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Mythopoeia - Æsthetica - Critica

BANANAS, REVUE CRITIQUE DE BANDE DESSINÉE
N° 8, février 2016
22 Bd du Général Leclerc B5, 95100 Argenteuil

Comme à l’ordinaire, un contenu des plus variés pour cette « revue critique de bande dessinée 100 % catholique zombie ». Entretien avec Cabu pour Radio Libertaire, recueilli en 1998 par Christian Marmonnier, inventaire par Bernard Joubert des interdictions et procès ayant frappé Hara-Kiri et le premier Charlie Hebdo, pages inédites de Tignous.
La vie de René Giffey par Manuel Hirtz, entretien avec le dessinateur Lolmède, énigmatique article de Bruno Duval sur Jari de Raymond Reding, sagaces observations sur la boîte de Building Stories de Chris Ware par Renaud Chavanne.
Transcription par Évariste Blanchet de deux tables rondes du salon des ouvrages sur la bande dessinée 2014. Dans « les relations auteurs-éditeurs », Christian Rosset interroge David B. et Christian Godard. Dans « le discours sur la bande dessinée au Royaume-Uni » Harry Morgan fait parler l’érudit Paul Gravett, le traducteur et critique Jean-Paul Jennequin et l’universitaire Ann Miller.

PANORAMA ILLUSTRÉ DE LA FANTASY ET DU MERVEILLEUX
André-François Ruaud
Les Moutons électriques, 2015

Nouvelle édition augmentée du PIFM paru en 2004. C’est pour l’amateur d’imaginaire un livre sans équivalent, pierre de fondation d’une bonne bibliothèque consacrée au vaste domaine du merveilleux. La première édition était un bel objet d’environ quatre cent pages en noir et blanc, ici c’est un somptueux volume en couleur, de plus de six cent pages, sous couverture rigide avec jaquette. L’approche est essentiellement encyclopédique, mais les questions théoriques ne sont pas négligées, puisqu’on s’interroge par exemple sur la nature réactionnaire de la fantasy. Les entrées concernent essentiellement des hommes de lettres, mais aussi des dessinateurs, des peintres et des musiciens. Le corpus abordé est celui de la littérature romanesque et de l’illustration, mais on déborde volontiers sur les littératures orales et le folklore. Et sont abordés au passage des domaines comme la chanson ou le jeu de rôle. Chronologiquement, on nous mène de la « matière de Bretagne » jusqu’à J. K. Rowling et à son petit sorcier Harry Potter.
L’iconographie du volume est somptueuse et bien choisie, et reflète bien la diversité des inspirations d’un genre qui n’a nullement vocation à se figer dans des poncifs.
André-François Ruaud, qui est à l’origine d’une grande partie du volume, propose une définition du merveilleux proche des conceptions que les Anglo-Saxons se font du domaine. Sont admis dans le merveilleux toutes les formes du féerique, y compris dans les littératures pour l’enfance, et dans le genre humoristique. Par contre une dichotomie nette est établie entre féerique et fantastique. On trouvera donc des entrées sur Mervin Peake ou Haruki Murakami, mais pas sur Kafka et ses disciples. Il est question du Voleur d’éternité de Clive Barker, mais pas de l’Autre Côté d’Alfred Kubin.
Quelques articles frappent cependant le lecteur par leur arbitraire. Gaston Bachelard et Julien Gracq sont introduits en quelque sorte de force. Inversement, quelques manques importants sont à signaler. Pas d’entrée sur Hoffmann, père fondateur du fantastique littéraire moderne, qui a aussi beaucoup œuvré dans le merveilleux. Le trop oublié Marcel Brion, dont La Ville de sable, 1959, et L’Enchanteur, 1965, relèvent directement de notre genre. Manque également un article BD et merveilleux qui permettrait d’ordonner les entrées sur des dessinateurs dans une perspective plus vaste. On eût été également en droit d’attendre un article sur les auteurs qui n’ont pas écrit de fantasy selon la stricte définition d’A. F. Ruaud, mais qui n’en ont pas moins eu une profonde influence le genre, au-delà de toutes les querelles de définition, tels Rider Haggard, W. H. Hodgson et Arthur Machen. Mais il faut dire que, tel quel, l’ouvrage est déjà plein comme un œuf, ses metteurs en œuvre ayant à cœur de ne négliger aucune plume qui leur paraît importante, leur perspective restant fondamentalement celle de lecteurs et d’amateurs éclairés du genre.

LA SECONDE GUERRE MONDIALE DANS LA BANDE DESSINÉE
Philippe Tomblaine
PLG, Collection Mémoire Vive, 2015

La seconde guerre mondiale dans les bandes dessinées, essentiellement américaines et européennes, la partie sur le manga étant strictement circonscrite car dépendante des traductions disponibles pour l’auteur. Dans un premier temps, Philippe Tomblaine retrace de façon chronologique, sur une petite centaine de pages, la vision du conflit par le médium bande dessinée depuis son origine. La partie européenne est bien documentée, mais s’égare parfois aux limites de son sujet (Astérix, qui est certes rempli d’allusions au second conflit mondial, fait ainsi l’objet d’un développement de cinq pages et demi). Pour la partie américaine, on regrettera quelques approximations et des rapprochements parfois incongrus. Plus gênant, dans ce qui s’apparente à une histoire culturelle du conflit mondial, l’auteur a le plus grand mal à dégager des idées forces. Ainsi, la mobilisation in toto des comic strips n’est pas examinée. Si l’auteur connaît bien les comics de guerre de Harvey Kurtzman, Two-Fisted Tales et Frontline Combat, il ne voit pas que le discours que tiennent ceux-ci sera reflété dans toute la littérature dessinée de guerre aux États-Unis. À cet égard, l’ouvrage aurait certainement gagné à être écrit du point de vue de l’histoire culturelle – et spécifiquement du point de vue de l'histoire de la bande dessinée –, sans se perdre dans des notations de type encyclopédiques sur l’histoire du conflit lui-même, qui n’apportent guère au propos.
Dans le reste de l’ouvrage, l’auteur aborde la BD de guerre contemporaine en entrelardant son discours de seize entrevues d’auteurs ayant travaillé sur la thématique, y compris ceux qui l’ont traitée par l’uchronie et le fantastique. De ce point de vue, l’ouvrage constitue un très utile tour d’horizon, qui permet de vérifier par exemple que la mémoire de la Shoah tend à prendre le pas sur la mémoire de la guerre tout court.
Relevons encore que les éruditions jumelles de passionnés d’histoire et de passionnés de bande dessinée, chez notre auteur comme chez les dessinateurs qu’il rencontre, produisent parfois des résultats aux antipodes de la vision documentariste dont ils se prévalent, les uns et les autres enfourchant volontiers leurs dadas.

Et il faut noter pour finir que l’absence dans l’ouvrage de tout point de vue critique se combine à une foi évolutionniste naïve, de sorte qu’il est posé comme une évidence que les productions modernes sont par définition plus sophistiquées que les bandes dessinées classiques.

HERGÉ LA PART DU LECTEUR
Jean-Marc Pontier
PLG, Collection Mémoire Vive, 2015

Jean-Marc Pontier s’interroge dans un essai stimulant et bien écrit sur ce qui « dans les aventures de Tintin peut justifier le rapport privilégié que Hergé a établi avec ses lecteurs ». Manifestant à la fois une grande érudition et une proximité qu’on pourrait qualifier d’affective avec l’œuvre, l’auteur n’en est pas moins capable de l’observer avec le recul qu’impose l’examen scientifique. Il propose notamment une analyse du « crabe aux pinces d’or » dans l’album éponyme, comme motif oxymorique et métonymique, qui nous semble plus satisfaisante que celles qui ont été proposées jusque là par les tintinophiles.
Comme dans nombre d’études hergéennes, nonobstant leurs mérites, notre auteur tient parfois pour des singularités remarquables des caractéristiques propres à toute œuvre émanant d’auteurs un tant soit peu talentueux. Cette tendance à autonomiser le grand dessinateur a le défaut fâcheux de désinsérer celui-ci de l’histoire de la bande dessinée, et des auteurs qui l’ont influencé. Le triomphe de Tintin à la fin de Tintin en Amérique est, comme l’écrit M. Pontier, repris dans Jo, Zette et Jocko, mais Hergé ne se cite pas lui-même, il cite deux fois Alain Saint-Ogan, planche finale de Zig et Puce à New York.
L’auteur a fait le choix intelligent d’un ouvrage bref et serré. Plus il avance dans son texte, plus l’auteur semble se laisser emporter par son sujet et découvrir de nouvelles pistes avec un enthousiasme communicatif.

L’INDUSTRIE DE LA DÉDICACE
Jean-Luc Coudray
PLG, 2015

Cette brève polémique contre l’industrie de la dédicace vaut par le fait qu’elle est écrite par un scénariste de bandes dessinées, et par la justesse descriptive, aboutissant à une sociologie du petit milieu festivalier, axée sur les notions de monstre, de cirque, d’authenticité, de bénévolat, etc. On pourra cependant noter qu’une approche historique, que l’auteur écarte ici, donnerait aux phénomènes observés des causes plus concrètes : dédicace comme pratique bourgeoise qui se démocratise au cours du XXe siècle, reprise de la pratique au mitan du XXe siècle à destination d’un public enfantin, etc.
L’auteur achève sur d’utiles propositions concrètes pour réformer l’industrie de la dédicace et plus généralement cette institution culturelle qu’est le festival de bandes dessinées.

UN ART EN EXPANSION : DIX CHEFS-D’ŒUVRE DE LA BANDE DESSINÉE MODERNE
Thierry Groensteen

Les Impressions Nouvelles, 2015

Dix œuvre parues au cours du dernier demi-siècle, sélectionnées par le grand historien et théoricien du médium, font l’objet de dix essais relevant du « close reading », et témoignent de l’évolution d’un médium devenu conscient de lui-même et qui renouvelle sa forme en permanence.
Paradoxalement l’outil sémiologique mis au point par l’auteur lui-même est peu convoqué, ce qui est peut-être un avantage ici, car l’essai tel qu’il est rédigé peut parfaitement être lu par un lecteur non spécialiste, mais curieux d’esprit et amateur de Lettres.
L’érudit discutera naturellement le choix des œuvres retenues, non tant sur le critère de leur valeur intrinsèque que sur celui de leur importance au regard de l’évolution du médium, à commencer par le terminus a quo, Une Ballade de la mer salée de Hugo Pratt, qui, posé par notre auteur comme œuvre inaugurale, révèle paradoxalement à l’analyse détaillée ses failles. Quant au septième jalon de ce parcours, l’excellent album Là où vont nos pères de Shaun Tan, il nous semble quasiment un « hors-sujet » tant l’ouvrage se situe clairement du côté de l’illustration. Il est vrai que l’une des évolutions signalées par Thierry Groensteen est l’ouverture des littératures dessinées sur l’intericonicité (équivalent graphique de l’intertextualité), ce qui fait inévitablemnt peser sur le médium le risque de l’éclatement.

AUTOBIO-GRAPHISMES : BANDE DESSINÉE ET REPRÉSENTATION DE SOI
Viviane Alary, Danielle Corrado, Benoît Mitaine (dir.)
Georg éditeur, L’Équinoxe Collection de sciences humaines, 2015

« Plus que de proposer une frise chronologique de l’autobiographie dessinée, ou de retracer l’histoire d’un genre au sein d’un médium, cet ouvrage dresse au gré de ses quinze chapitres une sorte de cartographie des diverses pratiques autobiographiques en œuvre, qu’il s’agisse de l’écriture de soi, du témoignage, de la BD-reportage, de l’autofiction ou du rapport à la littérature ou à l’histoire. »
L'ouvrage s'ouvre sur des réflexions sur le genre autobiographique dans la continuité du père fondateur de la théorie de l’autobiographie, Philippe Lejeune. Sse détache de ce premier ensemble l’article de Thierry Groensteen « Problèmes de l’autoreprésentation ».

On passe à diverses études monographiques dont on retiendra notamment les aperçus de Harry Morgan sur le dessinateur underground Rory Hayes, créateur d’un étonnant univers ou des ours en peluche se débattent dans l’univers des comics d’horreur, ceux de Pierre Fresnault sur le Persépolis de Marjane Satrapi et ceux de Jacques Samson sur Aller-Retour de Frédéric Bézian.