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MISCELLANÉES STRIPOLOGIQUES DE L'ANNÉE 2013

Mythopoeia - Æsthetica - Critica


LITTÉRATURES DESSINÉES ET CONTRAINTES TECHNIQUES

L'Art du scan malpropre
FANTOMIALD ET DARK SHADOWS

Par Harry Morgan

En cet été 2013, Disney Hachette Presse a publié deux Mickey Parade Géant, sans doute pour que les petits enfants de France aient de quoi lire dans le TGV à l'aller et au retour quand ils se rendent chez leur parent numéro 2. J'ai eu le plaisir de relire dans le tome intitulé Fantomiald le justicier masqué (Mickey Parade Géant Hors Série Collector, 2e trimestre 2013) le premier épisode de Fantomiald, dessiné par Giovan Battista Carpi sur scénario de Guido Martina, d'après une idée d'Elisa Penna, rédactrice en chef de Topolino, parution française originale dans Donald le justicier, Mickey Parade, Le Journal de Mickey n° 1166 bis, 2e trimestre 1974. [Lire]

LITTÉRATURES DESSINÉES ET CENSURE

ILS ONT ROGNÉ MA PLANCHE DOMINICALE
Le traitement infligé aux sunday pages de Russ Manning par les éditeurs français
Par Harry Morgan

[Lire.]

OUVRAGES SUR LA BANDE DESSINÉE

LIVRES REÇUS
LES ILLUSTRÉS POUR LA JEUNESSE
LE ROCAMBOLE N° 52/53

Association des Amis du Roman Populaire, automne-hiver 2010

Après une présentation des éditions Offenstadt, le gros du dossier est une chronologie descriptive par Jean-Louis Touchant de la revue L’Épatant, de plus de 150 pages en tout petits caractères, un travail remarquable, mais d’une lecture très austère, même pour l’amateur aguerri, d’autant que l’on conclut de tout cela que l’épine dorsale de L’Épatant était composée des bandes dessinées de Louis Forton et des romans feuilletons de José Moselli, ce dont on se doutait bien un peu.

Suit une hagiographie de La Semaine de Suzette, par son hagiographe attitrée, Marie-Anne Couderc, intéressante car cette revue est un peu négligée par la stripologie. Les revues Pilote et Vaillant/Pif Gadget ont par contre été abondamment traitées dans la littérature seconde et nos spécialiste, Raymond Perrin (pour Pilote) et Hosseïn Tengour (pour Vaillant/Pif Gadget), peinent quelque peu à trouver du neuf.
On trouvera aussi, en complément au dossier, une petite nomenclature très complète des super-héros américains publiés en France entre 1939 et 1949, et un article intéressant mais difficile à démêler sur la revue Siroco, qui ne contenait pas de bande dessinée.

LIVRES REÇUS
HERGÉ PORTRAIT INTIME DU PÈRE DE TINTIN
Benoît Mouchart, François Rivière
Robert Laffont, 2011

Nouvelle biographie d’Hergé, par deux auteurs qui ont décidé de faire plus court que leurs prédécesseurs, moins de 250 pages, ce qui nous donne une vie de Georges Remi dense et agréable à lire. Nos auteurs ont le mérite de se dégager autant qu’il est possible d’un jugement moral, souvent très présent chez les biographes. Hergé apparaît comme cohérent avec lui-même et avec son milieu social. Parmi les raisons de ses choix, discutables et discutés, le désir de revanche sociale est ici clairement mis en évidence.
Les auteurs ont voulu réestimer le rôle de la mère de Georges Remi, « femme fragile que la folie a fini par emporter ». Ils n’ont pas de mal à montrer que le motif de la folie est omniprésent dans l’œuvre d’Hergé. La petite-bourgeoise de cette époque croyant à l’hérédité de la folie, on imagine les angoisses d’Hergé pour lui-même. C’est probablement de cela que parle Hergé dans la lettre citée par Benoît Peeters dans sa biographie Hergé fils de Tintin, Flammarion 2002, p. 38, et non d’un supposé oncle pédophile, qui semble, lui, un peu trop conforme aux lubies de notre temps.
MM. Mouchart et Rivière, outre un point de vue sur l’homme, ont le mérite de porter un jugement clair sur l’œuvre, sachant dire ce qui leur semble digne d’admiration, et ne craignant pas d’écrire par exemple que Vol 714 pour Sydney et Tintin et les Picaros sont des albums ni faits ni à faire.
Ce livre, qui utilise les travaux biographiques qui l’ont précédé avec rigueur, marque probablement la fin d’un cycle. L’auteur qui voudra reprendre le flambeau de la biographie hergéenne devra soit proposer du neuf, et l’on se demande où il pourrait le trouver, soit proposer un changement de perspective radical.

LIVRES REÇUS
FUMETTO! 150 ANNI DI STORIE ITALIANE
A cura di Gianni Bono et Matteo Stefanelli
Rizzoli, 2012

De même format que L’Art de la bande dessinée, paru chez Citadelles, que Cases de maîtres, paru à La Martinière, ou que La bande dessinée, son histoire, ses maîtres, paru chez Skira/Flammarion, cet énorme album de plus de 500 pages, dirigé par Gianni Bono et Matteo Stefanelli, est rédigé par les meilleurs spécialistes cisalpins, et déborde d’une iconographie superbement reproduite, souvent en très grand format. L’ouvrage prend le parti d’une approche par auteurs, à l’intérieur d’un cadre historique, approche qui peut susciter la méfiance d’un lecteur français habitué à des dictionnaires d’auteurs qui sont des compilations sans propos véritable, mais qui dans le projet éditorial de Fumetto! se justifie pleinement.
La bande dessinée italienne est découpée en dix périodes, qui parfois se chevauchent. Pour chaque période, on trouve une histoire générale, suivie des fiche des auteurs saillants qui sont en réalité de petites monographies, qui complètent par conséquent le tableau historique.
L’illustration est au cœur du propos. Elle va de cases très agrandies à des reproductions systématiques des numéros un des principales publications. De cette façon, le lecteur a réellement une vision de ce que fut cette littérature, dont les spécificités éditoriales et esthétiques sont mises en évidence.
Le lecteur français devra naturellement tenir compte des particularités de la culture italienne (on distribue du « maestro » à tour de bras). Cela n’empêche nullement les auteurs de cerner les hiérarchies et de mettre en évidence les apports propres à chaque auteur.
Achevons sur deux critiques. Il nous semble d’abord que la place faite aux fumetti neri est quelque peu disproportionnée, mais un Italien en jugera sans doute autrement. Ensuite, quelques auteurs nous semblent manquer à l’appel, mais on sait bien qu’on ne peut pas « mettre tout le monde ». Auraient à notre avis mérité leur entrée Egidio Gherlizza (Serafino), Sergio Asteriti (Bingo Bongo), Guglielmo Letteri (Tex Willer).
À la fin de l’ouvrage on trouvera des articles brefs sur les rapports entre la bande dessinée et les autres domaines artistiques et des fiches sur les éditeurs et les personnalités. Et on achève sur les Italiens en Argentine, la bande dessinée italienne en France, les Italiens en Angleterre et dans le monde, les Disney made in Italy, par leur thuriféraire, Lucca Boschi.

LIVRES REÇUS
STAN LEE HOMÈRE DU XXe SIÈCLE
Jean-Marc Lainé
Les Moutons électriques, Bibliothèque des miroirs, 2013

Ouvrage consacré au père de la « maison aux idées ».
La première partie de l’ouvrage est un historique nourri à toutes les sources possibles de la carrière du « mage de l’ère Marvel ». Le lecteur attentif et lucide en conclura que Stan Lee fut dans les années 1940 et 1950 un des nombreux soutiers du comic book qui, sous la férule de Martin Goodman, réalisa moult comics books à l’imitation des succès du temps, love comics, funny animal, récits d’horreur dans la veine des EC Comics, etc. Puis Stan Lee fut, grâce à Jack Kirby et Steve Ditko, dans les années 1960, un très grand editor, sous l’égide duquel naquirent les Fantastic Four, Spider-Man, les X-Men, et nombre de personnages aujourd’hui connus de tous. Dans les années 1970, il géra le fonds Marvel bon an mal an. Puis, à partir des années 1980, Lee a produit à la paresseuse des comics, des romans et des produits télévisuels tous plus calamiteux les uns que les autres.
Dans la seconde partie de l’ouvrage, l’auteur revient sur ses pas et reprend les éléments qu’il a jugés périphériques, par exemple Millie the Model, ou The Cat, avant de détailler le travail d’editor et de décortiquer la fameuse méthode de production Marvel.
M. Lainé poursuit son étude de Stan Lee comme editor dans la troisième partie où in fine il analyse le Surfer d’argent, en qui il voit une préfiguration du comic book moderne à visée philosophique. L’auteur accorde une très grande importance au fait que les aventures du héraut cosmique sont faiblement liées à la continuité et de la chronologie de l’univers Marvel, sans que l’on comprenne très bien l’enjeu de la chose, sauf à titre de sujet de conversation de fans.
Dans la quatrième partie, M. Lainé étudie les apparitions de Stan Lee à l’intérieur des bandes dessinées.
Enfin, dans la cinquième et dernière partie,  « thèmes et discours », l’auteur cherche le propos général des séries de Stan Lee, mais ne trouve rien de saillant. Éloge de l’individualité et de la responsabilité (« de grands pouvoirs donnent de grandes responsabilités »), méfiance envers le communautarisme, attitude ambivalente vis-à-vis de la science, force est de conclure que les points de vue de Stan Lee sont ceux des Américains de sa génération.
La difficulté principale de l’auteur semble avoir été d’unifier le point de vue du jeune fan qu’il a été, pour qui Stan Lee est un démiurge, créateur d’univers (l’Homère du XXe siècle annoncé dans le sous-titre), et le point de vue de l’historien rassis qu’il est devenu, qui porte un regard plus lucide sur son objet d’étude. M. Lainé signale ainsi comme en passant que « le travail de Stan Lee sur les premiers numéros des Fantastic Four est peut-être plus éditorial que littéraire », mais il n’arrive jamais à conclure clairement sur la position autoriale de Jack Kirby. C’est d’autant plus regrettable que l’importance du travail de l’editor est, elle, bien cernée.
On regrettera la tendance de Jean-Marc Lainé à l’énumération et à la digression.

LIVRES REÇUS
ENTRETIENS AVEC JOANN SFAR
Thierry Groensteen
Les impressions nouvelles, 2013

Luxueusement imprimé en couleur et muni d'une iconographie surabondante, ce livre d'entretiens propose une exploration méthodique de la personnalité et de la méthode du terrible graphomane qu'est l'auteur du Chat du rabbin. Si le plaisir du dessin est toujours au centre du propos, l'hyperactivité de l'auteur est aussi expliquée par des raisons biographiques (la mort de la mère). Sfar émerge finalement comme un personnage complexe. Favori des médias, passant de la bande dessinée au cinéma ou au roman avec la bénédiction de tous (alors qu'un auteur est normalement sévèrement tancé quand il sort de la case qui lui est assignée), Sfar est aussi en coquetterie avec le système médiatique qui l'adule et avec les bien-pensants qui constituent son lectorat (il est anticlérical, pense que l'activisme antiraciste de la LICRA est contre-productif, est sans aucune illusion sur l'islam, regrette avec un célèbre philosophe aujourd'hui défunt que « les journalistes aient pris le pouvoir »).