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TINTIN CHEZ LES GROS NEZ
LES AVENTURES DE TINTIN
LE SECRET DE LA LICORNE

STEVEN SPIELBERG, 2011


Les vingt premières minutes des Aventures de Tintin — Le Secret de la Licorne sont intéressantes parce qu'elles travaillent réellement les albums d’Hergé (en l’occurence le début du Secret de la Licorne) et que le système de la « performance capture » crée un effet de sidération, tant l'imagerie qu'il produit est laide et bizarroïde, semblant sortir d’une étrange nuit des temps. Malheureusement, après ce début intrigant, le film sombre dans l’incohérence, les auteurs ne sachant que faire du matériel hergéen, qu’ils abandonnent du reste pour produire ce qu’ils produisent ordinairement, une variation sur Les Aventuriers de l’arche perdue. Et bien sûr on s’ennuie à cent sous de l’heure devant cet invraisemblable mixage du Secret de la Licorne et du Crabe aux pinces d’or, épicé de scènes d’action empruntées à on ne sait quel jeu vidéo, à grand renfort de caméra virevoltante.
On s’amusera des tropismes américains. Tintin possède dans le tiroir de son bureau un browning et tire sur tout ce qui bouge, sans états d’âme. Le fort de la légion étrangère vient de Beau Geste (1939). Rackham le rouge semble un cousin de Lon Chaney dans Le Fantôme de l’opéra de Rupert Julian (1925). Quant à l’obligatoire référence à la psychologie populaire et au « self help », en l'espèce la description de Haddock surmontant son « problème d’alcool », elle dépasse toutes les bornes de la vacuité et du préchi, précha politiquement correct (politically correct sloganeering).
Au final, on est frappé de voir à quel point les auteurs sont embarrassés de l’œuvre d’Hergé, qui est évidemment aux antipodes de l’idée qu’ils se font d’une fiction populaire. Le principe même du roman de détection qui, mélangé au roman populaire, fait la matière des albums convoqués, est considéré par nos cinéastes comme à la fois trop subtil et trop naïf, et leur solution consiste à la fois à hystériser et à crétinifier la fiction, la simplification la plus grossière consistant à changer le paisible collectionneur monsieur Sakharine en émule du professeur Moriarty.
Francis Lacassin, dans Pour une contre-histoire du cinéma, écrit que, en 1957, Alain Resnais avait projeté de faire une adaptation de L’Île noire en court métrage où il aurait été question « d’user de décors extrêmement artificiels et stylisés, avec des acteurs portant un masque dessiné par Hergé ». Comme quoi une mauvaise idée ne se perd jamais.
— Manuel Hirtz

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