Vieille bande dessinée - Section périodiques

E. Gire, La pension Radicelle

Par Manuel Hirtz

Les tribulations humoristiques de La Pension Radicelle d'Eugène Gire ont débuté le 26 juin 1947 dans le n.° 111 de la revue Vaillant, pour continuer sans interruption jusqu'au n.° 888. La série reprit au n.° 1052 pour s'arrêter en 1967, année où Gire prit sa retraite.

La série décrit la vie quotidienne d'une pension de famille tenue par Mlle Radicelle, maigre et longue vieille fille pleine de bon sens et de bienveillance. Ses habitants sont: Nestor, neveu de Mlle Radicelle, farceur incorrigible, Isidore, vieux broussard à la retraite, vantard, grognon et susceptible, Saturnin, inventeur entre autre de la machine à laver sans eau et sans savon et de la télévision en relief, Tante Bouille, la cuisinière. S'ajoute une ribambelle d'enfants, Armand, Amadou et sa petite soeur Anna, Goliath et Gastek.

Saturnin devient un peu la vedette de la série et ses querelles incessantes avec Isidore le thème le plus utilisé par l'auteur.

La pension Radicelle est une aimable imitation de Pim Pam Poum (The Katzenjammer Kids), une sorte de version prolétarienne de l'île Bongo.

Gire présente des gags certes moins drôles que son modèle, mais fonctionnant sur les mêmes principes: le plaisir de la variation sur une suite de thèmes limités et plus encore le désir du lecteur de vivre dans ce petit paradis de convivialité turbulente, où les jours seraient semblables aux jours sans être monotones, une sorte d'enfance éternelle occupée à jouer, à se raconter des histoires, et à chaparder des confitures.

Les gags de fin de planche sont souvent convenus, parfois franchement faibles, mais au fond, la chose nuit très peu au plaisir de la lecture. Il s'agit moins d'aboutir à un effet comique fort que d'une ambiance de bonne humeur générale.

Le lecteur des années 50/60 pouvait voir dans La Pension Radicelle la description idéalisée d'un certain milieu populaire, le sien. Ce monde ayant disparu, il s'est ajouté à la série un doux parfum mélancolique.

La Pension Radicelle n'a connu qu'un recueil en album, aux éditions Jacques Glénat, en 1977. La première chose qui saute aux yeux de qui le feuillette, c'est que le titre de série change de lettrage d'une planche sur l'autre. Variation dans la répétition, le principe même de la série, la fugue.

Outre ses séries pour Vaillant, Gire a beaucoup produit pour la Société d'éditions générales, Miss Adélie "une otarie pas comme les autres", paru dans Okay à partir du n.° 13, est une série charmante qui vaut d'être lue. Aux amateurs de science-fiction, nous conseillons Passager de soucoupe volante, dans A Travers Le Monde, n.° 96.

Pour le marché des récits complets et des petits formats, Gire avait mis au point un style curieux, à mi-chemin entre le dessin comique et le dessin réaliste, dans lequel il a animé les aventures de Jim Ouragan (1), dans le mensuel Ouragan, ainsi que plusieurs séries pour les éditions Mon Journal, notamment Messager du roi Henri (2).

 

O. B.

 

(1) Le plus décontracté des cow-boys de chez Artima.

(2) Un album chez Glénat, coll. BD poche, en 1977.

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