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Mise à jour permanente du
Petit critique illustré
Guide des ouvrages de langue française consacrés à la bande dessinée
Les ouvrages recensés ici sont parus après juillet 2005. Pour les ouvrages parus avant cette date, consultez Le Petit Critique illustré, 2e édition, PLG, 2005.
Les notices des ouvrages parus après juillet 2010 sont reprises de la rubrique des Miscellanées stripologiques. Elles sont identifiables par leur titraille en capitales.
signale un ouvrage ancien, non recensé dans Le Petit Critique illustré.
1.1. Histoires et introductions générales
Histoire d'un art : la bande dessinée
Karine Delobbe
Éditions Pemf, 2003Dans une collection d'introductions aux arts (la danse, le théâtre, le cirque) vraisemblablement destinées à la jeunesse, petit album cartonné de 33 pages arborant Popeye en couverture et présentant « Tintin, Spirou et autres Lucky Luke » en démarquant une documentation aussi maigre qu'aberrante (l'album de Sélection du Reader's Digest, un volume du dictionnaire de Filippini, le Que-sais-je de Mme Baron-Carvais et L'ABCdaire de la bande dessinée de Moliterni et Mellot). Déclenche rapidement chez le spécialiste un rire inextinguible, les absurdités les plus criantes étant répétées de page en page avec un parfait aplomb.
Comment lire la bande dessinée ?
Frédéric Pomier
Klincksieck, collection 50 questions, 2005Introduction générale destinée aux enseignants, aux étudiants et au grand public cultivé, sous la forme d'un quiz (de « la bande dessinée est-elle un divertissement d'ilote ? » à « le produit dérivé rend-il justice à la bande dessinée ? »). Si on le compare à un ouvrage du même type comme 99 réponses sur... la bande dessinée d'Alain Chante, CRDP Langedoc-Roussillon, 1996, l'ouvrage de Frédéric Pomier apparaît à la fois plus au fait de la théorie contemporaine (Case, planche, récit, de Benoît Peeters est qualifié d'« ouvrage canonique ») et plus en phase avec la littérature dessinée elle-même, qui n'est plus perçue comme une culture ésotérique qu'il serait obligatoire d'étudier avec les outils du sociologue, mais comme un domaine culturel pas différent d'un autre, et qu'on ne peut aborder de façon pertinente que moyennant une connaissance suffisante de son histoire, de sa théorie et de son esthétique. Dans un tel cadre conceptuel et méthodologique, l'auteur se montre à la fois éclectique et tolérant, ne privilégiant aucune forme éditoriale ni aucune aire culturelle.
Les limites de l'ouvrage restent celles du principe même du quiz. Si on peut trouver, avec l'auteur, « consolant » que Lewis Trondheim figure au Petit Larousse, fallait-il pour autant consacrer une entrée à ce sujet ? Les deux entrées sur le vieux thème de la bande dessinée, art et « par ailleurs » industrie sont typiques de problématiques désuètes (la défense et illustration de la bande dessinée d'une part, la définition de la bande dessinée comme médium de masse d'autre part). L'entrée narratologique sur le « point de vue » se perd rapidement dans des considérations sur les réalités alternatives qui relèvent de la théorie des univers fictionnels et non des questions de narratologie.
Ce sont là des critiques de détail. L'ouvrage tient ses promesses en ouvrant à son lecteur, qu'on supposera peu au fait de la question et/ou désireux de se mettre à jour, des pistes et des perspectives nouvelles. C'est la supériorité de ce type d'introduction modeste sur de prétendus ouvrages encyclopédiques qui, indépendamment des questions de fiabilité, se présentent pour le grand public cultivé comme des massifs impénétrables.
The Essential Guide to World Comics
Tim Pilcher, Brad Brooks
Collins & Brown, 2005Sous la forme d'un gros tome de 320 pages richement illustré en couleur, panorama mondial de la bande dessinée par deux spécialistes britanniques. La planète est divisée en dix zones donnant lieu à dix chapitres. Chaque chapitre se conclut sur l'examen d'un maître d'envergure mondiale. (Tezuka pour le Japon, Breccia pour l'Amérique du sud, etc.)
La Bande dessinée
Pierre Fresnault-Deruelle
Armand, Colin, collection 128 pages, 2009Ce petit ouvrage sans prétention renonce à l'encyclopédisme et fait le choix excellent de tracer des lignes de force, ce qui évite des listages interminables dont le lecteur non spécialiste ne peut par définition rien tirer. L'évolution de la bande dessinée est ainsi ramenée à trois noms, Töpffer, McCay et Saint-Ogan, la bande dessinée franco-belge à Spirou, Tintin, Vaillant et Pilote. L'ouvrage donne par ailleurs le point d'arrivée de l'évolution de l'éminent pionnier de la théorie des littératures dessinées qu'est Pierre Fresnault. La conception anhistorique du structuralisme n'a plus cours, caricature et burlesque étant ramenés à leurs origines historiques (les arlequinades, le grotesque). Les aspects sémiologiques (l'opposition linéaire/tabulaire), plastiques (la couleur) et narratologiques (la « récitation » des histoires dessinées) du récit dessiné ne sont plus pris en compte au titre des codes, mais à celui des contraintes du support et des contraintes éditoriales. (Mais il faut noter que les considérations de Fresnault sur les couleurs, en particulier dans l'école belge, ont toujours été très pertinentes.) La question de la spécificité est remplacée par celle des interactions entre la bande dessinée et le reste des arts graphiques (dessin humoristique, dessin de mode), la notion, chère à Fresnault, de narration figurative s'étayant, quant à elle, sur une étude stylistique (la ligne claire d'Hergé et le style de Baudoin étant perçus comme antipodiques et Caniff représentant une voie moyenne).
Une troisième partie propose des lectures d'images (mais le début de l'ouvrage en contient de nombreuses), genre dans lequel l'auteur excelle.
On regrettera la multiplication de fautes, gênantes dans un ouvrage d'introduction, manifestement écrit trop vite et trop peu relu. L'auteur de Red Ryder est Fred Harman, et non Harmon (p. 15). Wonder Woman date de 1941, et non 1944 (p. 16). Clay Wilson ne fonde pas Zap Comix avec Crumb (p. 18). Pellos se prénommait René et non Guy (p. 20). Bob Morane n'est pas initialement dessiné par Gérald Forton mais par Dino Attanasio (p. 23). il n'est pas possible d'écrire que les mangas « se constituent véritablement en genre narratif au sortir de la seconde guerre mondiale, avec (...) Tesuka Ozamu » (p. 29). les mangas sont un genre narratif dans la première moitié du XXe siècle et le grand mangaka s'appelle Tezuka Osamu. Ce qui est écrit p. 44-45, respectivement sur le Comics Code (qui aurait permis paradoxalement le retour du gore !) et sur la loi de 1949 (dont se seraient fort bien accommodés les bons journaux comme Spirou !) trahit l'influence désastreuse d'historiens à lubies. George Wunder n'a pas repris Steve Canyon en 1988 (il est mort en 1987), mais Terry And the Pirates en 1946 (confusion avec l'assistant de Caniff, Dick Rockwell, qui continua Steve Canyon à la mort du grand cartoonist) (p. 69). Schulz n'a pas été pasteur protestant (p. 89). Notons enfin, détail qui devient touchant chez le vieux maître, que Pierre Fresnault se sera avéré incapable, en quarante ans de littérature secondaire, d'orthographier correctement Little Orphan Annie (le génial strip de Harold Gray) et Wonder Wart-Hog, le désopilant comic underground de Gilbert Shelton.
La Bande dessinée, son histoire et ses maîtres
Thierry Groensteen
Skira/Flammarion, 2009
Le Petit Catalogue du musée de la bande dessinée
Thierry Groensteen
Skira/Flammarion, 2009Publié à l'occasion de la réouverture du Musée de la bande dessinée d'Angoulême, dans son nouveau site des chais en bord de Charente, La Bande dessinée, son histoire et ses maîtres se présente comme un pavé solidement cartonné, de deux kilos et demi, où l'on ne sait ce qu'il faut admirer le plus, du texte érudit ou des reproductions de planches et de publications. L'ouvrage est flanqué d'un petit frère, Le Petit Catalogue du musée de la bande dessinée, qui donne un texte réduit mais qui propose de belles reproductions, judicieusement choisies, des trésors du Musée.
Le contenu de La Bande dessinée, son histoire et ses maîtres en fait un monument scientifique de première importance. La première partie reprend en la complétant l'histoire de la bande dessinée franco-belge déjà donnée dans Astérix, Barbarella et Cie, dont nous avons déjà écrit tout le bien qu'il fallait en penser (Le Petit Critique illustré, PLG, 2005, p. 50). La deuxième partie propose une remarquable histoire de la bande dessinée américaine. Dans la troisième partie, Thierry Groensteen donne la synthèse de sa réflexion sur l'esthétique de la bande dessinée. Une quatrième partie est consacrée à la technique de la bande dessinée.
On pourrait discuter le choix de n'avoir traité de façon historique que les domaines francophone et états-unien. Mais, à l'examen, ce choix se révèle excellent, car il permet d'échapper à ce qu'ont été trop souvent les ouvrages généraux sur la bande dessinée, des listages indigestes de noms, de titres et de dates, présentés dans la plus grande confusion, et qui sont — on ne le répétera jamais assez — totalement inutilisables pour un lectorat non spécialiste. L'ouvrage de Thierry Groensteen présente une chronologie en pied de page, ce qui permet à l'auteur de donner dans le texte lui-même une analyse claire et lisible, non seulement de l’histoire des éditeurs et des supports, mais aussi des contenus, et, finalement du statut de la bande dessinée.
S'il fallait absolument pinailler, on pourrait regretter, dans la partie consacrée aux littératures dessinées d'expression française (et ces critiques sont déjà applicables à la première mouture du texte dans Astérix, Barbarella et Cie), le passage à la trappe de la bande dessinée catholique, une synthèse sur le petit format (p. 68 sq.) factuellement exacte, mais bien maigrelette pour traiter d'un support éditorial d'une foisonnante richesse, et une analyse un peu trop prudente des effets de la loi du 16 juillet 1949 (quoique l'auteur rende compte lucidement des virulentes attaques des éducateurs contre la bande dessinée). On trouvera de plus quelques confusions sans gravité dans l'iconographie (choisie et annotée par l'équipe du Musée). Contentons-nous d'un exemple. La mention dans le texte de la publication humoristique Kiwi, centrée sur l'oiseau éponyme de Jean Cézard, appelle une reproduction du petit format Kiwi des éditions LUG (fig. 76), qui publie Blek le Roc, alors qu'il aurait fallu montrer les Albums comiques de Kiwi, chez le même éditeur. (D'un autre côté, le petit format en question contient bel et bien des petites histoires du Kiwi de Cézard entre deux récits réalistes.)
Dans la chronologie américaine, on pourra toujours disputer sur le choix des œuvres relevées comme importantes. Il nous semble que le strip policier Charlie Chan (1938) et le western Casey Ruggles (1949) s'assimilent à des non-événements, même s'ils ont eu la faveur d'éditions françaises (notamment dans la revue RétroBD et chez l'éditeur Michel Deligne). Inversement, le strip de science-fiction semble n'intéresser guère notre auteur, et la reprise de Flash Gordon par Dan Barry, ou le strip Twin Earths de LeBeck et McWilliams auraient mérité, croyons-nous, un développement.
L'iconographie (et en particulier les reproductions de planches originales, dans les deux catalogues) représente un véritable tour de force technique.
Cent pour cent bande dessinée
Cité internationale de la bande dessinée et de l'image/Paris bibliothèques, 2010Catalogue d'une exposition au musée de la bande dessinée d'Angoulême en janvier 2010, exercice littéraire proposé à 110 dessinateurs, chargés de commenter sous forme d'une planche l'une des planches des collections du musée. Traduction des textes des planches, commentaires, notices sur les œuvres sources et leurs auteurs.
CENT CASES DE MAÎTRES
Gilles Ciment & Thierry Groensteen
La Martinière, 2010
Cent cases de bandes dessinées, de cent maîtres du genre, reproduites dans un très grand format, dans un ouvrage qui ressemble à une boîte à gâteaux, destiné à faire un très beau cadeau de fêtes de fin d'année pour les bédéphiles, avec des textes de Vincent Baudoux, Gilles Ciment, Erwin Dejasse, Pierre Fresnault, Thierry Groensteen, Dominique Hérody, Jean-Paul Jennequin, Harry Morgan, Jacques Samson, Antoine Sausverd et Thierry Smolderen, textes relevant de la discipline philosophique de l'esthétique, mais écrits dans un style volontairement non technique, et qui constituent à ce titre une éducation de l'œil pour apprécier sur le plan plastique un art dont il faut rappeler que sa finalité est narrative.
HISTOIRE DE LA BANDE DESSINÉE POUR DÉBUTANTS
Frédéric Duprat
Qidesign, 2011
Dans une collection Pour débutants, imitant la célèbre collection Pour les nuls (qui, c'est la dure loi du petit commerce, intentera fatalement un procès pour contrefaçon, et qui le gagnera peut-être, parce que « pour les débutants » s'abrège sur la couverture en « pour les déb » [débiles], ce qui introduit un risque de confusion pour le consommateur d'attention moyenne), paraît un ouvrage qui serait mieux titré Histoire de la bande dessinée par un débutant. On y apprend entre autres que Robert Crumb faisait un fanzine tiré à quelques centaines d'exemplaires qui s'appelait Zaps, que le début des années 1950, où paraît Fils de Chine dans Vaillant, est l'époque où les maoïstes tenaient en France le haut du pavé, que Tezuka Osamu, qui s'appelle aussi Osamu Tezuka (cela change d'une ligne à l'autre), a été renié par les dessinateurs de gekiga à cause de son dessin jugé trop enfantin. On pourrait citer les perles ou les coquilles à l'infini. Mais à vrai dire, l'ouvrage échappe à toute analyse, parce qu'il est tellement mal écrit, tellement mal bâti, tellement mal relu, qu'on n'y démêle plus rien. L'infortuné lecteur se retrouve devant une collection de propos décousus, aberrants, ineptes et contradictoires. Et malheur au non-spécialiste qui recopierait dans ce calamiteux ouvrage un nom, une date, un fait, car il risque fort de recopier une ânerie.
1.2. Encyclopédies et dictionnaires
The Standard Catalog of Comic Books
John Jackson Miller, Maggie Thompson, Peter Bickford, Brent Frankenhoff
Krause Publications, 2002
2nd Edition
Kraude Publications, 2003Énorme bottin, format annuaire de téléphone, de près de 1500 pages. A la différence du « Overstreet », contient non seulement les comic books mais aussi les graphic novels et les magazines comme Mad ou Heavy Metal, mais pas les sections de strips (par exemple le supplément dominical du Spirit) ni les reprints de strips.
Les séries sont résumées et des indications de tirages (par exemple les commandes au distributeur Diamond) sont données quand elles sont connues.
L'ouvrage sert aussi de checklist, chaque numéro étant visualisé par une petite case à cocher.
DICTIONNAIRE DES LIVRES ET JOURNAUX INTERDITS
2e ÉDITION
Bernard Joubert
Cercle de la Librairie, 2011On se demande parfois à quoi servent les blogs consacrés à l'actualité de la bande dessinée. Il faut consulter la deuxième édition, entièrement revue, et augmentée de plusieurs dizaines de notices, du Dictionnaire des livres et journaux interdits, de Bernard Joubert, pour apprendre que la célèbre loi du 16 juillet 1949 a été modifiée, dans le silence complet des médias, par la loi du 17 mars 2011, une de ces lois fourre-tout dont l'intitulé, imaginé par des humoristes, est désormais « loi de simplification et d'amélioration de la qualité du droit ». Ce toilettage s'est fait sous prétexte de rendre le droit interne conforme au droit européen, en l'occurrence à la célèbre directive Services.
Si la finalité du texte n'a pas changé — il s'agit toujours de donner à une commission de siphonnés, qu'on recrutera exprès, la faculté de menacer les éditeurs de bandes dessinées de poursuites pénales, sous un prétexte d'ordre moral —, la définition de cet ordre moral, et par conséquent la base philosophique du texte, a été profondément modifiée. Citons, d'après Légifrance, la version initiale et la version actuelle du fameux article 2 de la loi du 16 juillet 1949, correctionnalisant la publication de mauvaises bandes dessinées. Voici la version d'origine :Les publications visées à l'article 1er ne doivent comporter aucune illustration, aucun récit, aucune chronique, aucune rubrique, aucune insertion présentant sous un jour favorable le banditisime, le mensonge, le vol, la paresse, la lâcheté, la haine, la débauche et tous actes qualifiés crimes ou délits ou de nature à démoraliser l'enfance ou la jeunesse.
Elles ne doivent comporter aucune publicité ou annonce pour des publications de nature à démoraliser l'enfance ou la jeunesse.
Et voici la version 2011 du même article :
Les publications mentionnées à l'article 1er ne doivent comporter aucun contenu présentant un danger pour la jeunesse en raison de son caractère pornographique ou lorsqu'il est susceptible d'inciter à la discrimination ou à la haine contre une personne déterminée ou un groupe de personnes, aux atteintes à la dignité humaine, à l'usage, à la détention ou au trafic de stupéfiants ou de substances psychotropes, à la violence ou à tous actes qualifiés de crimes ou de délits ou de nature à nuire à l'épanouissement physique, mental ou moral de l'enfance ou la jeunesse.
Elles ne doivent comporter aucune publicité ou annonce pour des publications de nature à démoraliser l'enfance ou la jeunesse.Comme on le voit, les principes de morale catholique laïcisée de 1949, inspirés des dix commandements, ont été remplacés en 2011 par les principes de ce qu'on appelle de façon plus ou moins impropre la rectitude politique, la bien-pensance, ou l'idéologie victimaire. Dans la version initiale, la présentation sous un jour favorable du mensonge faisait naturellement référence au huitième commandement, celle du vol au septième, celle de la haine au cinquième, celle de la débauche au neuvième ; et si la liste commençait par une très invraisemblable « présentation sous un jour favorable du banditisme », c'est parce que les milieux catholiques d'avant-guerre s'étaient habitués à qualifier les journaux pour enfants commerciaux du temps — à commencer par Le Journal de Mickey — d'« illustrés gangsters », sous prétexte qu'ils publiaient des strips américains, remplis comme chacun sait d'émules d'Al Capone, saluant chaque aube de rafales de mitraillettes.
Dans la nouvelle version du texte, c'est, très victimairement, le danger pour les mœurs des petits enfants qui ouvre la série, la pédophilie étant considérée comme le crime suprême dans une société où les petits enfants sont, dans l'échelle du grief et de la réclamation, les victimes par excellence. Et vient en second lieu l'incitation à la discrimination ou à la haine, autrement dit le délit de « racisme », déjà réprimé par l'article 24 de la loi de 1881 sur la liberté de la presse, mais qu'il faut réprimer davantage encore, puisqu'il constitue, dans le logiciel des médias, des politiciens et des « associations », la faute originaire, source de tout mal.
Et on notera au passage que le marketing a fait des progrès non moindres que le droit, puisque la longue litanie du texte initial sur ce qu'on peut imprimer dans un journal (une illustration, un récit, une chronique, une rubrique, une insertion), est remplacée par un seul mot : tout cela, mon bon monsieur, cela s'appelle des contenus.
1.3. Anthologies
30 Héros de toujours : chefs-d'œuvre de la BD : 1830-1930
Claude Moliterni
Presses de la Cité, collection Omnibus, 2005Une anthologie qui se caractérise par la désinvolture présidant au choix des extraits et par l'effroyable sans-gêne de la réalisation. Pour le Yellow Kid, il faut se contenter de scans malpropres faits à partir de l'ouvrage de Bill Blackbeard. Toutes les rééditions chez Pierre Horay sont mises à contribution, de sorte que Little Nemo est représenté par des planches massacrées, aux couleurs criardes et au lettrage illisible. Krazy Kat quant à lui est illustré par des planches en noir et blanc sorties nous ne savons d'où et au trait bouché.
On notera par ailleurs que Le Bringing Up Father de McManus est échantillonné via des unes de Robinson, tandis que le Popeye qui nous est montré sort de Hop-Là !, l'anthologiste ne se posant manifestement aucune question d'ordre programmatique. (Fait-il une anthologie des œuvres originales ou des « illustrés de l'âge d'or », c'est-à-dire de leur version française des années 1930 ?)
Naturellement, lorsqu'on choisit les extraits au hasard, on se trompe de temps en temps. Dirks (The Katzenjammer Kids) est représenté par des planches (signées, pourtant) de... Knerr. Pas de chance non plus pour ce pauvre Pinchon, qui est représenté par des planches de Bécassine chez les alliés, qui est dessiné, comme le savent tous les bécassiniens, par Zier. (Ici, c'est l'absence de signature des planches qui aurait dû mettre la puce à l'oreille de l'anthologiste, en admettant évidemment que ce genre de question l'intéresse !)
M. Moliterni fait un effort d'originalité avec des planches de Stofano (qui signait Sto), de Rubino ou du Rupert de Mary Tourtel, mais tout est saccagé, et à la place des charmants petits vers de Mary Tourtel, on ne trouvera qu'une traduction hâtive, qui n'est plus versifiée.
L'anthologie de M. Moliterni ne ressemble somme toute que très peu aux ouvrages de Caradec ou de Peignot dont elle s'inspire ostensiblement. Son véritable modèle est plutôt le calamiteux 100 ans de BD des éditions Atlas (1996). Il s'agit de faire un nouvel ouvrage à peu de frais en scannant au petit bonheur, semble-t-il, le contenu de sa bibliothèque.
La question ne se réduit malheureusement pas à des affaires de gros sous. L'anthologie de M. Moliterni s'adresse à un public de culture moyenne, qui en l'achetant croira faire un effort pour élargir ses horizons. Devant le ramassis illisible qui lui est proposé, ce public ne pourra qu'être conforté dans des préjugés (cette BD du passé est décidément bien laide, bien naïve et n'a plus au fond d'intérêt qu'historique ou nostalgique) qui — est-ce un hasard — sont précisément ceux que véhiculent les ouvrages « historiques » ou « encyclopédiques » de M. Moliterni (mythe du progrès de la forme, croyance en un évolutionnisme, du type « de la barbarie vers la civilisation »).
1.4. Variétés
DADA : LA BANDE DESSINÉE UN 9e ART
Éditions Arola/Cité internationale de la bande dessinée, s. d., 2011Cette revue d’art destinée aux enfants propose comme elle l’avait déjà fait par le passé (n° 35, 1997), une honnête introduction à la bande dessinée, à partir de documents bien choisis, d’auteurs classiques. On pardonnera volontiers aux contributeurs de donner une version quelque peu schématique de l’histoire du médium, marquée par un évolutionnisme confiant. Ainsi, il est entendu une fois pour toute que la bande dessinée est inventée par Töpffer, et qu’elle est renouvelée dans les années 1990 par l’Association.
Le risque d’une telle entreprise est celui de la condescendance vis-à-vis d’un public qu’on suppose arriéré. Si les contributeurs de Dada y échappent pour la plupart, regrettons cependant une analyse particulièrement mal venue d’une planche du Maus de Spiegelman, celle où le cartoonist se demande comment animaliser son épouse, Françoise Mouly, qui est Française. Le dessinateur a tracé sur un carnet de croquis un élan (peut-être à cause d’associations avec le Canada francophone), un caniche (French poodle), une grenouille (froggy), d’autres animaux encore. Cela est interprété ainsi : « Spiegelman révèle ici l’absurdité de la notion de race. Nous possédons tous de multiples identités… » Le journaliste prend ici son auteur en otage pour caler un préchi, précha bien-pensant, en faisant dire à l’œuvre le contraire exactement de ce qu’elle dit, puisqu’il n’aura échappé à personne (et pas même aux enfants) que Maus repose précisément sur une spécification des protagonistes (les nazis sont des chats, les juifs, des souris).
LA CRYPTE TONIQUE
Le magazine du magasin
n° 0 sept-ct. 2011
n° 1 nov. déc. 2011
Philippe Capart
16 galerie Bortier 1000 BruxellesSingulière entreprise que celle de Philippe Capart, qui a racheté le fonds du libraire et éditeur Michel Deligne, l'a installé dans sa crypte, et qui, dans le numéro zéro de sa revue, brosse l'histoire des librairies bruxelloises spécialisées en bande dessinée, mais aussi du fandom et des fanzines. Le numéro un est à la gloire de Félix le chat et de Charlie Chaplin. Les articles signalés dans le magazine par un astérisque sont disponibles dans le magasin.
AU COIN DE MA MÉMOIRE
Francis Groux
PLG, collection Mémoire Vive, 2011Mémoires de Francis Groux, cofondateur du festival de la bande dessinée d'Angoulême, avec Jean Mardikian. Avec une modestie de bon aloi, l'auteur nous raconte sa vie et celle du festival, en nous régalant de savoureuses anecdotes, que l'historien prendra naturellement avec toute la prudence qui est de mise.
L'ouvrage est agréablement illustré de planches originales et de dessins dédicacés offerts à M. Groux par les dessinateurs reconnaissants.
Ouvrage indispensable à qui s'intéresse à l'histoire sociale de la bande dessinée.
Préface de Thierry Groensteen.
BEAUX ARTS HORS-SÉRIE HUMOUR & BD
Beaux Arts magazine, TTM éditions, s. d., dépôt légal décembre 2011
Un petit panorama de la bande dessinée humoristique, honnête travail de journaliste, brossé au moyen d'une suite de courts articles. C'est aussi, de fait, une petite anthologie de la bande dessinée pour rire. Le lecteur y trouvera ce qu'il lit ordinairement et découvrira le reste. Du côté de la production actuelle, le pire côtoie le meilleur. Par contre, dans les classiques, on trouvera dix-sept planches bien reproduites et bien commentées, qui nous mènent des Katzenjammer Kids à Régis Franc.