LA UNE DE L'ADAMANTINE
L'ADAMANTINE STRIPOLOGIQUE
L'ADAMANTINE LITTÉRAIRE ET POPULAIRE
L'ADAMANTINE ARTISTIQUE ET MONDAIN
L'ADAMANTINE EN ESTAMPES
L'ADAMANTINE STIRPOLOGIQUE

CHRONIQUES DE MES COLLINES

2009-2011

par Henri Morgan

Nous avons pendant un peu plus de deux ans, entre 2009 et 2011, tenu une chronique dans une revue culturelle de l'Est de la France, sous le titre Chronique de mes collines. Nous nous étions vieilli un peu pour l'occasion, et avions francisé notre nom en Henri Morgan. Comme nous parlions des choses dont nous parlons habituellement, nous intégrons ici ces chroniques. Leur seul défaut est que, Henri Morgan étant beaucoup moins au fait des littératures dessinées que son quasi homonyme Harry Morgan, il devenait, lorsqu'il parlait de bandes dessinées (c'est-à-dire une fois sur trois à peu près), un peu plus gâteux qu'au naturel.

Harry Morgan


Manga Kamishibai

Henri Morgan vit retiré à la campagne, et se consacre à l’étude et à la méditation.

L’un des intérêts des médias populaires, c’est qu’ils sont soumis, sinon à une obsolescence rapide, du moins à une accélération de l’histoire. Le résultat, quand on est comme moi un vieux monsieur, c’est qu’on a connu des époques devenues quasiment légendaires, et qu’on peut facilement impressionner la jeunesse en lui parlant d’une époque où la télévision émettait en noir et blanc, et ne comportait qu’une chaîne seulement, qui cessait d’émettre vers onze heures du soir, ou bien encore d’une époque où la bande dessinée ne se lisait pas en albums (ils étaient rarissimes) mais dans de rutilants journaux pour la jeunesse (qui me rendra Le Journal de Nano et Nanette de mon enfance ?), et des dizaines de modestes mais épais « petits formats », pour lesquels des dessinateurs mal payés produisaient chaque mois des épisodes de 60, et parfois de 80 pages.
Au Japon, la généalogie de la bande dessinée est encore plus curieuse. L’un de ses ancêtres est le théâtre de papier, ou kamishibai, qui consiste en une succession de peintures qu’un montreur, le kamishibaiya, exhibe en plein air, sur un petit cadre, en racontant l’histoire avec force mimiques et ports de voix, pour un public enfantin. Les spectacles sont gratuits. Le kamishibaiya vend des bonbons à ses jeunes spectateurs et c’est de cela qu’il vit. Comme traditionnellement, il doit aussi fabriquer les sucreries qu’il vend (fabrication qui, pour des raisons évidentes, est réservée aux jours de pluie), et que le prix de vente des bonbons est modique, on peut conclure que le kamishibaiya exerce un beau métier, mais qui n’est guère lucratif. Le kamishibai connut son apogée après-guerre. Il sera détrôné par la télévision.
Beaucoup de dessinateurs de kamishibai opèreront ensuite dans les manga destinés aux bibliothèques de prêt, et finalement, dans les manga normaux. Des personnages feront la transition entre le kamishibai et le manga, tels Gekkô Kamen, le Chevalier de la lune, enturbané blanchâtre juché sur une moto.

Manga Kamishibai, du théâtre de papier à la BD japonaise, d’Eric P. Nash nous apprend tout ce qu’il faut savoir sur le kamishibai et présente des cycles de récits complets, commentés dans des légendes, ce qui permet de se faire une idée assez précise du genre.
Le gros point noir de l’édition française est la traduction. Le traducteur, dont je tairai le nom par charité chrétienne, ignore absolument tout de la culture populaire japonaise, ou du Japon en général, ce qui est source de contresens multiples, car le sujet est assez technique. Circonstance aggravante, il ignore également tout de la langue anglaise, de sorte qu’il écrit n’importe quoi. Cela commence dès l’introduction par Frédéric Schodt. Le kamishibai ne connaît pas une fin de carrière dans « les maisons de repos » (pour cadres surmenés ?), mais dans les maisons de retraite, ce qui est beaucoup plus logique. Le reste de la traduction est à l’avenant. C’est un défaut très fâcheux.

Eric P. Nash, Manga Kamishibai, du théâtre de papier à la BD japonaise, Éditions de la Martinière, 2009