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notes pour un

dictionnaire des bibliocides

iconoclastes et écumeurs d'archives

également une quantité de censeurs obtus

d'illuminés, d'obscurantistes et de mêle-tout

plusieurs veufs et veuves abusives

un choix de traîne-sabre, divers prélats

et une liste d'autres nuisibles


BACHELIN (Henri) : voir RENARD Jules, Mme.

 

BELLARMIN (Cardinal Robert). A la tête de l'Inquisition, en 1615, condamne Galilée, qui ne l'avait pas volé, puisqu'il avait démontré que la Terre tourne autour du Soleil, contrairement à ce que professaient l'Eglise, la Bible et Aristote - et qui se permettait en plus de faire de l'ironie sur Josué. (1542-1621, béatifié en 1924, canonisé en 1931.)

 

BREITWIESER (Stéphane) ; BREITWIESER (Mireille). Stéphane Breitwieser opéra entre 1995 et 2001 des vols dans de nombreux musées, galeries et églises européennes, avec une prédilection pour la Suisse, parce que cela ne lui faisait pas loin. (Il habitait entre Mulhouse et Bâle.) Il stockait les œuvres volées, 170 au total, dans la maison maternelle. Il fut pris la main dans le sac à Lucerne, en 2001. Apprenant l'arrestation, sa mère entreprit aussitôt de détruire les œuvres, apparemment dans le but de faire disparaître les preuves, mais avec peut-être une intention de « punir » le fils indigne en le privant de sa collection. Les tableaux (Watteau, Brueghel, Boucher, etc.) furent démolis à la hache et, après le passage des boueux, finirent à l'usine d'incinération. Les objets furent jetés dans le canal. Une partie put être récupérée. La petite amie de Breitwieser, Anne-Catherine Kleinklauss participa à l'autodafé.

 

CESAR (Jules). En 47 av. J.-C., César prend Alexandrie. Les entrepôts brûlent et mettent le feu à la bibliothèque d'Alexandrie.

 

GORBATCHEV (Mickaïl). Des incompétents dangereux détruisent un manuscrit, un tableau, un temple. Il est plus rare qu'on fasse disparaître un pays, mais cet homme d'Etat russe parvint à effacer de la carte le pays qu'il dirigeait. (1931-)

 

HUBBARD (Lafayette Ron). Romancier populaire et fondateur d'une parodie de la psychanalyse et d'une organisation souvent condamnée par les cours pénales, appelée Eglise de scientologie. Voir Le Livre des escrocs. Hubbard doit sa présence dans ces pages à la plus ambitieuse opération de vol et de destruction d'archives du 20e siècle. L'opération Snow White (rien à voir avec un célèbre conte de Grimm) consista à infiltrer à peu près toutes les administrations américaines, jusqu'au plus haut niveau, et à voler ou à photocopier des dizaines de milliers de pages d'archives concernant Hubbard et son racket. Les taupes de Hubbard pillèrent les archives du FBI, qui avait des dossiers extrêmement complets sur la Scientologie, mais aussi celles de la justice, de l'administration fiscale, des garde-côtes et de la Drug Enforcement Agency. Hubbard voulait évidemment être averti par ses taupes de toute inculpation éventuelle, et il voulait éviter d'autre part que la postérité ne se penchât sur les débuts de son « Eglise ». L'opération Snow White tourna mal. La troisième femme de Hubbard fut arrêtée, ainsi que plusieurs de ses collaborateurs. Il lui écrivit que, si elle l'aimait, elle devait se suicider.

 

ICONOCLASTES. Nom d'une secte d'hérétiques du 8e siècle qui s'étaient donnés pour tâche de supprimer l'art sacré. C'est à cause d'eux que si peu de représentations religieuses des premiers siècles sont parvenues jusqu'à nous. Condamnés par le deuxième concile de Nicée (787).

 

LANDA (Don Diego de). Ce franciscain, évêque du Yucatan, fit détruire une bibliothèque de 259 manuscrits maya - et raya de l'histoire une civilisation -, parce qu'il estimait à juste titre que tous ces livres ne devaient pas être bien catholiques. Il les remplaça avantageusement en écrivant une Relation des choses du Yucatan. Il s'agit d'une collection ennuyeuse et bigote de diverses sornettes, écrites dans un affreux volapük.

 

MAGNARD (Francis). Rédacteur en chef du Figaro en 1887. Donnait des leçons d'écriture à Villiers de l'Isle-Adam :

« Cher Monsieur,

Vous allez probablement trouver que je suis un bourgeois infect : mais j'aime mieux vous dire tout de suite que je trouve votre placard [Le Couronnement de M. Grévy] absolument incompréhensible.

Les fantaisies de cet ordre doivent être très courtes ou extrêmement réussies... »

Source : Correspondance générale de Villiers (tome second, p. 202) lettre en date du 27 novembre 1887.

 

MALRAUX (André). Aventurier, trafiquant d'art, le futur ministre de la Culture de De Gaulle commença sa carrière en débitant des temples Khmer à la scie pour en revendre les statues. Il eut la maladresse de se faire pincer. Clara Malraux se démena dans le milieu parisien (celui des intellectuels) pour faire élargir le futur grand homme et déjà romancier.

Voir aussi Le Livre des escrocs.

 

MAO ZEDONG. Dictateur chinois. Outre de nombreuses campagnes de massacre général (l'objectif était souvent d'écrémer 5 à 10 % de la population) et l'organisation systématique de la plus grande famine qu'ait connue l'histoire, celle du Grand bond en avant (1958-1961, 50 millions de morts), Mao est resté célèbre pour la Révolution culturelle (1966-1968), confiée aux célèbres Gardes rouges (qui n'étaient autres que les lycéens et les étudiants fanatisés, dont les premières victimes furent, inévitablement, leurs propres professeurs). La Révolution culturelle fit un petit million de morts seulement, mais permit de détruire temples, livres, manuscrits anciens, Corans chez les Ouighours, et jusqu'aux costumes de l'opéra de Pékin et à de grands morceaux de la Grande Muraille de Chine, dont les briques furent reconverties en porcheries. Après deux ans, le régime trouva que la plaisanterie avait assez duré et les Gardes rouges furent tués ou envoyés aux champs. Le Tibet, occupé depuis 1950, fut durement touché par la Révolution culturelle. A la fin des réjouissances, seuls 13 des 6259 temples fonctionnaient encore. Zhou Enlai avait dû faire protéger le Potala de Lhassa par la troupe pour empêcher sa destruction. En 1983, une mission venue de Lhassa retrouva à Pékin 32 tonnes de reliques tibétaines, qui incluaient 13537 statues et statuettes. Si le génocide physique contre les Tibétains mené depuis l'occupation n'a été que partiellement mené à bien (le gouvernement tibétain en exil parle de l'assassinat d'un Tibétain sur quatre), Mao a incontestablement achevé le culturicide. (1893-1976)

 

MICHEL (Louise). Pendant la Commune de Paris, voulait absolument mettre le feu au Louvre. Les nouvelles circulant encore plus vite et étant encore plus déformées que de nos jours, Nietzsche crut que c'était fait et écrivit des pages poignantes sur la fin de la civilisation occidentale. (1830-1905)

 

OMAR (Calife). Dernier incendiaire de la bibliothèque d'Alexandrie, en 642. Selon la légende, quand on lui demanda ce qu'il fallait faire de tous ces bouquins, aurait répondu non sans logique : « S'ils sont conformes au Coran, ils ne servent à rien, s'ils sont contraires au Coran, ils sont nocifs. »

 

OMAR (Mollah Mohammed) : Chef de la milice islamiste au pouvoir en Afghanistan de 1995 jusqu'en décembre 2001. L'Afghanistan des talibans ressemblait davantage, toutes proportions gardées, au Cambodge de Pol Pot qu'à un Etat islamique même très rétrograde. Toute activité de l'esprit autre que la mémorisation et la psalmodie du Coran fut bannie et sévèrement réprimée. La télévision fut interdite. La musique disparut. les jeux d'enfants (le cerf-volant) et ceux des adultes (le match de polo avec un mouton mort en guise de balle) furent prohibés. Le seul spectacle autorisé était l'exécution d'une balle dans la nuque des suspects du régime et l'amputation de la main et du pied des voleurs, organisées tous les vendredis dans les stades. Les seuls livres qui survécurent furent ceux qu'on avait cachés. Le régime mit un point d'honneur à interdire l'alphabétisation des filles, car on voyait dans le fait de savoir lire la cause de tous les dévergondages. Une police de la rectitude morale avait pour tâche de menacer, tabasser, enfermer et liquider ceux qui ne montraient pas assez de ferveur, par exemple les paysans qui prétendaient cultiver leur champ au lieu de bâtir des mosquées.

Omar ordonna en février 2001 la destruction systématique de toutes les statues se trouvant sur son territoire, à commencer par les bouddhas géants sculptés dans la falaise de Bamian au centre du pays. Non seulement l'Islam n'a jamais condamné les images des civilisations qui l'ont précédé (les grands voyageurs musulmans des siècles passés ont au contraire considéré les bouddhas de Bamian comme faisant partie des merveilles du monde), mais il semble que les destructions bien visibles de ce qui ne pouvait pas se déplacer aient été un écran de fumée destiné à cacher le pillage et le trafic de ce qui pouvait être emporté.

 

POL POT (Saloth Sar). Dictateur cambodgien. A la tête des Khmers rouges, il mit en oeuvre, entre 1976 et l'invasion vietnamienne de 1979, le génocide de ses concitoyens (3 millions de morts selon les chiffres officiels, presque certainement 2 millions ; Pol Pot aurait envisagé d'en tuer 5 millions de plus, estimant qu'un million d'habitants était largement suffisant pour le pays), mais aussi le programme de destruction de toute culture probablement le plus ambitieux et le plus bizarre que l'histoire ait connu. 5857 écoles, 1987 pagodes, 108 mosquées, l'église catholique de Phnom Penh, 796 hôpitaux, de nombreuses usines, furent détruits, mais ce n'était là que broutille. Toute la population fut déportée à la campagne. La seule activité devenait la production de riz et le Cambodgien devait s'y employer exclusivement. Il n'y avait plus ni éducation, ni loisirs, ni même d'infrastructures. 91 % des médecins du pays furent tués. La monnaie fut supprimée, la Banque centrale détruite. Tous les livres furent brûlés. Finalement, le papier lui-même devint tabou, et la possession de simples papiers d'identité ou de photographies de sa famille valut une condamnation à mort (l'individu devait perdre toute individualité et tout sentiment). Assez curieusement, Pol Pot se réclamait constamment de la période d'Angkor. Le régime s'appelait l'Angkar (Angkar padevat, Organisation révolutionnaire) et ce n'est qu'en septembre 1977 que l'Angkar fut officiellement identifié comme le Parti communiste. Pol Pot lui-même était l'Angka (les Cambodgiens ignorèrent presque jusqu'au bout le nom de leur bourreau).

 

RENARD (Mme Jules). A la mort de Jules Renard, Mme Jules Renard, née Marie Morneau (1871-1938), fit l'édition de son Journal, avec Henri Bachelin (1879-1941), en coupant les passages gênants pour les vivants, en tout à peu près la moitié du texte. Puis, ayant fait cette copie expurgée et considérablement trafiquée (erreurs de lectures, omissions, corrections pour ainsi dire dans chaque phrase), elle brûla les 54 cahiers du manuscrit.

 

SCHIFRES (Sébastien). Le 30 juin 1998, une manifestation de chômeurs et de sans-papiers occupait les locaux du Conseil constitutionnel. L'étudiant Sébastien Schifres mit la main sur l'un des dix exemplaires originaux de la constitution dans une salle servant ordinairement de bureau au Président. Il y inscrivit au stylo rouge : « La dictature capitaliste est abolie, le prolétariat décrète l'anarchie et le communisme », avant de déchirer le document. Il fut condamné le 8 septembre 1998 à six mois de prison avec sursis par la 23e chambre correctionnelle de Paris.

 

STANISLAS. Stanislas (appelons-le ainsi) est professeur agrégé de mécanique, résidant dans la banlieue de Strasbourg. Il a 32 ans lorsqu'il comparaît, en juin 2003, devant le tribunal de Saverne, pour le vol de 1500 incunables dans la bibliothèque du monastère alsacien du Mont Sainte-Odile. Dans la meilleure tradition du roman populaire, l'enseignant avait découvert dans une revue universitaire, consultée à la BNU de Strasbourg, qu'il existait un passage secret dans le bâtiment de de la bibliothèque, qui est aussi le bâtiment de l'actuelle cafétéria. Du fait qu'on avait autrefois soudé le bâtiment à la chapelle de la Croix, il existait au bout du bâtiment une pièce murée. Le voleur qui avait, comme tout un chacun, accès à la cafétéria, montait dans les étages, ce qui est formellement interdit. Du grenier, il descendait dans la pièce murée, par un trou dans le plafond, masqué par une simple trappe. Il se retrouvait alors dans un espace de quelques dizaines de centimètres de large. Là, une ancienne fenêtre donnait dans la bibliothèque, masquée seulement par un des meubles de la bibliothèque. Le voleur en dévissait les panneaux arrière, poussait les livres, et se retrouvait dans la place. Le mécanicien, arrêté en 2002, opérait depuis deux ans. Il fallut l'installation d'un système de vidéosurveillance pour le confondre.

 

TATHAM (Frederick). Il fut l'ami de William Blake et hérita de nombreux manuscrits et originaux de Blake que lui laissa la veuve du poète et graveur, Catherine. Malheureusement, il se convertit à l'église d'Irving, une secte fondamentaliste de la moitié du 19e siècle, et, soucieux d'éradiquer ce qui évoquait même lointainement toute idée d'hérésie ou d'érotisme, il fit un holocauste du tout.

 

THEOPHILE. En 391, le patriarche Théophile ordonna aux fidèles de détruire le serapeum d'Alexandrie. La bibliothèque fut brûlée aussi. Elle comptait 500 000 rouleaux.

 

WERTHAM (Fredric). Auteur du plus célèbre pamphlet contre la bande dessinée, Seduction of the Innocent (Rinehart, 1954). Sa diatribe contre les comics révèle un homme intelligent et observateur, quoique tourmenté d'illusions et animé d'un zèle missionnaire. Ses griefs contre les comics sont, grosso modo, les mêmes que ceux des éducateurs français de la même époque : les blancs sont de type aryen, tous les héros sont des supermen, les femmes ont de gros seins, de hauts talons et sont sadiques, les méchants sont stéréotypés de façon raciste, les comics sont lus par des analphabètes ; enfin et surtout : ils transforment l'enfant en délinquant.

L'influence de son étude fut considérable sur les pédagogues francophones - persuadés d'ailleurs, dans leur complète ignorance du sujet, que ce que lisaient les petits français provenait tout droit d'Amérique. (Sur le Docteur Wertham et la campagne anti-comics, lire aussi • Dix ouvrages classiques sur la bande dessinée, Seduction of the InnocentLa tentation apologétique : le Dr Wertham et ses défenseurs modernes • Campagnes anti-comics de tous les pays.