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MISCELLANÉES STRIPOLOGIQUES DE L'ANNÉE 2026

Mythopoeia - Æsthetica - Critica


OUVRAGES SUR LA BANDE DESSINÉE


BANANAS REVUE CRITIQUE DE BANDE DESSINÉE
N° 18, février 2026
22 Bd du Général Leclerd B5, 95100 ARGENTEUIL
12 euros
abonnement 20 euros pour deux numéros


Deux interviews qui font contraste. Un ancien, Hugot, est essentiellement un dessinateur de presse, ayant travaillé pour Le Square (Charlie Mensuel, Hara Kiki, BD l'hebdo de la BD) et pour Fluide Glacial. Hugot a toujours aisément retrouvé du travail quand le journal qui l'employait cessait son activité. Nathalie Ferlut, elle, est de la nouvelle génération (elle est née en 1968). Elle a commencé sa carrière de graphiste par des travaux alimentaires (le dessin animé dans son cas) avant de revenir à la bande dessinée. Tout en publiant régulièrement des albums, elle a connu des années de vaches maigres. Le Grand Œuvre, qui a nécessité trois années de labeur, a pu être réalisé grâce à une résidence d'artiste, donc grâce au mécénat public.
Jean-Jacques Lalanne analyse le dessinateur argentin de western Arturo del Castillo, absurdement méconnu parce que traduit essentiellement dans les « illustrés ».
Deux tables rondes du Salon des ouvrages sur la bande dessinée. L'une, appartenant à la série des continents mal explorés de la BD, porte sur la BD dans la presse féminine adulte (pas les publications pour fillettes ou adolescentes). Harry Morgan fait intervenir le critique Manuel Hirtz et la chercheuse Béatrice Guillier. Dans la seconde, Harry Morgan et Irène Leroy Ladurie font parler Erwin Dejasse de son parcours de théoricien et de ses idées-forces, notamment sur le réalisme et sur la notion d'art brut.
Deuxième partie de l'étude très fouillée de Pierre-Gilles Pélissier sur Jules Stromboni, avec comme fil conducteur le fait que l'autorialité se dégage paradoxalement de l'hétérogénéité des styles graphiques.
Critique par le rédacteur en chef Évariste Blanchet de trois ouvrages de littérature secondaire, Jean Solé, le dessin en obsession de Richar Comballot, Planète Arédit de Benoît Bonte, Histoire de la bande dessinée au Luxembourg de Lydia Alegria et Renaud Chavanne et, en lien avec ce dernier ouvrage, analyse de la bande dessinée Superjhemp, mettant en scène un Superdupont luxembourgeois.
Un numéro d'excellente tenue, et d'un remarquable éclectisme, dans un paysage de la bande dessinée où, pour reprendre les huit mots sur lesquels se clôt ce numéro, « chacun tend à se renfermer dans sa bulle ».

LES SECRETS DE LA COLLECTION DU LOMBARD
Olivier Biard, Jérôme Dupuis
PLG 2025


Histoire et spectrographie de la célèbre collection à dos toilé. La première partie de l'ouvrage constitue une monographie très complète. La deuxième partie est consacrée à l'expertise, et donne un procédé pour identifier, avec un degré de fiabilité raisonnable, édition et tirage, nos spécialistes acceptant donc de révéler leurs trucs d'experts et de les transmettre à la postérité.
Même si les chapitres historiques sont narrativisés, l'ouvrage est d'un sérieux académique, ce qui n'empêche pas que le fond du propos – et en dernière analyse la raison d'être de l'ouvrage – soit le rapport affectif qu'entretiennent les auteurs avec la collection du Lombard. Preuve qu'on peut éprouver pour la bande dessinée (ou pour certaines bandes dessinées) quelque chose qui ressemble à la passion amoureuse (fascination, désir de possession), sans rien céder sur le plan de la rigueur (alors qu'on a parfois tendance à reprocher les pièges de la nostalgie aux spécialistes, comme s'ils représentaient un cas d'arrêt de développement).
L'ouvrage est d'une belle exhaustivité, la littérature précédente étant systématiquement prise en compte. Mieux : chaque domaine est abordé à travers les meilleurs spécialistes, Florian Moine pour les archives Casterman, Bernard Joubert pour les questions de censure, etc.
Au-delà des fervents de la collection du Lombard (dont on supposera naturellement qu'ils constituent le cœur de cible de l'ouvrage), l'étude intéressera aussi les spécialistes de l'histoire du livre et de l'édition, et plus largement encore les spécialistes de l'histoire culturelle, car les auteurs éclairent très bien le curieux statut de l'album au début des Trente Glorieuses. Raymond Leblanc, homme de presse, ne croit pas à sa collection. Les normes de production sont, considérées du point de vue moderne, une complète aberration : direction de collection relevant du dilettantisme ; marketing, plannings de parution, plans de promotion inconnus ou fantaisistes. Les titres de la collection du Lombard sont parfois annoncés plusieurs années avant parution (et une génération d'enfants a donc rêvé de ces ouvrages fantômes). Inversement, la réalisation, elle, relève de l'artisanat, pour ne pas dire des métiers d'art (impression des couleurs, reliure). On ne jette rien. Des cahiers imprimés en surnombre seront transformés en exemplaires reliés des années après (ce qui rend délicate la tentative de datation des éditions et des tirages).
L'album de la collection du Lombard porte les signes de son caractère anomal. Le fameux dos toilé – devenu un fétiche de la bédéphilie – étant muet, cela signifie que l'album, chez le libraire, ne peut pas être rangé en rayon ; il doit figurer sur un présentoir. Les ventes sont saisonnières (fêtes de fin d'année ; Saint-Nicolas en Belgique). Cette saisonnalité est d'ailleurs restée jusqu'à nos jours, alors que l'album est depuis un demi-siècle la forme normale de publication d la bande dessinée franco-belge.