Vieille bande dessinée - Section petits formats

Dossier Bottaro

par Manuel Hirtz et Harry Morgan


Il fut l'inspiration d'une génération. Il suffit pour s'en convaincre de voir les hommages que lui rendent d'anciens lecteurs devenus, à leur tour, dessinateurs.

Nous avions, autrefois, visité le maître. Puis nous lui avons écrit. Puis récrit. Nous savons tout, tout, tout!

Voici donc un tour d'horizon de la ménagerie Bottaro. A commencer par ce bon vieux Pépito, mais sans oublier tous les autres, y compris ceux qu'on a peu vu en France, y compris les séries enfantines!

Luciano Bottaro est né le 16 novembre 1931 à Rapallo, petite ville de la côte ligure. Après des études de commerce, il se lance dans la bande dessinée humoristique et commence à dessiner une œuvre qui compte aujourd'hui plusieurs milliers de pages.

Son apprentissage, il le fait en 1949, avec Aroldo le boucanier, préfiguration de Pépito, pour l'éditeur génois G. De Leo. (repris chez Chott, chez nous).

Nouveau pirate en 51, pour les éditions Alpe : Tim e i pirati. Puis ce sera Pépito.

Mais pour les éditions Alpe, Bottaro crée aussi le chat Maramao. Baldo arrive en 1952, année où Bottaro devient aussi un Disney italien (il travaillera surtout sur Donald et Picsou, jusqu'en 83).

EN 1952, il crée pour les éditions Bianconi, Papy Papero, une sorte de Donald dont il dit n'être pas très fier. Pourtant, cette imitation encore maladroite de Carl Barks, est pleine de santé et ne manque pas de charme.

Papy Papero a été dessiné par Bottaro environ deux ans avant de passer par plusieurs mains.

La même année, toujours pour Bianconi, Bottaro crée les souris Pik et Pok, une série bien plus personnelle.

En France, nous connaissons ces deux séries par Bimbo.

A partir de 1954, la SAGE publie chez nous un Pépito qui doit concurrencer le Pipo des éditions Lug. Bottaro vit dès lors une double carrière, produisant une partie de son œuvre exclusivement pour l'Italie, une autre exclusivement pour la France, une dernière partie paraissant dans les deux pays.

Se succèdent ses créations, Pinko et Ponko, en 1957, Whisky et Gogo, en 1960, (qui auront leur journal). (Tout cela sera publié en français à la SAGE.)

Mais on trouvera aussi ses séries pour enfant dans les fascicules Artima (Oscar, Lolla et Otello, Piper Maiopi, créés en 1959) ou, pour son Roi de Pique (créé en 1968), chez Chapelle.

La place nous manque pour énumérer les gag strips et autres panels de Bottaro, paraissant dans divers quotidiens et revues.

En 1968, Bottaro fonde le studio Bierreci (B., R. & C.) avec ses amis Giorgio Rebuffi et Carlo Chendi. Depuis 85, le studio n'existe plus officiellement, la législation italienne étant peu favorable à ce genre d'institution, ce qui n'empêche que Bottaro se fut installé à partir de 90 dans des locaux neufs, sur les collines de Rapallo, avec Rebuffi, Enzo Marciante et le regretté Canale.

Aujourd'hui, Bottaro vit toujours à Rapallo. Il est marié et a deux deux filles, Graziella et Annabella. Ses loisirs sont la collection de planches originales de bande dessinée, et une passion pour l'archéologie et les autres cultures.

Depuis les années 80, Bottaro est moins présent dans l'édition française, même si 89 voit la réédition d'épisodes de Pépito dans Pif Parade (remontés par Bottaro lui-même).

En Italie, il se consacre principalement à Pon Pon (réapparu en 71, dans Il Giornalino). Son petit monde étant très au point, Pon Pon quitte de plus en plus le cadre du gag en une planche, pour les plaisirs de l'histoire longue et même parfois très longue.

 


L'illustre corsaire Pépito

 

Pendant plus de dix ans, Bottaro fera la fortune de la SAGE avec le journal Pépito petit format et les diverses incarnations de Pépito magazine. (voir notre "Petite histoire des publications pour rire à gogo").

Bottaro y animera cinq séries, à commencer évidemment par Pépito, le petit corsaire.

Un rythme de parution infernal imposera de confier la série titre à plusieurs dessinateurs.

Ce fut d'abord le très prolifique Carlo Cossio, ex dessinateur de Dick Fulmine et de Kansas Kid. Son style raide et maladroit passe mal dans un registre comique, ce qui donne un résultat assez curieux.

Le très talentueux Giorgio Rebuffi fit lui aussi du Pépito, ainsi que les dessinateurs Guido Scala, Lellbach, Capitanio, tous de bons disciples de Bottaro. Citons encore, pour finir, Ferdinando Fusco et Maric.

Les scénarios de cette énorme production sont de Bottaro et d'autres.

Les joyeuses aventures de Pépito et de l'équipage de la Cacahuète contre l'ignoble La Banane ne sont pas sans faire penser à la Commedia dell'arte, par l'affrontement de caractères types, le goût de la farce, des quiproquos et des déguisements.

Où donc Bottaro a-t-il trouvé l'idée de mettre La Banane dans un sac, et de le bastonner? D'où vient l'idée de déguiser Ventempoupe en femme et de le marier à un pirate japonais?

Il y a dans Pépito un mélange de fraîcheur et de savoir faire qui donne à la série sa vitalité comique.

La série peut se lire à plusieurs niveaux, les adultes appréciant l'ironie des situations et les références culturelles, les enfants l'action et le slapstick. En ce sens, Pépito inaugure en BD un genre dont l'exemple le plus illustre deviendra Astérix le gaulois.

Ainsi, Pépito abonde en clins d'œil au lecteur cultivé, longtemps avant qu'on ne parle de la BD "intellectuelle". Côté "classiques", par exemple. Ventempoupe, enfermé dans les "plombs" à Venise, entreprend, quand même il ne connaît que quinze lettres de l'alphabet, d'écrire ses mémoires, comme Casanova.

Côté littérature populaire, les pirates "à couleur" (pirate noir, pirate jaune, etc.) qui abondent dans les parages de Las Ananas, sont une aimable moquerie des célèbres pirates de Salgari.

Référence plus régionale et plus personnelle, dans Carnaval à Venise, le sorcier ö Megö di Diai (le médecin des diables) qui exorcise Ventempoupe, est un représentant du folklore ligure. Bottaro a d'ailleurs dans ses cartons une autre histoire mettant en scène ce personnage, histoire qu'il n'a jamais trouvé le temps de dessiner.

 

Baldo

 

Créée en 1952, la tunique rouge Baldo fut aussi dessinée par les talentueux G. Scala et G. Rebuffi. Baldo est sergent de la police montée dans un grand nord canadien déjà très pacifié. Il est accompagné par son fidèle guide indien Œil-de-perdrix, un grand adepte de la méditation (ce qui l'empêche, par exemple, de pagayer, et en particulier de pagayer contre le courant).

Hormis l'ignoble Cassetou, les adversaires de Baldo sont plutôt sympathiques, que ce soit le rusé Sam Beaujolais ou les tribus indiennes locales, qui ne se révoltent après tout qu'en cas d'absolue nécessité, abandonnant à contrecœur leurs fauteuils et leurs téléviseurs.

Baldo est un western d'après l'arrivée de la cavalerie, un western d'après le mot fin, où, excepté notre héros, tout le monde s'est assoupi dans son petit confort.

 

Pinko et Ponko

 

En 1957, Bottaro crée Pinko et Ponko. La série débute en France dans le Pépito Magazine n. 2, avec l'épisode Et tout ça pour une mouche.

Pinko et Ponko y découvrent que leur copain, le génial Pythagore a réussi à dresser un aérosaure, et donc à voler. Le généreux savant leur prête la bête qui les entraînera dans la vallée des Kolosanthropes, par la faute, il est vrai, de Scolastique, la mouche à réaction. Bien des aventures les y attendent...

Dans quel monde sommes-nous? L'auteur ne nous le dit pas, mais nous le devinons. Nous sommes dans un futur lointain où, après une catastrophe probablement atomique, la nature a subi d'incroyables mutations et où les hommes sont retombés à l'âge de pierre. Pythagore, savant génial, y réinvente la civilisation par bribes et par petits bouts.

Pinko et Ponko est donc (sans le dire) une des premières, et des plus excentriques, bandes dessinées post-atomiques

En 1970, la revue Whisky et Gogo (voir ci-dessous) publie également Pinko et Ponko, (que Bottaro réalise seul, cette fois), rebaptisé les Post-historiques, car le côté post-atomique est devenu explicite.

Dans cette nouvelle version, contrairement à celle de 1957, la vraie vedette, c'est Pythagore. Toujours savant de génie, il essaie de convaincre l'académie des sciences, une collection de vieux barbons obtus, qu'il y a eu dans le passé une civilisation plus évoluée que la leur.

Le ton se fait plus caustique. Les membres de cette (future) académie des sciences ne craignant pas de tenir des propos du genre : "Faites du sport.... Le sport est la sauvegarde de l'âme, car le sport empêche de penser."

 

Whisky et gogo

 

Créé en 1960, par Bottaro, avec son complice Carlo Chendi.

Gogo est un petit trappeur qui vit dans la religion du travail. Son compagnon Whisky est un ours hédoniste et terriblement alcoolique. La devise de Whisky est : le besoin (de boire) engendre le génie." L'ours passe donc son temps à essayer d'échapper à la surveillance de Gogo, à se procurer de l'alcool par tous les moyens et à le boire avec son copain indien ?il de B?uf quand celui-ci réussit à échapper à la vigilance de sa squaw Mimi.

Whisky et Œil de bœuf font beaucoup penser à W.C. Fields. Alcooliques pacifiques, ils ne demandent rien à personne, mais sont sans cesse persécutés par un monde décidé à ne pas tolérer ces marginaux.

Nos deux amateurs de jeux de carte et de cruchon se heurtent sans cesse à une société bien pensante, principalement représentée par Crokmor "le pistolero antialcoolique". Une situation qui génère des effets comiques irrésistibles.

Whisky et Gogo, familiers de la revue Pépito, reviendront en 1970 dans leur propre titre, toujours à la SAGE. La revue visait un public plus "adulte" que les autres productions de la SAGE.

Bottaro, avec son collègue Chendi, reprend les mésaventures de son ours, sur un mode plus drôle et plus caustique encore. On verra, entre autres, le pauvre nounours, dans une suite d'épisodes hilarants, forcé de faire son service militaire, suite à une erreur de l'administration, ou diriger une guerre indienne, en tant que frère de lait d'Œil de bœuf.

Whisky et Gogo (la revue) proposait aussi à ses lecteurs les Post-historiques de Bottaro (voir ci-dessus), l'excellente série de Rebuffi Son chat chez soi et des westerns d'Arturo del Castillo.

Cette louable publication n'eut, hélas!, que cinq numéros car à l'époque, en France du moins, le public pour une telle revue n'existait pas.

Une mention encore, puisque nous sommes dans l'ouest, pour Pop et Pap, (Pop e Fuzzy) deux malchanceux dans l'ouest. C'est une série mineure de Bottaro.

 

M. H.


Bottaro et les tout-petits

 

Bottaro a beaucoup oeuvré pour les jeunes enfants. Il l'a fait en usant d'un graphisme simplifié, à la fois plus décoratif et plus immédiatement lisible que celui dont il se sert d'ordinaire.

 

Oscar

 

Les charmantes aventures d'Oscar l'éléphant et de ses amis, Pierre l'hippopotame, Julien le python, Frédéric Lombric, parurent dans les petits formats de chez Artima, Cabriole, Bravo, Coin Coin, Zéphyr, au début des années 60.

Oscar l'éléphant, gardien de la paix de son état, maintient l'harmonie grâce à son courage et son gros bon sens dans une petite mais parfois turbulente communauté d'animaux, gouvernée par le débonnaire roi Magnanime 1er (un lion).

Quand nulle menace ne se profile à l'horizon, Oscar et ses amis, comme tous les personnages de Bottaro, ne font rien, c'est à dire qu'ils jouent aux cartes ou qu'ils font la sieste.

 

Roi de pique

 

Ce personnage eut son journal en 1969 chez chapelle.

Le Roi de pique (la revue) publiait outre Roi de pique, Pon Pon et Big Tom (voir ci-dessous). En dépit de son succès, la revue n'eut que cinq numéros, pour cause de sombres problèmes d'imprimeur.

La série le Roi de Pique met en œuvre, bien sûr des cartes à jouer. Le "traître" Roi de Pique est un méchant pour rire qui sans cesse échoue dans ses criminelles entreprises contre le bon Roi de Cœur.

Il existe un dessin animé test de Roi de Pic, fait en 1986.

 

Big Tom

 

C'est un cow boy. Il sera aussi dessiné par Tiberio Colantuoni et M. Luisa Uggetti.

Lui aussi fut publié dans la revue française Le Roi de Pique.

 

Pon Pon

 

Série présentant des champignons anthropomorphes.

Pon Pon est né à Orvieto, en février 1954 (Bottaro y faisait son service militaire). La série paraît la première fois dans l'hebdomadaire Il Scolaro, n. 1 de janvier 1955. Il s'agit à l'origine d'une histoire en image avec des vers de mirlitons en dessous. Pon Pon s'appelle encore Sor Funghetto.

Puis Pon Pon devient un comic strip et connaît des aventures en strips (dans la revue Redipicche; on la trouva en France dans la revue le Roi de Pique) et en planches dominicales (syndicated par Epipress).

En 1971, Pon Pon passe dans Il Giornalino. Carlo Chendi, qui n'a pas participé à la naissance du personnage, vient donner un coup de main pour les scénarios.

Bottaro dessine toujours Pon Pon, avec un très grand succès auprès des jeunes lecteurs.

 

Lola et Otello

 

Série onirique, créée en 59 pour l'éditeur Fasani (dans le journal Oscar), où une petite fille Lola, accompagnée de son chat (noir) Otello, se promène au pays des rêves comme l'avait fait, avant elle, le petit Nemo.

Avec Lola et Otello, Bottaro s'autorise des fantaisies décoratives inusitées que, il est vrai, le sujet permet.

On trouve en France quelques planches de Lola dans les fascicules Artima cités plus haut et dans ceux de la SEP.

Lola et Otello existent en dessin animé. En 1961-62 fut réalisé un Lola et Otello au Pays des couleurs.

 

Bottaro et Donald

 

Bottaro fait partie de ces italiens qui ont prolongé pour le public européen les aventures de Donald, dans le célèbre Topolino, publié par Mondadori.

Depuis 1952, il a dessiné environ 4000 planches de Donald et de ses neveux, et réalisé quelques épisodes de Mickey et Dingo. Nous ne nous attarderons pas sur cette partie importante de l'œuvre de Bottaro car nous comptons bien lui consacrer un jour l'étude qu'elle mérite.

En France, on trouvera les "petits Mickeys" de Bottaro dans les "Mickey Parade", et dans les premiers "Picsou Magazine".

 

M. H. et H. M.

 


PETIT DICTIONNAIRE DES PERSONNAGES DE PEPITO

 

ALONZO XXXIV : Roi d'Espagne par la grâce de Dieu.

 

BAPTISTIN : Grand père de Ventempoupe. Vit à Venise. Fut un moment fiancé à madame Vercingétorix, la grand mère du corsaire noir.

 

BEC DE FER : Perroquet de sa nature, pirate de son état. Se déguise en dindon des mers pour espionner l'ignoble La Banane.

 

BRISEFER : Pirate sanguinaire et borné. Vit avec son équipage de flibustiers sanguinaires et bornés sur l'île du crâne.

 

CAMOMILLE : Sorcière, spécialisée en filtres magiques.

 

CARNABY (MATHIOU-SALEM) : Agent secret britannique très "classe" et très "faux-cul".

 

CROCHETTE : Second de Pépito. Tente de maintenir un semblant de discipline dans l'équipage de la Cacahuète, non sans mal, il faut le dire.

CROQUEMITAINE : Vieux pirate qui s'est fait ermite pour expier ses fautes. Il écrit ses mémoires pour l'édification des générations futures et pense que "l'enfer est peuplé d'ex-buveurs de tafia."

Président des "non-violents de la flibuste", il n'hésite jamais à infliger une "sévère dérouillée" à ceux qui ne partagent pas ses points de vue.

 

GILDA : fiancée de Ventempoupe, mais son père, qui possède une des tavernes les mieux achalandées des Antilles, s'oppose au mariage.

 

GNAC GNAC : Etranges créatures vivant sous l'île des surprises. Se nourrissent de girolles. Pratiquent le sacrifice humain et immolent leurs victimes au dieu Girollos, quand girollaire commence (période de la pousse des girolles).

 

HORACE : Pieuvre apprivoisée du capitaine Croquemitaine.

 

LA BANANE (ALONZO) : Gouverneur ventripotent de Las Ananas, ses soucis principaux sont de pressurer la population locale ("impôt sur les moustaches, impôt sur les visages glabres, impôt sur les cheveux, impôt sur les crânes sans plumes... Allez, et faites casquer."), de se servir dans le Trésor, puis de dissimuler ces larcins de quelques millions de doublons au très tatillon ministre des colonies.

Il tente régulièrement de rayer Pépito du nombre des vivants et de s'emparer du trésor du capitaine de la Cacahuète.

La Banane est un monstre d'égoïsme, toujours méprisant envers les petits et servile devant les puissants.

 

LA MERLUCHE : Corsaire de première classe à bord de la Cacahuète.

 

LAVUBASSE (JOSEPHIN) : Agent secret.

 

LOLITA : Fille du corsaire bleu, jeune fille enjouée et intrépide.

 

LOUFOCSTEIN : Docteur de l'université de Sporlingspopff, inventeur de la "massacreuse universelle électronique", prix Bonel de la Paix. Il fut un moment le remplaçant de Scartoff.

 

MATHUSALEM : Perroquet apprivoisé du capitaine Croquemitaine.

 

MILPETAR : Adjudant. A fomenté une révolte de l'armée et s'est emparé du pouvoir à Las Ananas. A interdit le pas de promenade pour forcer la population à marcher au pas de l'oie; a rendu le service militaire obligatoire pour tous sans distinction (les réformés sont envoyés en camp de rééducation); a rendu obligatoire le réveil à six heures du matin (les adeptes de la grasse matinée sont envoyés en camp de rééducation).

De plus, quand un citoyen en croise un autre, ils sont légalement tenus de brailler : Ouaoh Milpétar! (sinon, c'est le camp de rééducation).

Pépito parviendra à renverser Milpétar avec l'aide de la Grand mère du Corsaire Noir.

 

MORGAN (WINSTON) : Pirate anglais.

 

O LAVOIR (DEBATH) : Amiral de la flotte de Las Ananas. Déteste la mer et passe sa vie dans sa bagnoire, bicorne sur la tête et savonnette au patchouli à la main.

 

PEPITO : Capitaine de la Cacahuète. A la question de Ventempoupe, "les habitants de l'île Vali n'ont jamais été nos amis. Pourquoi empêcher La Banane de les détrousser?", il répond : "Par amour de la justice, mon cher."

 

PROUK (BARON VON) : Vend des canons à qui peut payer.

 

SCARTOFF : Savant aux ordres de La Banane. A inventé, entre autres, la dynamite, le tonoscaphe, le pistolet à rayons enivrants, et, à plusieurs reprises, la pilule d'invisibilité, (mais il a à chaque fois oublié la formule).

 

STOCKFISH : Costaud débonnaire, marin à bord de la Cacahuète.

 

TAPP (FELDMARSCHALL VON) : Spécialiste en balistique, au service de Von Prouk.

VENTEMPOUPE : Bosco à bord de la cacahuète. Pour une dame-jeanne de vieux tafia cet illettré est capable de prodiges d'intelligence.

Egoïste, alcoolique, paresseux et goinfre, Ventempoupe est, par ailleurs, plein de qualités.

A un moment, il a lutté contre l'inique La Banane, sous l'identité de Moro-Zimpo.

 

VENTEMPOUPE (ALOYSIUS) : Le docteur Aloysius Ventempoupe est l'oncle de Ventempoupe. Il est l'auteur de : "Les théories cosmogoniques des cannibales végétariens du pôle sud."

 

VERCINGETORIX (MADAME) : Alias la grand mère du corsaire noir. Elle possède une force herculéenne et raffole des beaux garçons, notamment de Ventempoupe. Elle a été nommée dame de compagnie de sa majesté la Reine de Menilmuche "pour sa grande courtoisie, et pour le charme tout féminin de son caractère."

 


 Croyez-le ou pas bottaresque

 

Dans les années 60, les "numéros géants" des illustrés de la SAGE, Yogi, Piko magazine, Bugs Bunny, Tom et Jerry, Les Pierrafeu, reprenaient le plus souvent les couvertures originales, parfois superbes, des Dell comics.

La présentation très caractéristique des Dell Giant Comics (le nom de l'éditeur dans un carré en haut à gauche, que prolonge sur tout le côté gauche de la couverture une bande noire où s'inscrit, en fortes capitales, A Giant Comic), a été adoptée pour plusieurs numéros de Pépito Magazine.

Pour quelques unes de ces couvertures, comme chez Dell, Bottaro s'est amusé à mélanger les personnages de ses différentes séries dans de savoureux portraits de famille. On assiste ainsi à la rencontre de Pépito et de Whisky et Gogo, rencontre par définition impossible dans leurs aventures respectives.

Certaines de ces "vraies fausses" couvertures de Dell feraient, j'en suis sûr, rêver bien des fans américains s'ils en connaissaient l'existence.

 

Nous avons demandé au maître ses lectures d'enfant.

Le jeune Bottaro se délecte, comme tous les petits italiens, de Emilio Salgari, Fenimore Cooper, Jules Verne (l'île mystérieuse), Karl May, Jean de la Hire (les fascicules des "trois boy scouts") et de maints et maints récits de chevalerie et de flibuste.

Du côté de la BD, il se régale de Mickey Mouse (celui de Gottfredson, à qui il voue un un culte justifié et avec qui, plus tard, il correspondra), Mandrake, Dick Fulmine, the Katzenjammer Kids (la version de Dirks et de Knerr), Amok, Happy Hooligan, Bringing up father, et des séries de Rino Albertarelli.

Certaines de ces œuvres ont laissé des traces évidentes dans son œuvre, d'autres non. Nous laissons à nos lecteurs le soin faire le tri.

 

Dans le trésor des biftèques (Pépito magazine n. 2, 1957) Scartoff déclare : "Par les savates du docteur Faustroll, mon illustre maître!"

Le professeur Scartoff pataphysicien. Se peut-il que le Collège de pataphysique ignore encore cet illustre disciple du docteur Faustroll?

 

Le modèle de l'amiral Debath O Lavoir dans Pépito est peut-être le célèbre lord Rokeby, excentrique anglais du dix-huitième qui vivait au bain et qu'on surnommait le gentleman amphibie.

 

On retrouve les séries créées par Bottaro dans à peu près toutes les revues de la SAGE. Par exemple L'Enlèvement du gouverneur dans Rin tin tin n. 16 (reprise de Pépito n. 71 et 72), Les Illustres aïeux du bosco dans Rin tin tin n. 112 (reprise de Pépito magazine (2ème série) n. 10), Baldo à Londres (par Scala) dans le cavalier inconnu n. 16, Le Dragon-taupe (par Cossio) dans Bugs Bunny n. 143-144 (reprise de Pépito n. 87-88), etc...

La SAGE a toujours pratiqué cette méthode publicitaire qui consiste à publier un épisode d'une série X dans un numéro de la revue Y, (et à insérer une réclame tapageuse précisant qu'on trouve tous les mois "en exclusivité" les aventures de X dans sa propre revue).

 

La couverture du n. 94 de Pépito illustre l'épisode "les chasseurs de tête", paru dans le n. 93. La SAGE était coutumière de la facétie consistant à battre les couvertures comme un jeu de cartes en laissant au lecteur le soin d'attribuer à chaque illustré sa couverture. La série Superman & Batman & Robin en est un bon exemple.

 

Une insecte à gros pif qui commente en pantomime ce qui se passe dans le reste de la case. "Ah oui, la coccinelle de Gotlib!" s'écrient nos lecteurs. Eh non! Il fallait répondre : "La bestiole de Bottaro". Elle est de toutes les couvertures, de tous les bandeaux-titre (où elle dort dans l'?il du O).

Autre faune spécifique des planches de Bott : les habitants du trou (ou de l'espace inter-iconique). Généralement insectoïdes ou alors du genre reptile saurien (lézards, et autres serpents à patte), ils nichent dans des diverticules du plancher ou des murs des case, ce qui les fait échapper à la succession des vignettes et donc au temps de l'action. Pour les personnages du type placide (Ventempoupe, Pinko et Ponko, Whisky, etc.), les habitants de l'espace inter-iconique sont, à leur manière, des modèles. Nos héros ont d'ailleurs l'occasion de leur serrer la louche quand ils viennent se planquer dans leur trou pour échapper au pistolero antialcoolique, au bourreau des cors ou au quartier-maître.

 

On s'en serait douté à la lecture de son impressionnant palmarès, Bottaro ne "s'est jamais vu faire la même chose toutes sa vie" comme par exemple (ne citons pas de nom) "les gens de Tex Willer". Il avoue modestement préférer inventer les séries à les dessiner, et ne voit pas d'inconvénient à faire continuer une série par ses collègues.

 

Sa méthode de travail est la suivante : il commence par écrire un synopsis de 3 ou 4 pages, qu'il met en scène, vignette par vignette, avant de s'attaquer au dessin et aux dialogues

Il ne dédaigne pas, car "la méthode est amusante", taper à la machine le dialogue, comme une comédie, et le répartir ensuite sur le brouillon de la planche, pendant qu'il dessine. Méthode excellente quand on travaille pour les adultes, mais qui ne fonctionne pas dans une série pour enfants.

Enfin, pour les grandes scènes d'ouverture, Bottaro improvise, afin de leur conserver une certaine spontanéité et donc une certaine fraîcheur.

 

M. H. et H. M.

 


Petite histoire des publications "pour rire à gogo"

 

Créé en juin 1954 par la SAGE, le "petit format" Pépito a dominé pendant plus de dix ans, et 249 numéros, le marché des illustrés comiques.

On y trouvait, deux fois par mois, 68, puis 72 pages d'humour bon enfant, avec, en prime, deux séries d'aventure.

La fin des années 60 vit l'apparition, - dans le but de relancer un succès déclinant, - d'une nouvelle formule, plus "luxueuse" (100 pages, dos carré) qui ne dépassa pas le numéro 28.

Mais Pépito existe aussi, pratiquement dès l'origine, en grand format.

A partir de 1955, paraît un Pépito "hors-série" (format 18 x 27) qui eut 6 numéros.

En 1957, c'est un Pépito "magazine", trimestriel, qui eut 17 numéros.

Il est suivi en 1961 par un Pépito "magazine" puis "magazine géant" à partir du numéro 17, qui fut mensuel, puis trimestriel, et s'achève en 1966, au numéro 28.

Enfin, à partir de 1966, débute une troisième et dernière série qui elle aussi fut mensuelle puis trimestrielle et s'acheva en 1972, avec le numéro 43.

Le sommaire des "Pépito magazine" (grand format) est pour l'essentiel identique à celui du "petit format". Bottaro a réalisé près de 2000 planches de Pépito en grand format, plus de 3000 au format de poche.

Les histoires en 24 planches grand format des Pépito "magazine" et "géant", sont, de l'avis général, le meilleur de l'oeuvre de Bottaro.

 

Outre les histoires du petit corsaire et les différentes productions de Bottaro et de son studio, voici les principales séries comiques de Pépito (toutes séries confondues).

 

Bingo Bongo

 

Né du crayon de Sergio Asteriti (qui est aussi l'un des "bons dessinateurs" parmi les Disneys italiens. Son Mickey est reconnaissable au premier coup d'œil).

Bingo Bongo est le roi d'une petit tribu africaine. Il rêve de faire de son peuple une nation moderne. Ses sujets ne partagent pas ces aspirations et préfèrent les plaisirs de la vie sauvage.

Lippo Lappo, fil de Bingo Bongo, joue le rôle de modérateur.

 

 

 

Poldinet, Teddy Gnon, Caribou et Davy Crockett junior

 

Ce sont toutes des séries du prolifique et bizarre Antonio Terenghi, auteur de Pedrito el drito et de Tarzanetto (Tarzazan, dans Roico et Bambou).

En France, on connaît aussi, de lui, Jean et Jeannette, Mac Karon et Caribou, (parus dans Pipo).

Poldinet (Poldino) décrit la vendetta inepte de deux pères de famille qui s'affrontent à coup de paris stupides et d'inventions bricolées devant les yeux ébahis de leurs enfants, - car Poldinet, fils de Poldo, et Mariette, fille de Dubidon, sont, eux, les meilleurs amis du monde.

Teddy Gnon, (Teddy Sberba) est la geste d'un courageux reporter du "Hoquet du soir", toujours devancé par l'infect et pommadé Géo Graphy, petit crevé qui collabore au "Canard du matin" (un torchon).

Caribou (Caribu) est un petit indien, champion du bon droit.

Davy Crockett junior est un petit trappeur épris de justice et de concorde entre indiens et hommes blancs.

 

 

Fox le shériff

 

Création, en 1950, de Giorgio Rebuffi. Fut racheté par la SAGE à la disparition de Pipo (éditions Lug).

Le shériff Fox est un corbeau pacifiant un ouest peuplé de chiens.

Rebuffi forme avec Bottaro et Carlo Chendi le triumvirat du strudio Bierreci. Il est l'auteur de Pipo et Concombre (Beppe et Cucciolo), série pour laquelle il créa le célébrissime Pougatchof (Pugachioff), loup des steppes de son état, baptisé d'après les poèmes épiques de Pouchkine.

A Rebuffi, on doit aussi Romeo Lancia, un amateur d'automobiles, Esope Minore (des escargots philosophes), Vie d'un commis voyageur (une série de Science-fiction; en gros, Tore Scoccia est le plus mauvais commis voyageur de la galaxie).

Son chat chez soi parut dans Whisky et Gogo (Vita con il gatto; le chat en question n'est pas vraiment un chat mais un tahc, - en v. o. un Ottag, - venu d'une dimension parallèle; son maître est un dessinateur de fumetti surmené, affublé d'une épouse acariâtre et d'une fille qui a depuis longtemps passé l'âge des illustrés).

De Rebuffi, citons encore : le chat Giacinto et l'automobile Caterina, l'ardimentoso Fungolino (encore un champignon anthropomorphe), Cane et padrone, Pitagoro (plante carnivore), Grifagno Sparagno (un avare), le renard Dulcamara, Argante le lucane cerf (vulgairement : cerf-volant), etc...

 

 

Séraphin (Serafino)

 

Autre série rachetée par la SAGE à la disparition du Pipo des éditions Lug. C'est une oeuvre du vétéran Egidio Gherlizza, père fondateur du récit comique italien. On connaît aussi de lui Il signor Giulivo, et Marcello et Gianni (Martin et Marcellin, dans Pipo).

Seraphin est un clochard naïf et généreux, en bute à l'hostilité d'un monde avare de tolérance. Il deviendra milliardaire à la suite d'un héritage, sans changer d'attitude. Sa fortune lui servira surtout à régaler ses anciens compagnons d'infortune (sans chichis, veuillez le croire; ils font rôtir des poulets sur un feu de camp, dans le parc de la belle villa de Séraphin).

Avec Séraphin, nous sommes à la limite du "funny animal". Séraphin est un animal humanoïde, d'espèce incertaine (probablement canine), qui vit au milieu d'humains et d'autres animaux humanoïdes. A la fin de la série, Séraphin est le seul personnage qui ait encore des traits animaux. D'ailleurs, aucun des protagonistes de la série ne semble s'en soucier.

Les intrigues de Séraphin sont des mécaniques simples et efficaces, qui ne déclenchent pas un éclat de rire, mais un sourire complice. La série possède une grâce fragile qu'on garde longtemps en mémoire.

 

Autres talents

 

Franco Aloisi

C'est, avec Bottaro et Carlo Chendi, un "milanais" de la première heure. On lui doit Pietro et Genio (pour Fasani), les singes Trik et Trak. En France, c'est un habitué de Roico. Dans le petit format Pépito, il donne l'excellent Roi Pistache.

 

 

 

 

Giusepe Perego

Lui aussi vétéran des fumetti, Giuseppe Perego, né en 1915, a publié dans Pépito d'innombrables épisodes de Buffalo Boule, version enfantine et souriante de Pecos Bill.

 

 

 

 

 

 

 

Guido Scala

On lui doit les aventures de James Bomb. Où l'inspecteur Bomb, de Scotland Yard, poursuit le cambrioleur Arsène Lapin avec, il faut le dire, des résultats très médiocres.

 

 

 

 

 

Benito Jacovitti

Le délirant Benito Jacovitti (qui s'est vengé de porter le même prénom qu'un dictateur célèbre dans son méconnu "Baptista l'ingenuo fascista", et dont on connaît, par ailleurs, la signature hiéroglyphique en arête de poisson) fut un hôte intermittent de Pépito, par l'entremise de sa série la plus populaire, Pippo, qui parut originellement dans Il Vittorioso, de 1940 à 1967.

Les trois "P", Pippo, Pertica et Palla, (n'oublions pas le chien Tom) sont des titis romains qui ont commencé leur carrière en combattant les anglais. Leur histoire éditoriale en France est passablement compliquée.

Leurs exploits ont d'abord été publiés chez Impéria, dans Super boy, où les trois "P" se nomment Pipo, Perche et Potiron.

Voici la liste (complète) de leurs aventures dans cet ancêtre du petit format.

Le tour du rire (une course en vespa, à laquelle participent tous les personnages de Jacovitti : à commencer par les trois "P" (n'oublions pas leur chien, Tom), mais aussi Zagar, Raimondo le vagabond, Mandrago le magicien, Cip détective, etc.) in Super Boy n. 9 à 16.

Pippo et la bombe comique, in Super Boy n. 24.

Pippo et Zagar, in Super Boy n. 34 à 37.

Pippo vole, in Super Boy n. 36 hors-série

Pippo cow boy, in Super Boy n. 46 et 47.

Pippo chasseur, in Super Boy n. 50.

Pippo Ugh!, in Super Boy n. 66 à 71.

Pippo et Pomme d'or, in Super Boy n. 72.

Pippo multimillionnaire, in Super Boy n. 73 à 76.

Pippo aux antipodes, in Super Boy n. 93 et 94.

Venons-en à Pépito. Dans Pépito, Pippo devient Titi et les trois "P" sont devenus les trois "T" : Titi, Toto et Tatave. Ils sont toujours flanqués de leur chien Tom.

Nous connaissons six épisodes de Titi, publiés généralement en quatre parties (mais notre liste est non limitative!) :

Titi en Afrique,

Titi dans la préhistoire,

Titi ough!

L'an 2000,

Titi mousquetaire,

Titi et le Jiu-Jitsu.

Par ailleurs, Pippo fut publié aussi par Mon Journal, dans Ooooh!, n. 1 à 4. Pippo y devient Tico et les trois "P" sont une fois encore les trois "T".

Disons-le tout net : Pippo, Perticca et Palla (n'oublions pas le chien Tom) font partie du meilleur de Jacovitti.

Notre auteur est, avec Giovanni Guareschi (l'auteur de Don Camillo) un digne représentant de l'idéologie "quelconquiste" (qualunquista).

Mais l'apologie du "bon sens" et de la "bonne volonté" est sans cesse en passe d'être dynamitée par la folie des personnages, qu'ils soient "types" des fumetti comiques italiens, (comme les trois "P" (avec leur chien, Tom), ou bien la grand-mère à poigne Signora Carlomagno, ou encore le professeur stupide Leopardo da Cinci); ou des parodies lamentables de strips célèbres, comme Tarzan, Tex Revolver (Tex Willer), Mandrago (Mandrake), Zagar (qui ressemble à The Phanton Blot, dans le Mickey de Gottfredson), ou le détective Cip, (plagiat éhonté du détective Castor Oyl, frère d'Olive Oyl, dans le strip américain Thimble Theatre d'Elzie Crisler Segar, plus connu chez nous sous le nom de son personnage de marin  : Popeye.)

Chez Jacovitti, la fiction semble sans cesse menacée de sombrer dans le délire. Son Don Quichotte, par exemple, (collection 30 x 40, chez Futuropolis) fait penser à une version du "Kid" de Chaplin récrite par les Marx Brothers.

Que les bons pères (Il Vittorioso est un illustré catholique!) aient toléré aussi longtemps un tel dessinateur est tout simplement ahurissant.

Il est vrai, que le détective Cip réussisse presque toujours à découvrir son coupable, peut être considéré comme une preuve de l'existence de la providence! car le personnage (un des meilleurs de Jacovitti) est à la fois bête, mégalomane, paranoïaque et cupide.

Mais au fond, les aimables niaiseries des bons pères, des mouleurs de patenôtres rédacteurs du Vittorioso, des Natale Bertocco, des Ugo Sciascia, des Piero Salvatico, des Domenico Volpi, des Vittorio de Angelis, sont dans un rapport dialectique avec les inventions du bon Jacovitti. De sorte qu'on peut lire, au choix, les dessins signés de la célèbre arête de poisson comme une bénévolente et courageuse propagande en faveur des petits sermons de la partie éditoriale, ou - au contraire - considérer les articles signés du "papa Noël" (Natale Bertocco) comme un avant goût des inventions - génialement - vulgaires et dérisoires de l'illustrateur.

Soit dit en passant, les bons curés furent, vis à vis de leur singulier dessinateur, "l'as de la rigolade", "le roi de l'humour", "le champion du paradoxe", tout à fait recta - puisqu'ils publièrent ses albums et ses séries de vignettes sportives, et en firent la publicité, chose qu'on attendit en vain chez leurs équivalents français de la "bonne presse", en général pas fichus de sortir la moitié d'un album.

Au-delà de toutes les interprétations et jugée sur ses mérites propres, la période "Vittorioso" de Jacovitti demeure un sommet de la bande dessinée italienne.

L'oeuvre de Jacovitti, ne serait-ce que par son goût pour la saine vulgarité, est, d'une certaine façon, l'anti-thèse de celle de Bottaro. Nous avouons que nous aimons également les deux.


Les séries réalistes de Pépito

 

 

Le cavalier inconnu

 

De Raphael Marcello, sur scénarios de L. Grecchi. Le cavalier inconnu saute en selle au numéro onze de Pépito et sa carrière ne s'achève qu'avec la revue elle-même.

Toute nostalgie mise à part, les histoires de ce sosie d'Errol Flynn, de son fidèle Bindra et de sa fiancée, la belle Nadyna, dans une Inde de fantaisie, ne manquent pas de charme. Tyrans cruels, sectes fanatisées, cités oubliées, thugs et autres éléphants blancs se succèdent.

Ajouter là dessus que le cavalier inconnu et Nadyna sont liés par une androgynie onirique. Chose merveilleuse et rarissime, chacun d'eux est l'autre dans ses songes. Quand le bel Inconnu rêve, il est Nadyna. Quand Nadyna rêve, elle est le Cavalier. Bien entendu, chacun d'eux rêve souvent que l'autre est menacé par quelque danger.

Pour le reste, nous nous permettons de renvoyer nos lecteurs à notre article  : le cavalier inconnu ou l'Inde de nos rêves, dans le Gentleman n. 1.

 

Aigle Noir, Flash Rider et les autres

 

Aigle Noir et Flash Rider sont des westerns de F. Fusco, qui est aussi l'auteur de la série comique Tim et Tom.

 

Ajoutons quelques adaptations de séries T.V. : Billy the kid, Fury, Buffalo Bill jr. Très laides, elles proviennent de Dell Publishing C°.

 

Dans Pépito nouvelle série, on aura la surprise de trouver une réédition de Jim Taureau, de 1958, les Pirates sous la mer, série anonyme anglaise qui rappelle les palpitants sérials de William Witney.

 

On ne s'étonnera pas de constater que le western, genre dominant dans la bande dessinée d'aventure italienne des années 50, 60, fleurit également dans les séries humoristiques.

Par ailleurs, le parti-pris du journal Pépito est assez nettement celui des enfants, présentés comme l'incarnation du bon sens, alors que les adultes sont très généralement des pleutres et des imbéciles prétentieux.

 

Manuel Hirtz

 


Bibliographie bottarienne

Albums

 

Le trésor des biftèques (Sagédition)

Le trésor de Pépito (Sagédition)

Coups de tête et coups de canons (Sagédition)

L'île aux singes (Sagédition)

 

Pendant sa longue agonie, la Sagédition a publié de multiples albums brochés où le pire (la Panthère rose) cotoie le meilleur (Pépito). Tous ces albums furent extrêmement mal distribués et finirent souvent dans les grands magasins, sous forme de "pochettes surprise".

 

Pépito (Futuropolis)

Un volume indispensable, contenant comme le dit le sous-titre : 9 histoires palpitantes.

 

Pépito (Haga)

Album cartonné, supplément à Haga n. 50, où l'on trouve deux épisodes de Pépito : "La grand mère du corsaire noir" (Pépito magazine n. 3, 1958) et "Ventempoupe et les 40 voleurs" (Pépito Magazine n. 8, 1959).

 

Pinko et Ponko dans l'après-histoire (Bédésup)

Traduction d'épisodes des postorici avec un épisode ancien de "Pinko et Ponko".

 

Etudes choisies

 

Dossier Bottaro, par J. P. Tibéri, Haga n. 38

Mini-interview de Bottaro et un très bon épisode de Whisky et Gogo.

 

Des nouvelles de Bottaro, par Marc André,

A l'aise n. 12

Une présentation de la vie et de l'œuvre de Bottaro et une interview du maître.

 

Un cyclone nommé Bottaro, par Harry Morgan et Manuel Hirtz, les Cahiers de la BD, n. 83

Longue étude par vos serviteurs.

 

Bottaro, par François HUE, HOP n. 57, 2ème trim. 93

Article et réédition du Cauchemar de Ventempoupe.

 

Manuel Hirtz

 

ERRATA

Quand j'écrivais que les trois "P" '(alias les trois "T", alias tico et compagnie) étaient dans tous les numéros de Ooooh!, j'exagérais; Pour que les choses soient claires, Bernard Joubert et Manuel Hirtz ont l'honneur et l'avantage de vous présenter la bibliographie des oeuvres de Jacovitti dans Ooooh!

 

Ooooh! n. 1; Tico et compagnie "Oeil mou ne mollit pas."

Ooooh! n. 2; Cap'tain Pim "L'Epopée de l'endive enragée."

Ooooh! n. 4; Tico : "Le Bal des cannibales."

Manuel Hirtz