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Annales de la polémologie - guerres futures

Capitaine Danrit, Arnould Galopin - La Révolution de demain

Tallandier, 1909-1910, six fascicules illustrés par Dutriac, 688 page



En entamant la lecture de La Révolution de demain, un lecteur amateur de littérature populaire dans sa version conjecturale peut espérer découvrir un délire réactionnaire bien paranoïaque et bien haineux et se faire une joie de comparer les cauchemars de Danrit et de Galopin à la réalité d'une véritable révolution du XXe siècle, encore à venir à l'époque où ils écrivent, par exemple celle de 1917 en Russie.

Seulement il ne faut pas trop prêter aux romanciers populaires, même spécialisés en polémologie, et La Révolution de demain décrit, beaucoup plus banalement, une répétition de la Commune de Paris, répétition très amplifiée, il est vrai, puisque, au lieu de jeter bas la colone Vendôme, c'est la Tour Eiffel que les insurgés font tomber à coup de dynamite.

Résumons. La CGT met en branle le Grand Soir, s'empare de Paris et organise la révolution sociale. En province, l'armée parvient à juguler l'émeute, et elle mate les mineurs de Lens.

Si Danrit et Galopin pensent naturellement que la révolution sociale est une très mauvaise idée, ils ne cèdent cependant point à l'hystérie. Les syndicalistes sont présentés comme des gens responsables, qui ont somme toute d'excellentes raisons de vouloir renverser la démocratie bourgeoise. La condition ouvrière est présentée comme véritablement effroyable, ce que les auteurs attribuent assez vaguement à une forme de darwinisme social. Il est d'ailleurs nettement suggéré que la situation du prolétariat se détériorera encore, du fait de l'échec de l'insurrection. Les auteurs en arrivent même à trouver une sombre grandeur aux insurgés, probablement parce que la révolution est une forme de guerre, et que la guerre, pour Danrit et son factotum, est une chose admirable, puisqu'elle permet aux âmes d'élite de se couvrir de gloire, et que la gloire, c'est beau. Il n'y a guère que les anarchistes à qui les auteurs vouent une véritable détestation. Il est vrai que les anarchistes ne respectent rien.

La véritable religion du capitaine Danrit, c'est l'armée, en qui se cristallisent toutes les vertus, et qui est le creuset du seul véritable progrès. Le héros du roman, le lieutenant Dorfeuil, est un fils de mineur, qui s'est illustré par ses faits d'armes dans les colonies. Son second est un géant breton qui lui est fanatiquement dévoué. En face, on trouve le chef des syndicalistes, qui est une sorte de Jaurès, et sa fille, abrégé des grâces de son sexe, dont le faire-valoir est un titi parisien, démarquage de Gavroche. Le traître est un syndicaliste fanatique.

La Révolution de demain enchevêtre une chronique de l'insurrection, vraisemblablement sortie de la plume de Danrit, et un roman populaire, sans doute écrit par Galopin, avec amour impossible entre le lieutenant Dorfeuil et la fille du chef de la CGT, veuve héroïque, père noble, orphelins, financiers pourris, courses-poursuites et tutti quanti. La chronique de l'insurrection est assez fascinante. Le roman populaire est mal écrit et tire à la ligne. Les personnages sont en carton. Et comme ce roman populaire prend le dessus au milieu du récit, il y a à cet endroit 200 pages bien ennuyeuses. L'intérêt se rallume dans le dernier tiers de l'ouvrage.

A la fin du livre, le perfide Teuton en profite pour envahir notre beau pays, et les militaires ont l'intelligence de proposer une reddition honorable aux révolutionnaires parisiens (qui échappent par conséquent à l'exécution sommaire qui est, nous expliquent les auteurs, la règle dans toute ville conquise). Tout ce beau monde communie donc dans l'union sacrée. « Je ne renonce pas à crier encore un jour "Vive la révolution", mais pour le moment, je fais comme ton père, je crie "Vive la France !  », dit le chef des syndicalistes à la dernière page du roman.

Si Danrit, qui écrit de l'anticipation en regardant derrière lui, est bien incapable de préfigurer les révolutions du XXe siècle, il est par contre un prophète infaillible de la Grande Guerre et de son départ, la fleur au fusil.

 

Manuel Hirtz et Harry Morgan

 

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