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TINTIN, BIBLIOGRAPHIE D'UN MYTHE
Olivier Roche et Dominique Cerbelaud
Les Impressions nouvelles, 2014

Publier une bibliographie critique, quel que soit le sujet, peut être considéré comme un coup de folie de la part de n’importe quel éditeur, puisqu’on se place au troisième degré d’abstraction, celui de la littérature tertiaire, soit la littérature qui porte sur la littérature secondaire (qui porte elle-même sur le corpus). Qui va bien pouvoir lire cela, demandera-t-on.
Cependant le caractère exceptionnel de l’érudition hergéenne, au sein de la littérature bédéphilique, se décèle ici encore. Dans ce cas précis, une bibliographie critique se justifie en premier lieu parce que la littérature secondaire est proliférante, et en second lieu parce que la passion de l’érudit le conduira facilement à une méta-analyse de la littérature critique existante, donc à la littérature tertiaire — en attendant une littérature quaternaire dont la présente notule constitue déjà un échantillon, quoiqu’elle porte pour le moment sur un corpus réduit (Tintin, bibliographie d’un mythe plus un listing de littérature secondaire, mais non assorti de commentaires, publié naguère par les Amis de Hergé).
Il faut ajouter qu'une bibliographie critique est justifiée encore par les querelles incessantes tournant autour des droits de propriété de l’imagerie hergéenne, qui ont pour conséquence que la bibliographie hergéenne tend à être fantomatique, une partie des ouvrages se situant dans une zone grise entre littérature officielle et littérature clandestine. Nos bibliographes notent ainsi, le cas échéant, que tel ouvrage à été mis sous séquestre, saisi et pilonné, etc.
Tintin, bibliographie d’un mythe, bibliographie raisonnée et critique, recense la totalité de la littérature secondaire concernant Georges Remi dit Hergé, et sa création, Tintin. Le plan adopté par les auteurs est judicieux et donne une vue d’ensemble de la glose hergéenne, selon un distinction des sections par matière puis, à l’intérieur des sections, un ordonnancement chronologique, qui donne à chaque fois, en petit, un aperçu sur l’évolution du discours savant. On regrettera cependant l’absence des indispensables index (au moins celui des noms et celui des titres) dans l’ouvrage lui-même (il faut les consulter sur la Toile).
Le problème des limites entre corpus (les œuvres de Hergé) et littérature secondaire est posé, les auteurs recevant dans leur bibliographie les éditions commentées, mais aussi les éditions des œuvres complètes, assorties ou non d’un appareil critique, et les « éditions particulières » (grands formats, etc.). De même figurent les amplifications imaginaires (romans mettant en scène les personnages, monographies plaisantes sur la Castafiore ou l’expédition Sanders-Hardmuth).
Une autre limite qu’il fallait nécessairement tracer est celle qui sépare Hergé de la bande dessinée de son temps. L’ombre projetée par le personnage Hergé amène à ouvrir une section Amis et collaborateurs, les auteurs faisant preuve de discernement, et ne notulant que des ouvrages tels que les entretiens et biographies de Jacobs, ou encore l’ouvrage consacré à Jacques Van Melkebeke. De même une section est consacrée au journal Tintin.
L’ouvrage s’achève de façon intrigante sur une sélection des livres étrangers non traduits.
Tintin, bibliographie d’un mythe est exhaustif et fiable et constitue un outil irremplaçable. Les résumés des ouvrages sont exemplaires. Les pures entreprises commerciales (numéros spéciaux de la presse à grand tirage) sont décrites comme telles, et les quelques exceptions dûment signalées. Pour ce qui est de l’érudition pure, le lecteur devra tenir compte, chez nos auteurs, d’une bienveillance qui semble augmenter à proportion de la ferveur hergéenne qu’ils décèlent dans les ouvrages recensés.