges de la moralité publique, et perpétuellement occupés à traquer les « dérapages », et à monter en épingle les « polémiques » et les « scandales ».
Outre qu'une telle attitude de dénonciation systématique ne contribue pas nécessairement à la paix sociale dans une société multi-ethnique, puisqu'elle semble faite à dessein pour encourager l'hyper-susceptibilité des populations allochtones et pour nourrir leur préoccupation du grief, elle nous oblige à reconsidérer notre rapport à notre propre histoire et aux œuvres de notre passé, fût-ce une modeste bande dessinée due à la plume d'un dessinateur aujourd'hui inconnu du grand public. S'il faut désormais analyser l'intégralité de notre littérature dessinée comme s'il s'agissait de caricatures antisémites du Stürmer ou des Fliegende Blätter nazifiés, il faut poser sérieusement la question de la conservation de cette littérature, et de la façon dont nous enseignons son histoire et son esthétique.
Voilà, au final, ce que révèle cet excellent travail d'élèves de première, scolarisés dans un lycée catholique de centre-ville, travail récompensé par une publication en ligne sur un site de l'Éducation nationale. En confortant l'élève dans l'idée que sa façon de faire instinctive ou que sa conception spontanée sont les bonnes, qu'il n'est besoin ni de méthodes ni de concepts plus élaborés, on encourage la paresse intellectuelle et l'absence de curiosité, et on prépare aussi mal que possible le passage à l'université. En n'étudiant un album que pour son contenu idéologique, on confirme un préjugé de la classe moyenne faiblement éduquée (qui juge systématiquement une œuvre de fiction à l'aune des « idées » qu'elle contient ou qu'elle est censée contenir), en faisant complètement l'impasse sur ce qui relève de la forme de cette œuvre, et qui en fait l'intérêt (l'album comme objet éditorial, les codes du récit dessiné, les genres littéraires du voyage comique et de l'épopée burlesque, les figures du comique marseillais et de la galéjade, etc.).
Mais le plus gênant est sans doute l'éducation permanente au soupçon qui se décèle ici, vis-à-vis de n'importe quelle œuvre du passé, et l'encouragement systématique à une lecture de cette œuvre qui est en réalité malveillante, lecture dictée par une idéologie pas moins pesante que dans un totalitarisme (nos lycéens auraient pu surmonter leur essai d'un slogan tel que « nous bâtissons l'antiracisme », sur le modèle du « Wir bauen den Sozialismus » des jeunes Est-Allemands).
Et lorsqu'on fait baigner la jeunesse dans un climat dominé par la suspicion et la pratique du mouchardage, il faut s'attendre à ce que cette jeunesse succombe de temps en temps à des tentations paranoïaques. Un peu vexés que leurs maîtres leur reprochent de n'avoir rien trouvé sur l'album, les lycéens se justifient ainsi  : « Nous n’avons trouvé aucune information sur cette BD, aucune référence. La date de publication n’est pas indiquée mais c’est probablement juste après 45 puisque c’est édité chez Artima. Peut être avons-nous mal cherché, peut être y a-t-il volonté de ne pas écorner un auteur connu. » Traduisons : si on ne trouve pas, en faisant une recherche sur google, de notice sur Mohamed Fil-de-Fer et Ali Boubou Marius c'est que les spécialistes de Bob Dan, connaissant la nature de cette œuvre, ont choisi de la passer sous silence, pour ne pas compromettre la réputation de leur grand homme.

Un Ku Klux Klan afro-musulman

12 mars. — Je découvre sur la Toile le programme d’un parti nouvellement constitué, le Parti des Indigènes de la République, issu du mouvement du même nom, et qui apparaît comme une sorte de Ku Klux Klan afro-musulman, militant pour l’abolition de l’Europe blanche — ou plutôt du « projet de construction d’une Europe blanche », les intéressés pensant apparemment que cette Europe blanche et chrétienne a déjà cessé d’exister, du fait de leur présence.

Le parti est également violemment monté contre la République française, décrite comme un régime d’apartheid (« un système politique, idéologique et social basé sur les inégalités raciales au sein de l’Hexagone, à l’encontre de l’immigration coloniale et de ses enfants »). Le concept d’« immigration coloniale », introduit dans cette phrase, n’est pas clair, mais, si je comprends bien, les intéressés s’imaginent vivre dans un gigantesque empire colonial, qui serait dominé par les blancs, et dont ils constitueraient les populations indigènes. Et, de cet empire, ils prétendent se rendre maîtres en s’appuyant sur une triple revendication : libre circulation vers la « métropole » (qu’ils appellent « l’Hexagone »), citoyenneté de plein droit à tout migrant (« citoyenneté de résidence »), et communautarisation de ce que les intéressés appellent bizarrement l’État français, les migrants conservant leur langue, leurs coutumes et leur institutions propres.

Le jihad contre le dessin de presse

10 mars. — Nouveau complot jihadiste, déjoué en Irlande, par la garda. Un groupe islamique s’apprêtait à assassiner un dessinateur suédois, Lars Vilks, qui a, dans trois dessins exécutés en 2007, représenté Mahomet sous forme de rondellhund. Un rondellhund est une sculpture de chien placée sur un rond-point par des anonymes, dans l’intention de moquer l’art urbain. L’une des images de rondellhund de Vilks parut le 18 août 2007 dans le quotidien local d’Örebro, Nerikes Allehanda. Elle illustrait un éditorial sur la liberté d’expression à l’heure du jihad planétaire.
Comme tout dessin de presse, le croquis de Lars Vilks était de nature métadiscursive, non seulement parce qu’il fallait, pour le comprendre, connaître le référent (et donc savoir ce qu’est un rondellhund), mais aussi — et surtout — parce qu’un dessin éditorial est par définition un commentaire sur une actualité. Le dessin de Lars Vilks posait la question que posaient déjà les caricatures danoises du Jyllands-Posten : « Avons-nous, nous autres Européens, encore le droit de nous exprimer librement sur l’islam ? »
Le projet d’attentat contre Lars Vilks, comme les deux tentatives d’assassinat de Kurt Westergaard, auteur de la plus fameuse des caricatures du Jyllands-Posten, sont des réponses en actes, données, au nom de l’oumma, par les jihadistes, réponses qui complètent les protestations par la voie diplomatique (si on peut encore la nommer telle) des régimes iranien, pakistanais, afghan, égyptien, jordanien, ainsi que de l’Organisation de la Conférence islamique.

Persécutions anti-chrétiennes et caricatures de Mahomet

3 mars. — Les blogs chrétiens mandent qu’au Pakistan deux chrétiens, le mari et la femme, ont été condamnés à 25 ans de prison sous l’inculpation d’avoir touché le Coran sans s’être lavés les mains au préalable. Il n’y a rien là qui doive surprendre et de telles condamnations sont monnaie courante au pays des « purs ». Car lorsque, en terre d’islam, la plèbe ressent le besoin d’assassiner un prêtre ou des fidèles, de brûler une église ou d’incendier un quartier chrétien, il se découvre invariablement que les chrétiens avaient fait, ce jour-là, des saletés avec le Coran. Et si l’État inscrit dans son code pénal, comme l’a fait le Pakistan, la profanation du Coran (punie d’emprisonnement à perpétuité, art. 295-B), et le blasphème contre Mahomet (puni de mort ou d’emprisonnement à perpétuité, art. 295-C), il faut, aux exactions spontanées des fanatiques, ajouter les rigueurs de la loi.
Comment ne pas repenser à l’affaire dite des caricatures de Mahomet, c’est-à-dire aux émeutes et aux saccages de février 2006, qui n’étaient pas autre chose après tout qu’un gigantesque pogrom anti-chrétien, mené simultanément au Pakistan, en Afghanistan, en Syrie, en Iran, au Liban, à Gaza, après que la fureur de destruction des émeutiers avait été excitée par l’habituelle accusation de sacrilège.
Et en effet, à bien examiner, l’affirmation que les Européens auraient, en le représentant sous forme de dessins humoristiques, insulté Mahomet apparaît de même nature exactement que l’accusation d’avoir touché le Coran avec des mains sales, la vermine chrétienne ne pouvant entrer en contact, ne pouvant même se trouver dans la proximité d’un symbole de l’islam sans le contaminer. En Malaisie, le gouvernement en était arrivé l’an dernier à interdire aux chrétiens d’employer dans leur presse en langue malaise le mot « Allah » (qui signifie « Dieu », tout simplement), puisque, n’étant pas musulmans, ce nom, ils le souillaient chaque fois qu’ils l’imprimaient.
Ce qui confond l’esprit, c’est qu’il se soit trouvé en Occident, après les exactions de février 2006, des misérables pour entrer dans les raison des jihadistes, pour se persuader que ceux-ci devaient avoir un juste motif de plainte, pour présenter des excuses — comme vient de le faire encore le rédacteur en chef du quotidien Danois Politiken (qui n’a reproduit les caricatures qu’en 2008, après le premier attentat contre Kurt Westergaard) —, pour demander, comme le dessinateur Plantu, la « trêve des caricatures » ou, pire encore, pour déposer comme le député du Gard, Jean-Marc Roubaud et le député-maire du Raincy Éric Raoult, le projet d'une loi anti-blasphème qui, si elle avait été votée et appliquée, aurait réduit les non-musulmans en France à la condition des chrétiens martyrisés du Pakistan.

René Girard et la théorie mimétique

26 février. — J’ai l’intuition que l’islam conquérant, et l’empressement de l’Occident à se mettre aux normes mahométanes, représentent, sur le plan anthropologique, une extraordinaire régression, puisqu’il s’agit de revenir, avec la violence islamique, à l’aveuglement de la foule des persécuteurs, et de faire fi de ce qui est, selon René Girard, le centre de la révélation néotestamentaire — et par conséquent le centre de la culture occidentale —, la découverte que la victime de la violence mimétique est innocente. (À la question : « Robert Redeker est-il innocent ? », une majorité de mes contemporains répondrait certainement par la négative. Et si l’on demandait de quoi Redeker peut bien être coupable, la réponse spontanée serait certainement que la preuve que Redeker est coupable, c’est que la communauté musulmane l’accuse.)
Il est singulier que l’idéologie occidentale qui a permis ce retour à la violence sacrée soit structurée précisément autour de la représentation persécutrice et de la déploration victimaire. Mais une société qui place au centre de son paysage mental les grands massacres du XXe siècle ne se prémunit nullement contre de nouveaux massacres, bien au contraire. La concurrence victimaire qui découle de la commémoration de ces massacres n’est pas autre chose, si l’on applique le schéma de Girard, qu’une rivalité mimétique, prélude à la violence sacrificielle.
L’instrumentalisation de la Solution finale relève du cas d’école, tant le mécanisme de la rivalité mimétique y est évident. On ne ressasse l’Holocauste que pour expliquer que désormais ce sont les juifs qui sont les occupants, que désormais ceux qui enferment leurs victimes dans des ghettos, ce sont les juifs, enfin, que, désormais, le nazisme porte le nom de sionisme et que ceux qui, hier, étaient les victimes sont aujourd’hui les bourreaux. À l’hystérie commémoratrice répond l’hystérie accusatrice. Les deux discours sont parfaitement symétriques et leur intensité croît ensemble.
De même, la terrifiante idéologie de notre temps, celle de l’indifférenciation générale (multiculturalisme, injonction de métissage, pansexualité), loin d’annoncer la fin des conflits de nations, de races, de religions, de sexes, de générations, représente le paroxysme de la crise mimétique, le moment où cette crise constitue littéralement les rivaux en doubles. Généralisée à l’ensemble de la société, cette culture de l’indifférenciation où plus rien ne distingue l’homme de la femme, le citoyen de l’étranger, le maître de l’élève, le jeune homme du vieillard, amène cet état de chaos qui, comme le montre Girard, prélude à la crise sacrificielle, où, de la lutte de tous-contre-tous, on passe à la lutte de tous-contre-un, et par quoi la société se décharge temporairement sur un bouc émissaire de son trop-plein de violence.
Et sans doute faudra-t-il accepter cette vérité, si épouvantable qu’elle nous paraisse d’abord : si l’on n’enseigne plus rien d’autre aux petits Européens qu’Auschwitz et que les horreurs de la colonisation, ce n’est pas du tout dans le dessein de les dissuader de nouvelles aventures totalitaires. C’est tout au contraire pour leur faire accepter les massacres futurs.

La mort d'un dissident

24 février. — Journal de France Culture, ce matin à sept heures. J’entends ceci : « Il s'appelle Orlando Zapata. Ce prisonnier politique cubain est décédé hier dans un hôpital de la Havane. Il est mort des suites de la grève de la faim qu'il avait entamée il y a plus de deux mois pour protester contre ses conditions de détention. Aucun détenu politique n'était mort en détention depuis le début des années 70 à Cuba. »
Cela a duré exactement dix-sept secondes. Suit un sujet sur un congrès abolitionniste qui s’ouvre à Genève, à l’initiative d’une ONG, Ensemble contre la peine de mort. Interview d’un militant qui s’occupe d’un condamné à mort américain, Roger McGowen, et qui déclare ceci : « C'est vrai que j'ai rencontré un homme absolument délicieux et magnifique. Parce qu'il faut voir dans quel endroit il vit. [Larmes dans la voix.] C'est un être qui a décidé de donner de l'amour comme seule façon de s'en sortir dans cet enfer. » Et on continue dans la même veine, ce sujet sur le congrès abolitionniste durant deux minutes exactement.
Je crois qu’il y a là une excellente illustration de ce qu’est l’idéologie de notre temps, et de la nature monstrueuse de cette idéologie. Roger McGowen est un voleur et un meurtrier, condamné à mort pour avoir assassiné la patronne d’un bar au cours d’un hold-up. McGowen occupe ses loisirs forcés à écrire des fadaises spiritualisantes. Il faut donc répéter partout que McGowen est victime d’une erreur judiciaire, qu’il est un saint et que ses conditions de détention sont cauchemardesques. Tandis qu’Orlando Zapata, qui était innocent et qui croupissait dans un cachot de Castro, aux mains des tortionnaires de Castro, n’intéresse personne.

Une exposition Saul Steinberg

18 février. — Exposition Saul Steinberg au Musée Tomi Ungerer de Strasbourg. Manuel Hirtz me fait remarquer à quel point Steinberg a pu inspirer de médiocres dessinateurs. Le fait est que je m’avise seulement maintenant que les dessins de Patrice Leconte, futur réalisateur, parus dans Pilote au début des années 1970 sont du très mauvais Steinberg.



Attrapant des bribes de conversations, je me désole que le public comprenne si peu ce qu’il voit, en particulier parce qu’il n’accède pas à cette vérité que Steinberg représente l’intériorité, soit dans des portraits — ou des autoportraits — psychologiques (dans « Rabbit », 1960, un homme est représenté comme portant à l’intérieur de la tête un lapin qui regarde anxieusement à la lucarne de ses yeux), soit par une perception qui n’est plus objective, mais qui est celle d’une conscience (dans « The Cocktail », 1964, chaque invité de la soirée est représenté en proportion de l’importance qu’il prend, le fâcheux de service, héritier de tant de « boars » dans le cartoon victorien, devenant un énorme rictus sur pattes, mais le petit chien de la maîtresse des lieux étant réduit à une présence fantomatique). Devant l’homme au lapin, une maman explique à son enfant : « Tu vois, il a un petit chien dans la tête », sans chercher autre chose, me semble-t-il, que du saugrenu. Devant « The cocktail », trois dames mûres déclarent : « On voit ce qu’on veut », se réfugiant dans le poncif petit-bourgeois de l’art ininterprétable.
Même sur les cartels de l’exposition, la célèbre formule de Steinberg « I’m a writer who draws » est interprétée comme une allusion à la calligraphie et à l’usage de la métaphore et de la métonymie, et illustrée en conséquence, comme si cette idée que Steinberg faisait avec des traits ce que Virginia Woolf faisait avec des mots demeurait inadmissible.

Alexandre Dumas et les noirs

Parce que Gérard Depardieu tient à l’écran le rôle d’Alexandre Dumas, des intellectuels afro-antillais déclenchent une polémique, complaisamment entretenue par les médias, Dumas étant désormais supposé être noir, et devant par conséquent être joué par un noir, en vertu du monopole que les communautaristes s’attribuent sur leur communauté.
Le Progrès de Lyon se surpasse dans la bêtise en écrivant (14 février) : « Un acteur blanc, Gérard Depardieu, pour incarner le grand écrivain métis Alexandre Dumas : une décision qui montre à quel point les élites peinent à être en phase avec la diversité de la France, estiment des personnalités du monde des médias et de la société civile. » Et le quotidien précise : « Nombre de Français connaissent l'auteur des Trois Mousquetaires mais rares sont ceux qui savent qu'il était métis comme Barack Obama. »
Écrire à propos d’Alexandre Dumas « le grand écrivain métis » c’est se montrer totalement dépourvu du sens du ridicule, et cela témoigne de surcroît d’une véritable obsession racialiste. Alexandre Dumas était fils d’un mulâtre, autrement dit un quarteron. Cela ne suffisait pas, ni à son époque ni aux suivantes, pour le définir comme « noir » ni même comme « métis » (mais on aurait dit « mulâtre », au XIXe siècle, un métis étant un descendant de blanc et d’indienne, ou de blanche et d’indien). Même les Goncourt, si méchants, si réactionnaires, si antisémites, le tiennent pour « à peu près blanc » (Journal des Goncourt, 5 mars 1886). Le Castex et Surer de 1954 décrit Dumas comme « fils d’un créole de Saint-Domingue qui fut général d’Empire », créole désignant, d’après le dictionnaire de Littré, « un homme blanc, une femme blanche, originaire des colonies ». Il faut attendre la fin du XXe siècle pour trouver des ouvrages sur la « négritude » de Dumas. Pour déterrer des allusions anciennes à la qualité de mulâtre de Dumas il faut consulter le pamphlet injurieux de Mirecourt — qui est du reste l’origine du vocable de « nègre » tel qu’utilisé en littérature, les collaborateurs de Dumas qui ne signaient pas se ravalant, selon le pamphlétaire, « à la condition de nègres, travaillant sous le fouet d’un mulâtre » (Eugène de Mirecourt, Fabrique de romans, maison Alexandre Dumas et compagnie, 1845, p. 46). Ou alors, il faut puiser dans la littérature des mabouls, tels Charles Carroll, auteur de The Negro a Beast (1901) et de The Tempter of Eve (1902), qui explique sérieusement que le noir est un singe supérieur et qu’il n’a par conséquent point d’âme, et qui, à propos du mulâtre Dumas, note ceci : « The mere fact that Alexandre Dumas possessed a fine mind is no evidence that he possessed a soul. » (The Negro a Beast, p. 373. Cité par Martin Gardner, Fads and Fallacies in the Name on Science, Dover, 1957 [1952], p. 157.)
Dans l’actuelle polémique, le comble de l’impudence est atteint par le Martiniquais Emmanuel Goujon et par l’Ivoirien Serge Bilé, qui se présentent comme « écrivains et journalistes » et qui, sur le site Rue89 (mise en ligne le 09 février 2010, à 17H16), écrivent : « Alexandre Dumas se décrivait, d'ailleurs, lui-même, dans ses Mémoires, comme un « nègre », avec des « cheveux crépus » et un « accent légèrement créole ». Tout l'inverse, à l'évidence, de… Gérard Depardieu. »
Je lis, moi, dans ces fameux Mémoires (Michel Lévy frères, édition de 1865, p. 288) : « Quant au physique, je faisais un assez joli enfant : j’avais de longs cheveux blonds bouclés, qui tombaient sur mes épaules, et qui ne crêpèrent que lorsque j’eus atteint ma quinzième année ; de grands yeux bleus qui sont restés à peu près ce que j’ai encore aujourd’hui de mieux dans le visage ; un nez droit, petit et assez bien fait ; de grosses lèvres roses et sympathiques ; des dents blanches et assez mal rangées. Là-dessous, enfin, un teint d’une blancheur éclatante, lequel était dû, à ce que prétendait ma mère, à l’eau-de-vie que mon père l’avait forcée à boire pendant sa grossesse, et qui tourna au brun à l’époque où mes cheveux tournèrent au crêpu. »
On n’est pas plus noir !

Je retrouve dans les Mémoires de Dumas le passage auquel MM. Goujon et Bilé font allusion. Le contexte est le suivant : Dumas menace de ses pistolets le commandant de la place de Soissons pour se faire ouvrir la poudrière car il a promis au général La Fayette d'offrir cette poudre aux insurgés parisiens qui en manquent. La femme du gouverneur s'écrie : « C'est une seconde révolte des nègres ! » Dumas note alors ceci : « À mes cheveux crépus, à mon teint bruni, à mon accent légèrement créole, — si toutefois, au milieu de l'enrouement dont j'étais atteint, il me restait un accent quelconque, — elle m'avait pris pour un nègre, et s'était laissée aller à une indicible terreur. » (Mes Mémoires, sixième série, nouvelle édition, Michel Lévy, 1868, p. 233.) Comme on le voit, c'est frauduleusement que MM. Goujon et Bilé lisent dans ce passage une proclamation de négritude. On peut même faire l’observation que ces messieurs refont l’erreur de la femme du gouverneur.

Journalisme et bien-pensance

17 février. — Dans le documentaire « Huit journalistes en colère » de D. Jeambar, F. Bordes et S. Kraland, diffusé sur Arte, le 9 février, David Pujadas, présentateur du journal télévisé de 20 heures sur la chaîne France 2, tient sur l’actuel bourrage de crâne médiatique, et sur la dictature des bien-pensants, des propos dont la lucidité et le courage impressionnent. Pujadas déclare ceci : « [Le journalisme] souffre d’abord de conformisme et de mimétisme. (...) On a le sentiment d’entendre un bruit de fond médiatique avec non seulement les mêmes sujets, aux mêmes moments, mais avec les mêmes mots, les mêmes enchaînements et surtout — surtout — le même regard, la même sensibilité. Qu’est-ce que ce regard ? Eh bien pour le résumer, c’est ce qu’on pourrait nommer le journalisme des bons sentiments. De même qu’il y a une littérature des bons sentiments. Émouvoir, toucher le cœur, mettre en scène la complainte, ça fait de l’audience. Mais il y a plus que cela. Le journalisme des bons sentiments c’est aussi une bien-pensance, c’est l’idée que par définition le faible a toujours raison contre le fort, le salarié contre l’entreprise, l’administré contre l’État, le pays pauvre contre le pays riche, la liberté individuelle contre la morale collective. En fait c’est une sorte de dérive mal digérée de la défense de la veuve et de l’orphelin, cette posture qui valorise le journaliste et qui a l’apparence — l’apparence — du courage et de la révolte. L’autre problème de ce journalisme c’est qu’il rend toute action politique vaine et dérisoire puisque par définition elle est imparfaite, qu’elle ne satisfait pas tout le monde et que de toute façon les médias valoriseront toujours ceux qui en font les frais ou qui crient le plus fort. »

BLOC DE HARRY MORGAN — VIEILLE ANTICIPATION

Lu The Eye of Balamok de Victor Rousseau, paru dans The All-Story en 1920. Il s’agit d’un roman de terre creuse situé dans le désert australien. Dans le récit-cadre, un prospecteur mourant de soif découvre un manuscrit dans une hutte de pierre. Le narrateur est un certain Ronald Gowan. Il s’est laissé convaincre par une crapule du nom de Sewell de chercher de l’or dans un lieu réputé habité par une race mystérieuse dirigée par une reine blanche. Les prospecteurs sont capturés par des aborigènes qui sont effectivement les esclaves d’une race blanche souterraine, les Fendaks, qui ne peuvent supporter les rayons directs du soleil et ne s’aventurent donc à la surface que la nuit. Gowan et Sewell ne sont pas mis à mort parce que Gowan porte sur le bras le tatouage d’un aigle, et qu’il est donc assimilé à l’un des totems des Fendaks. Le duo est emmené sous terre. Suit une aventure classique de Munsey magazine, avec belle princesse, royaumes rivaux et sorcier maléfique.
La fin du roman est assez confuse. La guerre perdue, Gowan et sa princesse se retirent dans des marais. La princesse, que la magie des prêtres rendait immortelle, vieillit rapidement. Mais lorsque Gowan la ramène dans la capitale, il découvre que de nombreuses générations se sont passées, que la guerre n’est plus qu’un lointain souvenir et qu’ils sont eux-mêmes à demi-légendaires. Gowan est ensuite exilé à la surface, jusqu’à ce que la princesse ait déterminé s’il est réellement le messie annoncé par les prophéties. On revient alors au récit-cadre et l’explorateur se demande si le squelette qu’il trouve est celui de Gowan, celui du traître Sewell, ou celui de l’aborigène qui les accompagnait.
Le seul élément donné par l’auteur qui pourrait expliquer cette curieuse chronographie est le suivant : le monde intérieur n’ayant pas de nuits, les gens ne dorment pas, mais tombent seulement en léthargie toutes les six heures, et de ce fait, pour des raisons physiologiques, leur existence est nécessairement fort brève. Si l’on suit cet indice, le motif fantastique des Sept Dormants (lorsque les héros, du désert, reviennent à la civilisation, il s’est passé des siècles) s’expliquerait ici par le fait que les générations des Fendaks se succèdent extrêmement vite, et que l’histoire de leur race est accélérée en proportion. Mais une telle explication est insatisfaisante et la fin du récit apparaît curieusement précipitée, pour ne pas dire bâclée, gâchant un fort honnête récit d’aventures, plus proche du conte merveilleux que de la science-fiction.

Lu The Peacemaker (1934) de C. S. Forester, le créateur de Horatio Hornblower et l’auteur de The African Queen. Il s’agit d’une excellente fantaisie scientifique dans la tradition de Wells. Le Dr Pethwick, un petit professeur de physique chahuté et mal marié, a inventé une façon de démagnétiser les aimants. Pour regagner l’estime de la femme qu’il aime, la fille du proviseur de sa public school, il se mue en savant fou et provoque, dans le but d’obtenir un désarmement général, des embouteillages gigantesques dans Londres, en démagnétisant les électro-aimants des démarreurs.
La trouvaille technique du rayon antimagnétique est excellente. La mise en œuvre du plan de Pethwick, ses conséquences, et les réactions aux événements dans la presse et dans l’opinion, sont décrites avec réalisme et ironie. Si les personnages sont des poncifs (le headmaster de public school vieille culotte de peau, sa fille aux idées avancées, l’épouse du professeur, mégère alcoolique sortie du peuple), leur psychologie est rendue crédible par un auteur qui connaît bien le monde dans lequel il vit.
Il est étonnant que ce petit joyau ne soit pas plus connu.

Revu Aelita (1924) de Yakov Protazanov, dans une version de 110 minutes. Universellement présenté comme le premier film soviétique de science-fiction (mais apparemment il n’y en eut guère d’autre avant la fin des années 1950 et l’arrivée de Klushantsev), il s’agit d’un brouillon hâtif caractérisé par sa complète incohérence narrative. Sur un plan idéologique, le film mêle propagande bolchévique (grands travaux, défilés), antisémitisme (le méchant de l’histoire, Ehrlich, est un juif aux manières insinuantes et un surgeon de l’ancienne bourgeoisie), et un embryon de satire sociale : on croit comprendre que l’apprenti flic du film permet de moquer discrètement l’État policier qu’est l’URSS ; quant à la double intrigue sentimentale, les amours du soldat Gusev et la jalousie de l’ingénieur Los, elle n’est pas sans rapports avec la promotion de l’amour libre qui avait accompagné la révolution, et qui avait amené un délitement de la société, avec son cortège de drames passionnels.
La principale conséquence de l'incohérence complète de l'intrigue est que la partie martienne n’existe en réalité que dans la rêverie de l’ingénieur Los, ce qui empêche naturellement l’adhésion du spectateur et vide le film de son sens. La vision de Mars se caractérise par un mélange de style ballets russes et de constructivisme. Aelita reine de Mars est coiffée d’un abat-jour. Le dictateur Tsukub porte une couronne en cellophane. Les prolétaires ont la tête dans des boîtes en carton, tandis que les soldats ressemblent à des robots. Dans cette partie martienne, on voit ce qui s'analyse soit comme un souvenir des massacres de la guerre civile, soit comme une anticipation sur les meurtres de masse des années 1930 : les prolétaires surnuméraires sont envoyés par des rampes dans un souterrain où on les met en catalepsie, après quoi on les entasse comme des fagots.

JOURNAL DE HARRY MORGAN

JOURNAL 2010. - Il faut laisser tuer Kurt Westergaard. - The Beetle de Richard Marsh. - Un dessin de William Napoleon Grove. - Une exposition Fabrice Neaud.

JOURNAL 2009. - Das Kabinett des Dr Caligari - Jeunesse. - « Baby P » et la morale du perpétrateur. - Créole de banlieue. - A Girl of the Limberlost (1909) de Gene Stratton Porter. - L'Église et les médias. - Drood de Dan Simmons. - Les « affaires ». - Un éditorial d'Antoine Mercier.

stripologique

Théorie des littératures dessinées - littérature secondaire - critique

SOMMAIRE

LES APOCALYPSES DE JACK KIRBYLes Apocalypses de Jack Kirby est le titre d'un ouvrage qui vient de paraître à la rentrée 2009, aux Moutons électriques, à Lyon, consacré à la mythopoeia (à la genèse du mythe) dans les récits dessinés du créateur des Fantastic Four.

Nous vous proposons en manière de hors-d'œuvre un entretien avec Jérôme LeGlatin sur la pensée mythique chez Kirby.

Cliquez ici pour lire un extrait de l'ouvrage en pdf.

Et pour rire un peu, nous avons appliqué notre théorie à l'œuvre elle-même (cliquez sur la case).


LES DISCOURS SUR LA BANDE DESSINÉE 1830-1970

Une erreur de fabrication ayant supprimé les notes infrapaginales dans notre conférence introductive à la première université d'été de la bande dessinée organisée par le Centre national de la bande dessinée, actes parus en juillet 2007, sous la forme d'un hors série de la revue Neuvième Art, nous donnons notre conférence avec les notes ici-même.


LES PRINCIPES DES LITTERATURES DESSINEES - Nos Principes des littératures dessinées ont paru aux Editions de l'an 2 (Angoulême), en novembre 2003. Nous en proposons ici des bonnes feuilles (réduites à vrai dire à la préface et aux résumés des différentes parties), mais surtout un paratexte (qui ne figure donc pas dans le livre lui-même), consistant en synthèses, en discussions et en éclaircissements divers sur l'ouvrage. De même, nous prolongeons certains aspects de notre livre sous forme de recensions ou de critiques d'autres travaux théoriques, ainsi que sous forme de travaux pratiques, où nous appliquons nos cadres théoriques à des œuvres dessinées. Notre intention est de créer un environnement à la fois érudit et convivial qui puisse servir de point de départ à des travaux futurs sur les littératures dessinées.

Il est probablement nécessaire d'avertir le lecteur féru de BD mais peu au fait des servitudes de la science 1. que la recherche véritable ne peut sans risquer de se dénaturer s'embarrasser de périphrases et 2. que, dans un tel contexte, les considérations d'amour propre ou de vanité blessée n'ont plus aucune place. Il faut donc 1. se garder de confondre l'énoncé méthodique d'une théorie raisonnée avec un ton péremptoire et une volonté d'avoir raison à tout prix ; 2. a fortiori, il faut se garder de confondre des réfutations construites et argumentées d'auteurs précédents avec des règlements de compte ou des attaques ad hominem. Il va sans dire que, par sa nature même, notre ouvrage invite à son tour une évaluation critique rigoureuse et argumentée !

 

Le résumé du livre premier des Principes des littératures dessinées, consacré à délimiter le territoire des littératures dessinées.

 

 Le résumé du livre deux des Principes des littératures dessinées, consacré aux attaques contre les littératures dessinées et aux tentatives d'éradication de ces littératures. 

 

  • En marge des Principes. Media studies et études de contenu. L'un des problèmes des études académiques consacrées aux littératures dessinées est qu'elles n'abordent les œuvres qu'à travers leur thématique. Le doctorant qui veut faire une thèse sur la BD est prié de choisir un sujet (du type la femme, les minorités, l'architecture, la sauce tomate, etc. dans la BD), puis un point de vue, correspondant à l'une des disciplines des sciences humaines (sociologie, histoire, etc.), et enfin une technique (analyse sémiologique, analyse de contenu, etc.). Une telle méthode entérine l'idée que la BD est totalement transparente (elle reflète « comme en un miroir » les valeurs de la société qui la produit) et institutionnalise une tendance inhérente à la critique académique selon laquelle la bande dessinée elle-même ne peut être le sujet de l'analyse. Elle permet enfin de démontrer à peu près tout et n'importe quoi en fonction des lubies du chercheur (par exemple le caractère sexiste de la BD).

  

  •   En marge des Principes. Culture populaire et culture supérieure chez Barthes. Il est intéressant d'examiner les positions de Roland Barthes sur l'art de masse, car elles illustrent bien les impasses du sémio-structuralisme (et, indirectement, des media studies, qui se réfèrent constamment au structuralisme) dans l'opposition entre culture de masse et culture « cultivée ». On arrive à la conclusion que la définition de formes narratives comme la bande dessinée, le dessin animé, la série télévisée, etc. comme médias populaires (avec ce que cela implique : codes redondants, faible place laissée à l'originalité, etc.) repose sur une pétition de principe.

 

 

  •   En marge des Principes. La tentation apologétique (1) : le docteur Wertham et ses défenseurs modernes. Un psychiatre germano-américain lança dans les années 1940 et 1950 une croisade contre la fiction de masse aux Etats-Unis. Il commença par s'en prendre aux éditeurs de comic books, en pensant à juste titre qu'ils se défendraient moins bien que Hollywood ou que les grands réseaux de radio et de télé. L'histoire est bien connue des amateurs de BD. Ce qui est moins connu, c'est la tendance actuelle dans certains milieux académiques, des deux côtés de l'Atlantique, consistant à dire que Wertham était un savant intègre et qu'il disposait somme toute d'un modèle scientifique valable.

 

 

  •   En marge des Principes. La tentation apologétique (2) : la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l'enfance et à l'adolescence et ses défenseurs modernes. La loi du 16 juillet 1949, réclamée par tout ce que la France comptait d'emmerdeurs, d'obscurantistes et de détraqués (associations de mères de famille psychorigides, instituteurs bouffeurs de craie, scouts et scoutesses déboussolés, ecclésiastiques battant la campagne, vichyssois dépressifs, staliniens grognons), et votée par un Parlement en état de transe, créait un délit de démoralisation de la jeunesse, qui initiait un traitement pénal de la publication de bandes dessinées en France. Cette louche activité relevait désormais (et relève toujours !) du ministère de la justice - et précisément de la Direction de l'éducation surveillée (actuellement : Protection judiciaire de la jeunesse), exactement comme les adolescents incendiaires de voitures de nos banlieues ! La loi de 1949 institua une Commission de surveillance, chargée d'examiner le contenu de tous les illustrés et de menacer les éditeurs : s'ils ne supprimaient pas illico la BD grotesque où des astronautes allaient faire un tour sur la Lune (comme si on pouvait aller sur la Lune !), on transmettrait le dossier au garde des Sceaux et tout cela risquait fort de finir en Correctionnelle ! La loi est toujours en vigueur, la Commission existe toujours. Tout cela est bien connu des amateurs de BD. Ce qui est moins connu, c'est la tendance, dans certains milieux académiques, consistant à reprendre le discours d'autopromotion de la fameuse Commission, en prétendant qu'elle était animée d'un extrême souci de modération et qu'elle donnait des conseils de bon sens, et à conclure, optimiste, qu'elle aurait contribué à améliorer la BD en France ! Examinons donc, à titre d'exemple, les thèses du chef de file de cette nouvelle école, M. Crépin.

 

  •   En marge des Principes. Littératures dessinées et complexe de classe. Une modeste mise au point en guise de conclusion, portant sur l'opposition souvent faite entre une critique populaire du médium bande dessinée et une critique savante, tardivement apparue, et qui serait l'apanage du monde universitaire. On reprendra à titre d'illustration les travaux d'historiens précités, portant sur Wertham et sur la Commission de surveillance, afin d'éclairer les attitudes sous-jacentes des chercheurs. On verra que la fameuse opposition ne repose sur rien, qu'elle est invoquée par l'université à des fins d'autopromotion, et qu'elle traduit tout au plus un complexe de classe de la part de ceux qui l'invoquent.

  Le résumé du livre trois des Principes des littératures dessinées, consacré à l'approche sémio-structuraliste des littératures dessinées.

 

 

  • En marge des Principes. Mon pauvre ami, votre modèle ne vaut rien. Dans le livre trois des Principes des littératures dessinées, nous prenons très fermement position contre le modèle théorique inspiré des sciences du langage. Nous avons voulu épargner au lecteur du livre des considérations trop théoriciennes, mais, dans le cas de la sémiologie de la bande dessinée, la question de la valeur scientifique du modèle lui-même mérite un examen.


LE PETIT CRITIQUE ILLUSTRÉ - ÉDITION REFONDUE, PLG, 2005 - Sous-titré Guide des ouvrages consacrés à la bande dessinée, l'ouvrage est un remarquable guide bibliographique et critique, c'est-à-dire une recension exhaustive de tout ce qui a été écrit en français sur la bande dessinée, depuis les origines, avec une évaluation des ouvrages selon des critères indiscutables. Il n'existait aucun ouvrage de ce type dans le domaine des littératures dessinées, avant 1997, date de la première édition du Petit Critique illustré, et il n'existe toujours aucun ouvrage comparable.

L'édition 2005, recensant près de 1100 ouvrages de langue française et près de 250 ouvrages de langue anglaise, est parue au éditions PLG avec un achevé d'imprimé au deuxième trimestre 2005. La couverture et les illustrations sont de Lewis Trondheim.

 Un tel ouvrage n'a de sens que s'il est tenu à jour. Vous trouverez ici la mise à jour permanente, à partir de la date de parution, c'est-à-dire de l' été 2005. Grâce à sa mise à jour, le Petit Critique illustré est un ouvrage éternel !

Pour aider les chercheurs, nous mettons à disposition la base des ouvrages de langue française analysés dans le Petit Critique illustré, ce qui permet de découvrir la littérature secondaire d'expression française (et accessoirement d'avoir des références fiables, titres, noms d'auteurs et d'éditeurs, dates de publication). Pour savoir ce qu'il y a dans tous ces bouquins, vous devrez vous procurer Le Petit Critique illustré.


GLOSSAIRE

Je ne comprends rien à ce que raconte Harry Morgan parce que je ne connais pas les concepts auxquels il fait continuellement référence. Je consulte par conséquent un utile glossaire des termes techniques de la stripologie (l'étude des littératures dessinées).

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