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L'opération de lutte contre le sexisme Ce que soulève la jupe
réflexions sur le militantisme en milieu scolaire

Interpelé mercredi 14 mai 2014 par la députée UMP de l'Orne, Véronique Louwagie, lors des questions orales au gouvernement, sur l’invitation adressée aux lycéens des deux sexes de 27 établissements de l’académie de Nantes de venir au lycée en jupe, dans le cadre de l’action de lutte contre le sexisme intitulée Ce que soulève la jupe (action reconduite pour la deuxième année), le ministre de l’Éducation nationale a nié purement et simplement l’existence d’une telle opération et a accusé les militants de la Manif pour tous de manipulation.
(Les paroles exactes de la députée, posant sa question, sont : « L'académie de Nantes invite les lycéens de la région à porter une jupe vendredi prochain. Et ceci, tenez-vous bien, au motif d'ouvrir le débat pour lutter contre les constructions stéréotypées des rapports sociaux du sexe. Vous avez donc sciemment — sciemment — caché les actions que vous envisagiez pour poursuivre dans cette voie visant à imposer la théorie du genre. D'ailleurs c'est avec stupeur que nous constatons que les documents relatifs à cette initiative, les documents que je tiens à votre disposition, ont été retirés du site internet de l'académie. »)
(Les paroles exactes de monsieur Hamon, donnant sa réponse, sont : « Je rappelle et il vous suffirait, madame la députée, de le demander au recteur, de le demander au rectorat, il n’y a pas de demande faite aux élèves et aux lycéens de cette académie de venir en jupe le vendredi, c’est absolument faux. Ce que vous dites aujourd’hui utilise des mensonges, des mensonges colportés par des organisations radicales dont je regrette, mesdames et messieurs les députés, dont je regrette que sur ces bancs vous colportiez ces mensonges, car une simple vérification, madame la députée, vous aurait permis de le vérifier (sic). (...) Si, plutôt que de reprendre les arguments diffusés en ligne par des organisations et des groupes radicaux, vous aviez pris le soin de vérifier ces informations, vous vous seriez inscrit comme nous dans une volonté d'apaiser le climat scolaire. Aidez-nous à apaiser le climat scolaire. »)
Or l’initiative existe bel et bien. Elle émane du Conseil académique de la vie lycéenne (commission « discrimination - citoyenneté »), instance d’apprentissage à la démocratie ardemment promue par l’institution scolaire, et elle est relayée le plus officiellement du monde par le rectorat de Nantes, qui s’est fendu pour l’occasion d’un très beau dossier de presse, rédigé de façon très professionnelle. C'est qu'on est ici au cœur de la doctrine de l’école lieu de vie, lieu de socialisation, lieu d’apprentissage du vivre-ensemble, c’est-à-dire au cœur de l’appareil idéologique du régime, qui juge normal de décerveler les jeunes Français au lieu de leur donner la formation intellectuelle minimale qui leur permettrait de développer sens critique et liberté d’esprit.

Dans l’espèce, il s’agissait de lutter contre le sexisme au moyen de... l’indifférenciation sexuelle (sur l’affiche de l'événementiel, dépassent de la jupe une jambe de fille et une jambe de garçon). Et cette bizarre stratégie est née lorsqu’on a fait travailler (c’est comme cela que l’on dit) ces enfants sur les théories d’une historienne, vivant en couple avec une sénatrice écologiste et enseignant à l’université d’Angers (Christine Bard, Ce que soulève la jupe : Identités, transgressions, résistances, éditions Autrement, collection Mutations numéro 261, 2010), l’action citoyenne reprenant du reste le titre de l’ouvrage de la susdite — ce qui donne au passage une indication du degré d’autonomie dans la réflexion de nos malheureux lycéens-citoyens. Quant au dossier de presse rectoral, il explique que le choix vestimentaire a pour fonction de « favoriser la prise de conscience, susciter les échanges et faire évoluer les représentations de chacun ». Comment passe-t-on d’une transgression (puisque la jupe est, dans notre culture, un vêtement « marqué ») à une prise de conscience ? Pardi ! par la vertu du couple militant de la quérulence et du revanchisme [voir ici] : il s’agit de dénoncer les « mauvais » stéréotypes de genre (les filles en jupe, les garçons en pantalons) pour les inverser de façon autoritaire (tout le monde en jupe) afin de produire une société plus juste.
En attendant, M. le ministre de l’Éducation ment devant l’Assemblée, et il ment comme un enfant, il ment comme un écolier pris en faute, il mérite vingt coups de règle en fer sur les doigts et deux heures de piquet. Quel exemple il donne à la jeunesse ! Et il ment pour diffamer des opposants, pour faire croire que ses adversaires politiques sont des extrémistes (des « radicaux ») qui affabulent dans l’intention de créer une panique morale. Outre que la fonction ministérielle est atteinte (un ministre, aujourd’hui, c'est ce type qui est payé pour mentir devant les caméras, dans un français hésitant, dans le but de déconsidérer des adversaires politiques), c’est de fort mauvaise stratégie, puisqu’une vérification internétique permet à tout un chacun d’en avoir le cœur net en deux clics.

La presse du régime (Le Monde et Libération) ment aussi, dans le même sens que le ministre, mais de façon dérisoire, en jouant sur les mots. Là où le ministre nie en bloc, les deux feuilles de chou, elles, glosent le verbe « demander ».
L'article du Monde du 15 mai commence ainsi : « “Il est évident qu'on n'oblige personne à porter une jupe. Qu'est-ce que c'est que cette folie ?”, tonne Cécile Moreau, proviseure du lycée professionnel Bougainville, à Nantes... »
Libération du 14 mai titre : « Non, l'académie de Nantes ne “demande” pas aux garçons de venir en jupe vendredi ». Et le journal de préciser : « C’est une polémique montée de toutes pièces. L’article du Figaro, au contraire du titre, le dit entre les lignes. En aucun cas, l’académie ne “demande” aux élèves de venir en jupe, ce qui semble indiquer que ce serait une obligation scolaire de se travestir. »
Après quoi, Libération explique qu'il s'agit d'une action lycéenne et qu'on « invite » filles et garçons à porter une jupe. — Mais la députée Véronique Louwagie n'a pas dit autre chose ! (« L'académie de Nantes invite les lycéens de la région à porter une jupe vendredi prochain. Et ceci, tenez-vous bien, au motif d'ouvrir le débat... ») On se doute bien que l'administration n'a pas fait une obligation scolaire du fait de venir en jupe (« Trois heures de colle et avertissement sur le bulletin du troisième trimestre si vous ne venez pas en jupe ! »). Aucun militant de la Manif pour tous n'a interprété l'opération comme une injonction de venir en jupe, adressée aux garçons — et aux professeurs mâles, peut-être, sous peine d'un blâme ou d'un abaissement d'échelon ? (Même le très excité Nicolas Vial, de l'Observatoire de la théorie du genre, s'est contenté de trouver que l'académie de Nantes incitait les garçons à porter une jupe et... du rouge à lèvre, ce dernier détail relevant apparemment de sa propre fantasmatique.) Brandir une interprétation aussi grotesque que l'obligation pour les garçons de venir en jupe, pour se donner le luxe de la démentir est, de la part de la presse aux ordres, une manœuvre transparente, qui a pour unique fonction de lui permettre de titrer sur un hoax, un faux bruit, une rumeur, une polémique (« une polémique qui laisse la communauté éducative perplexe » titre Le Monde), et de faire passer les gentils catholiques de la Manif pour tous pour des délirants d'extrême droite.
Cependant comme il ne faut pas trop en demander à un pauvre petit journaliste payé pour faire de l'ironie, pour le Huffington Post du 14 mai, la manipulation tenait plutôt dans le fait qu'on mêlait le rectorat à une simple initiative de lycéens (« THÉORIE DU GENRE - Il aura suffi d'une simple initiative lycéenne pour que le débat sur la théorie du genre enflamme à nouveau les bancs de l'Assemblée nationale. Ce mercredi 14 mai, une journée de lutte contre le sexisme intitulée "Ce que soulève la jupe", proposée vendredi dans 27 lycées de l'académie de Nantes, a créé la polémique, certains opposants à la théorie du genre affirmant à tort que c'était l'académie elle même qui avait demandé aux garçons de venir en jupe. ») Ligne de défense non reprise par Le Monde du lendemain, parce qu'elle est à l'évidence idiote et contre-productive, le caractère institutionnel de l'opération militante et citoyenne étant de la plus haute importance aux yeux du régime lui-même (voir plus haut).
Mais force est de constater que, sur la question du gender, le pouvoir a, de bout en bout, basé sa défense sur le mensonge. En dépit de preuves flagrantes de militantisme LGBT au sein de l’école, le pouvoir a répété, via justement ces prodiges d'analyse linguistique et de coupage de cheveux en quatre, que l'expression « théorie du genre » n’était pas attestée (le fait est qu’on parle plutôt de gender studies, d’études de genre ; théorie du genre, c'est de l'argot Manif pour tous), et que par conséquent la réalité ainsi (maladroitement) désignée n'existait pas non plus, que c'était une imagination de complot, ou alors, dans une version atténuée, qu’il y avait hystérisation du débat parce que, tout de même, on n’en était pas à prêcher l’indifférenciation sexuelle, mais seulement à promouvoir l’égalité. (Seulement, dans l’affaire de la jupe, on voit qu’on prêche bel et bien l’indifférenciation.)
Ce mensonge du pouvoir, qui n’arrive pas à reconnaître ses propres engagements militants, tant il les sait électoralement suicidaires, n’est pas sans rappeler un mensonge similaire, proféré au moment de la publication des cinq rapports sur l’intégration, en décembre dernier (les mal nommés, puisqu’il s’agissait en l’occurrence de faire droit aux identités des migrants, dans la perspective d’une société multiculturelle, en mettant au rebut la notion d'intégration), rapports commandés le plus officiellement du monde par M. Ayrault, écrits dans le sens qu’il avait dicté, mais qu’il avait désavoués sans vergogne sitôt que les médias s’en étaient emparés et que l'opinion s'en était alarmée.
On peut noter au surplus que cette stratégie consistant à reprendre les agendas des « associations » de tout poil est totalement incohérente, à telle enseigne que le régime a, en flattant les militants du gender, brutalement perdu l’électorat musulman, à qui M. Hollande devait son élection à la présidence de la République.
En effet, le véritable programme de ce pouvoir ne tient nullement, n’en déplaise aux tenants d’un complot « remplaciste », dans le choix de son électorat, qui apparaît comme un simple bout à bout de « minorités » outragées (les musulmans, les noirs, les Rroms, les femmes, les LGBT, etc.), mais dans l’idéologie victimaire elle-même. Graeme Archer dans son blog du Daily Telegraph de Londres, en date du 16 mai, indique admirablement les limites de cette doctrine victimaire (qu'il appelle victim culture). L’oppression est déduite non de faits positifs, mais de la simple appartenance à une ou, mieux, à plusieurs catégories victimaires (la preuve que je suis opprimée c’est que je suis une femme, musulmane, noire, lesbienne, etc. — c’est la définition même de l’idéologie victimaire). Ce qui signifie a contrario qu’un acte de violence ou de persécution cesse d’être défini comme tel quand il vise un représentant de la majorité. Mais le premier résultat, paradoxal, d’une telle appréciation des choses (je paraphrase toujours Graeme Archer) c’est précisément que l’injustice, l’oppression, la violence, ne sont plus reconnues pour elles mêmes (tout est question de contexte et on commence toujours par se demander à quelle catégorie appartiennent victime et perpétrateur). Et la conséquence lointaine, c’est l’inévitable retour du bâton, la révolte de la majorité, écœurée et qui comprend qu'on s'est joué d'elle.
On peut ajouter, pour être complet, que l’ordre victimaire excuse systématiquement les agissements antisociaux des catégories protégées (par exemple les profanations de lieux de culte catholiques par des militantes — simulacre d’avortement dans l’église de la Madeleine à Noël 2013, avec urination sur les marches de l’autel — sont considérées comme d’imaginatives opérations de communication, pacifiques et drôles), quitte à fournir le cas échéant un correctif purement verbal à la violence de ces factions (on explique alors que certes « elles » sont violentes, mais que c’est parce qu’on les discrimine). Cette attitude d’excuse systématique se complique d’un chantage à l’adulation. La seule attitude autorisée face aux cultures « minoritaires » est l’admiration la plus franche et la moins critique.
Les personnels de l’Éducation nationale (c’est comme cela qu’on dit) de l’académie de Nantes qui ont comploté l’opération Ce que soulève la jupe sont de parfaits crétins. Ils ne sont ni généreux, ni tolérants ni indépendants d’esprit, mais ils sont au contraire d’une étroitesse d’esprit et d’un conformisme alarmants, et par dessus le marché d’une veulerie qui amène à s’interroger sur ce que serait leur attitude en cas de coup dur (dictature, occupation étrangère, invasion extra-terrestre). Ils emmerdent les gamines pour qu’elles mettent une jupe comme ils emmerdaient, quand elles étaient elles-mêmes lycéennes, les mères de ces gamines (qui, si elles voulaient sortir en jeans, devaient se changer dans les toilettes du bistrot en face du lycée). La différence c’est qu’à présent ils emmerdent aussi les gamins (qui doivent venir en kilt !). Ils seraient parfaitement capables de demander aux lycéennes de venir en jilbab, pour lutter contre l’« islamophobie », et ils l’ont peut-être déjà fait (bon, pas cette semaine, à cause des images des petites chrétiennes enlevées au Nigéria et converties de force). Les « radicaux » de la Manif pour tous ne sont probablement pas dans leur intégralité des catholiques anarchistes, épicuriens et amateurs de paradoxes, à la G. K. Chesterton, mais même s’ils étaient entièrement composés d’émules de l’abbé Bethléem, ils seraient toujours moins bêtes et moins méprisables que leurs adversaires.