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Le siècle martien

notes pour servir à l'histoire du roman planétaire

(fin)

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IV BRUTES VERTES ET NONDESCRIPTS - LA BIOLOGIE DE LA PLANETE MARS

Ressortissant au roman d'aventures fantastiques, au récit d'exploration ou d'aventures coloniales, et à une littérature spirito-planétaire, le roman martien peut nous sembler bien peu scientifique. C'est dans ses emprunts à la métapsychique, "science naissante", qu'il a pu nous paraître le plus technique*. Cependant, notre lecteur peut trouver qu'à parler, comme nous avons fait, de races mourantes, de princesses captives, de nains rousseâtres, d'anges et de créatures merveilleuses ou fantastiques, nous avons manqué l'essentiel, à savoir l'invention par les romanciers des formes de vie d'un autre monde.

L'objet de la présente section est précisément cette biologie martienne. Nous verrons que l'extraterrestre est une invention récente et qui n'a eu, paradoxalement, que peu d'année pour s'acclimater sur Mars (alors même que martien était encore, il y a moins d'une génération, synonyme d'extraterrestre).

D'autre part, l'intérêt des romanciers pour l'histoire naturelle de la planète rouge ne les coupa pas, au contraire de ce qu'on pourrait croire, des sciences psychiques. En effet, une constante de la science-fiction fut de doter les martiens d'un sens télépathique.

* Il est entendu que nous n'abordons pas du tout la question astronautique, c'est-à-dire celle des moyens de transport dans Mars ; c'est précisément celle qui a le plus inspiré de littérature secondaire et le lecteur voudra bien s'y reporter.

 

4.1. L'invention de l'extraterrestre

 

C'est à Wells, on l'a dit, qu'on doit le lancement de l'extraterrestre, c'est-à-dire d'un être organisé conjectural, tel les martiens qu'il décrit dans The Crystal egg, et surtout dans La Guerre des mondes. Avant lui - et longtemps après lui - les auteurs proposent soit des hommes ou des animaux plus ou moins caricaturés, soit des chimères, c'est-à-dire des êtres de fantaisie, dont personne ne se demande par quel miracle ils peuvent survivre, comme les êtres mi-femmes mi-troncs et les puces grandes comme douze éléphants de L'Histoire véritable, de Lucien.

Il y a des exceptions, en nombre très réduit. Citons, dans ces extraterrestres pré-wellsiens : les saturniens du chimiste Humphrey Davy (The Last Days of a philosopher, 1827), les créatures de Defontenay (Star, ou Psi de Cassiopée, 1854), celles de Rosny - les Xipéhuz (1887) et les Moedigen (dans Un autre monde, 1895) - et naturellement celles de Flammarion. Davy et Defontenay ont, en quelque sorte, inventé l'extraterrestre avant la lettre.

Si les suiveurs de Wells ont été nombreux, l'extraterrestre ne s'est pourtant pas imposé de façon aussi rapide et unanime qu'on pourrait le croire. Le roman scientifique n'a donc que malaisément dégagé la notion d'extra-terrestre, et ceci pour deux raisons :

• La révolution copernicienne ayant établi que les autres mondes étaient semblables au nôtre, on en a conclu que leurs habitants nous ressemblaient. La doctrine de la pluralité des mondes postule en réalité la pluralité des humanités. La description d'êtres incongrus sur les planètes se trouvait rejetée de facto dans le domaine de la fantaisie ou de la satire.

• L'imaginaire moderne est, comme l'a montré notre étude spirito-planétaire, resté prisonnier de conceptions mystiques qui peuplaient le ciel de créature plus ou moins spirituelles, longtemps après qu'on eut reconnu la véritable nature des planètes.

On vérifiera facilement ces deux points sur les romanciers victoriens qui ont déjà été présentés. Chez Percy Greg (Across the Zodiac, 1880), comme chez Gustavus Pope (Journey to Mars, 1894), comme chez George Griffith (Stories of Other Worlds, 1901), les martiens sont humains ou du moins humanoïdes. Puisque la Terre et Mars sont analogues, leur peuples ne peuvent être eux aussi qu'analogues. Dès lors, les variations observées sont inscrites dans une frange assez étroite, en fonction du sol ou du climat. Dans un habitant de la planète Mars (1865) de Parville, on trouve déjà cette idée que c'est la géologie qui fait la race. Les auteurs des années 1880 et 1890 déclineront ces théories géologiques et climatologiques et peupleront Mars de races perfectionnées et de brutes primitives, mais humaines toujours, selon la nature du terrain et le temps qu'il fait. Il n'est pas douteux que ces descriptions d'humanoïdes n'apparaissent aux auteurs comme un progrès par rapport à des fantaisies astronomiques de la veine « puces grandes comme des éléphants ».

En second lieu, les races martiennes supérieures sont très souvent, chez les victoriens, éthérées, d'une intelligence et d'une beauté sublimes, l'environnement martien permettant seul cette perfection. Même si les auteurs se réclament d'une conception erronée du darwinisme, il est évident que ces martiens angéliques sont héritiers des créatures spirituelles de la littérature mystique. Ou plutôt, la métaphysique chrétienne et l'évolutionnisme s'entrecroisent et aboutissent ici à un unique motif. De fait, on nous précise souvent que la perfection de la race supérieure martienne doit beaucoup à l'ingénierie humaine, autrement dit à l'eugénisme ( Pope, Du Maurier).

Tout ceci explique que, si le martien dont nous nous occupons ici (un être organisé conjectural) ait eu, en littérature, du mal à naître. En récompense, il ne mourut que lentement.

 

4.2. Le martien des pulps magazines de Burroughs à Weinbaum

 

Chez Burroughs, les thèmes spirites qui nous ont accompagnés tout au long de cette étude sont toujours présents, quoique déformés. Chez ses suiveurs, ils tendent à se réduire aux pouvoirs psychiques et le martien de littérature populaire a suivi l'évolution du spiritisme scientifique en se bornant aux facultés télépathiques et en abandonnant les pouvoirs sur la matière et la communication avec les morts.

 

martiens de cape et d'épée

 

"Il y eut un bref moment d'émotion quand nous crûmes apercevoir sur un petit rocher de Chryse un B majuscule gravé par quelque martien inconnu. Mais ce n'était qu'un tour que la lumière, l'ombre et l'aptitude humaine à déchiffrer des signes nous avaient joué... Mais pendant un instant l'écho lointain d'un mot de mon enfance résonna dans ma tête : Barsoom."

Carl Sagan, Cosmos.

 

Les brutes vertes martiennes d'E. R. Burroughs, (Under the Moons of Mars, 1912, en volume : A Princess of Mars), insectoïdo-reptilio-humanoïdes, et les autres martiens, rouges, noirs, dorés, etc. qui apparaîtront au fil des charmants romans de cape et d'épée mettant en scène John Carter, sont, aux Etats-Unis, les prototypes des humanités extraterrestres et inspireront de nombreuses imitations.

La planète Mars, ou Barsoom, de Burroughs provient directement des conceptions des années 1890 et 1900 relatives à notre voisine céleste. L'influence la plus directe sur Burroughs fut Percival Lowell, l'astronome-diplomate qui construisit un observatoire à Flagstaff Arizona, dans le seul but d'étudier Mars et dont les résultats sont publiés dans trois ouvrages : Mars and its canals (1906), Mars as the abode of life (1908) et The Evolution of worlds (1909).

Lowell popularisa la vision d'un monde désertique et privé d'eau (pas très différent de l'Arizona où il travaillait), où la survie d'une race très ancienne et très sage était assurée par les fameux canaux, transportant le peu de liquide pour irriguer les terres altérées. Aucun auteur de science-fiction n'a plus ensuite osé s'éloigner de cette vision.

Burroughs fut suffisamment impressionné par les spéculations sur Mars pour entretenir, à un moment difficile de son existence, un long rêve éveillé au sujet de cette planète. C'est ce rêve éveillé qui, de son propre aveu, donnera les histoires de John Carter. Ce fait explique que les trois premiers volumes au moins de la saga martienne regorgent d'un riche matériel inconscient, culminant dans le second, Gods of Mars.

Les romans martiens de Burroughs empruntent à la tradition spirite et planétaire, mais ce rapport, qui tient essentiellement dans le procédé de transport vers Mars, reste difficile à établir, car notre auteur appartient à une école américaine de l'aventure fantastique dont la production se situe entre le merveilleux et ce qu'on n'appelle pas encore la science-fiction, et qui justifie peu ou pas du tout les phénomènes les plus étonnants.*

 

* Nous avons déjà cité les prédécesseurs de Burroughs, Mr Stranger's sealed packet (1889) de Hugh MacColl, Journey to Mars (1894) de Gustavus W. Pope, et surtout Lieut Gulliver Jones (1905) de Edwin Lester Arnold. Il s'agit dans les trois cas de fantasy ou de roman d'aventures, plutôt que de roman scientifique. Roger Lancelyn Green a très pertinemmment associé Gulliver Jones au The Wood beyond the world de William Morris.

 

¶ Depuis une caverne de sorcier de l'Arizona où des indiens l'ont contraint à se réfugier, le Virginien John Carter parvient sur la planète Mars par un procédé occulte, en projetant sur la planète rouge non pas son corps astral mais son double corporel de chair et de sang, - son Doppelgänger. (John Carter finira, dans les romans ultérieurs, par faire le voyage Mars-Terre dans le corps qu'il occupe dans la planète rouge.)

Mars est une planète mourante. Le fond des océans asséchés est peuplé de brutes vertes à six membres, hautes de trois à quatre mètres, habitant les anciennes villes portuaires d'une race éteinte.

Les soixante premières pages sont consacrées à une description des moeurs de ces créatures. John Carter est confié à une femelle martienne, Sola, d'une sentimentalité presque humaine, auprès de ses compagnes. Il est adopté par l'équivalent martien d'un bouledogue, Woola, et il conquiert le respect de deux chefs martiens, Thars Tharkas (qui découvrira plus tard que Sola est sa fille) et Lorquas Ptomel.

L'intrigue se tourne alors nettement vers le roman d'aventure. John Carter est conduit avec une belle captive d'une race rouge humanoïde (quoique ovipare), Dejah Thoris, princesse d'Helium, au cruel empereur des brutes vertes, Tal Hajus.

Par la suite, la princesse est condamnée à épouser le répugnant empereur de Zodanga, de race rouge comme elle. John Carter dépose l'empereur des brutes vertes et mène la charge lors de la guerre d'Helium contre Zodanga.

Mais au moment où il récupère sa princesse, l'usine à oxygène qui alimente la planète mourante tombe en panne. Le terrien qui a acquis accidentellement le secret de l'accès à l'usine, va pour rouvrir les valves qui peuvent sauver la planète, mais à cet instant, il est retransporté sur Terre.

John Carter attendra vingt ans avant de quitter à nouveau son corps terrestre pour retourner sur Mars et savoir s'il a sauvé de l'asphyxie un monde sur lequel l'attendent son trône et sa princesse.

Un avant-propos du "narrateur Burroughs" nous permet de comprendre rétrospectivement qu'il y parviendra effectivement le 1er mars 1886, puisqu'à cette date, on le retrouve mort, les bras étendus au-dessus de sa tête. Selon ses consignes, on place son corps dans une tombe aérée et qui ne peut s'ouvrir que de l'intérieur.

 

Notre Virginien reviendra dans dix romans et une longue nouvelle (une autre longue nouvelle est apocryphe) - échelonnés jusqu'en 1943 - sur une planète Mars qui, à vrai dire, deviendra de plus en plus conventionnelle.

On écrivit un nombre prodigieux d'histoires à la John Carter, se passant souvent sur d'autres planètes que Mars.

Ont surnagé jusqu'à nous les noms de James Ullrich Giesy (auteur, dans les années dix et le tout début des années vingt, de la trilogie mettant en scène Jason Croft sur la planète Palos), de Ralph Milne Farley (écrivant, dans les années vingt et trente, la série du Radio Man se passant surtout sur Vénus, déjà mentionnée dans ces pages), et les romans de Leigh Brackett, dont The Sword of Rhiannon (1949) se passe dans la Mars du lointain passé, à l'époque où elle était fertile, tandis que son Eric John Stark, qui n'est à vrai dire que John Carter sous un pseudonyme, sautille sur une Barsoom débaptisée. Nous eûmes ainsi Queen of the martian catacombs (1949) et Black Amazon of Mars (1951), - en volumes, respectivement The Secret of Sinharat et The People of the talisman. La martianité allant décroissant et l'auteur redoutant sans doute de paraître vieillotte et rassotée, Stark et sa planète "couleur rouille" finirent par être mutés dans Orion.

Mentionnons au passage Don Wilcox pour son Land of big blue apples (1946), ou les aventures d'un terrien sur une planète Mars où tout le monde a des cornes acérées sur la tête et aussi sur les épaules.

De nos jours, une populaire imitation de Burroughs est constituée par le cycle de Gor de John Norman, commencé en 1967.

Les aventures de Tarl Cabot et de Jason Marshall représentent à vrai dire une version libidineuse des histoires d'épéistes dans les planètes, d'une misogynie sans faille sous couvert de "ligotage", de "marquage" et de "discipline" - c'est-à-dire de brimades et d'humiliations diverses, silencieusement appréciées par un public qu'on devine impassible, sans préjudice, du reste, de sabres ni de sorcellerie.

Comme il est difficile, dans les années 1960, de décrire une écologie proche de la nôtre sur une planète solaire, l'auteur a recouru à l'anti-Terre, d'après le mythe pythagoricien d'une planète partageant l'orbite de la nôtre mais qui nous serait toujours dissimulée par le soleil. Les mystérieux prêtres-rois insectoïdes de Gor ayant, nous explique-t-on, le pouvoir de "dissimuler aux terriens les anomalies gravitationnelles qui révèleraient la présence de la planète", sans préjudice du mouvement général des planètes. (Ce qui revient, n'en déplaise à l'auteur, à faire régner la nuit noire, sans préjudice de la vive clarté du soleil de midi.)

 

L'émeu et l'émule : oiseaux et vieux sacs

 

Sorti de la belle invention des martiens verts et de quelques monstres de cauchemar (culminant dans Gods of Mars), E. R. Burroughs avait une tendance marquée à introduire des races extraterrestres pratiquement humaines, probablement parce qu'il se rapprochait tangentiellement de ses modèles, Walter Scott et Alexandre Dumas.

Il s'ensuivit une regrettable absence d'imagination chez beaucoup d'imitateurs, jusqu'au milieu des années 30, quelle que fût la planète, du reste, où ils situaient leur fiction.

Tout changea en 1934 avec l'oiseau martien Tweel, une sorte d'autruche martienne créée par Stanley Weinbaum (A Martian Odyssey, dans le pulp Wonder Stories, Juillet 1934), dont le comportement exubérant s'inspirait, semble-t-il, des personnages de dessins animés.

Tweel revient dans Valley of dreams, en novembre de la même année, dans la même revue. On apprit à cette occasion que le peuple autruchien était allé sur Terre il y a quinze mille ans, qu'il avait inspiré aux anciens Egyptiens la découverte de l'écriture, par imitation de la manie des autruches martiennes de plonger le nez dans un livre ou de prendre des notes dans leurs albums, et qu'ils y avaient été divinisés sous le nom de Thoth qui est celui de leur race, tout bêtement.

Nous avons déjà rencontré l'homologue de Tweel, le martien de Raymond Z. Gallun, Old Faithful (Astouding Stories, décembre 1934) qui ressemble, rappelons-le, à une pile de vieux sacs, avec une paire d'yeux au bout d'antennes et quelques pseudopodes.

Tweel et le Vieux Fidèle (dont le nom est 774) sont des martiens sympathiques et non humanoïdes. Cela représentait, pour reprendre les termes de Lovecraft (cités dans l'Histoire de la science-fiction moderne de J. Sadoul), une heureuse diversion aux méchants à la peau sombre et couverts de poils, échappés de la face sombre de la planète ou des régions circumpolaires.

L'opinion générale vit - et voit toujours - dans l'émeu martien de Weinbaum (et subsidiairement dans son émule astronome) une innovation majeure et, partant, un progrès décisif pour la science-fiction - savoir, l'invention d'un extraterrestre réellement différent. Cependant, lorsqu'on en vient à la nature de cette différence, les auteurs sont partagés. Pour les uns, elle tiendrait dans le fait que la créature n'est ni anthropomorphe (comme chez Burroughs), ni monstrueuse (comme chez Wells). Pour d'autres, elle résiderait dans le fait que la psychologie de la créature reste incompréhensible.

Que Tweel et le vieux fidèle constituent une innovation en science-fiction est en réalité douteux. En effet :

1) Le genre littéraire qui nous occupe ici, que son créateur, Hugo Gernsback, baptise, vers 1926, scientifiction, consiste en feuilletons et en nouvelles paraissant dans des revues populaires à sensation (pulps) et pastichant les romans et les contes scientifiques d'E. A. Poe, Jules Verne et surtout H. G. Wells - les oeuvres anciennes de ces auteurs figurant d'ailleurs au sommaire. *

 

* Elles publiaient en particulier des nouvelles de Wells vieilles d'un quart de siècle et du sous-Wells écrit par des imitateurs, à une époque où Wells vivait toujours et avait depuis longtemps orienté sa littérature vers d'autres voies. (Comparer The Man who awoke, 1933, de Lawrence Manning, à The Sleeper awakes, de Wells, 1899, et, plus généralement, n'importe quelle histoire parue dans un pulp entre 1919 et 1934 avec n'importe quelle histoire de Wells parue avant 1905).

 

2) Wells a décrit une biologie imaginaire et inventé, du coup, l'extraterrestre. Le roman planétaire, dans la mesure où il est autre chose qu'un conte de fée déguisé sous un lexique pseudo-astronomique, n'a, à ce jour, pas d'autre ambition.

3) Les martiens de La Guerre des mondes ne paraissent monstrueux et méchants qu'aux yeux d'un observateur terrien, nécessairement de parti pris.

4) La description de martiens batailleurs, humanoïdes et bestiaux, en science-fiction américaine, constitue, nous l'avons vu, une sorte de parenthèse ou de méandre, dû à l'influence de Burroughs, dans le cours normal de la science-fiction, qui découle de Wells. De sorte que le "progrès" annoncé par Tweel et le Vieux Fidèle est plutôt un retour aux sources wellsiennes, après l'intermède Burroughsien.

5) Enfin, l'idée même de progrès en littérature - fût-elle scientifique - nous paraît suspecte. Mais, sans doute, la confusion, ici, découle en partie de ce qu'à partir du milieu des années 30, les auteurs se préoccupent davantage de la vraisemblance astronomique de leurs histoires d'une part, et de psychologie d'autre part, préparant ce qu'on a baptisé assez pompeusement la "révolution Campbellienne" de la fin des années 30.

 

4.3. Le solstice d'été des martiens

 

Quand l'enthousiasme populaire pour les martiens fut retombé (c'est-à-dire peu après 1914), nos voisins planétaires eurent encore une quarantaine d'années pour faire carrière dans le roman scientifique. Ils durèrent un peu plus longtemps dans le roman populaire et le roman pour enfants avant d'émigrer vers la bande dessinée, pour finir dans le dessin d'humour et la publicité (si vous n'avez pas d'esprit, pas de talent et pas d'imagination, vous devriez faire de la publicité, c'est un métier très lucratif).

On signale une recrudescence de martiens avec la vogue soucoupiste de l'immédiate après seconde guerre mondiale (les soucoupes furent lancées par un marchand d'extincteurs du nom de Kenneth Arnold, en 1947), canular assez énorme pour que ses ultimes rides atteignent, outre certains cercles assez fermés d'amateurs, nos modernes gendarmes (à égalité avec la production ultime, moribonde et déformée de la métapsychique, la "maison hantée", c'est-à-dire le poltergeist.)

A tout prendre, et même si le déclin commence en réalité en14, qui est le solstice d'été des martiens, on reste surpris de la lenteur de l'extinction des indigènes de la planète rouge.

Curieusement, l'abandon par les esprits sérieux, autour de la première guerre mondiale, des martiens, race ingénieuse et patricienne, n'empêcha pas les savants de croire la planète habitable ; tout au contraire. En renonçant aux canaux - invisibles décidément sur les photographies, et que Lowell avait beaucoup affaiblis en prétendant en voir aussi dans la Lune, Vénus et Jupiter - et, partant, en réfutant leurs sagaces constructeurs, on n'en fut que plus libre pour spéculer sur l'habitabilité de la planète. On ne cessa de croire aux martiens que pour mieux croire à Mars, Terre jumelle. Les scientifiques consentirent aux températures arctiques, à la végétation réduite à des lichens, à l'oxygène raréfié, pour répéter que tout cela était, sinon confortable, du moins compatible avec la vie humaine. En mars 1958, le docteur Escoffier-Lambiotte écrit dans La Nef : "Mars, par contre, distant de la Terre de quelque 55 millions de kilomètres, possède une atmosphère raréfiée et de récentes expériences semblent prouver que les taches bleu-vert observées à sa surface par les astronomes sont dues à la présence de certains végétaux ; une forme primitive de vie est donc possible dans des conditions d'extrême sécheresse, de variations de température allant, tout au long d'un jour de 24 heures 37 minutes, de + 20° à - 30° C, et de pression atmosphérique très faible."

Les romanciers s'en donnèrent à coeur joie. Ils imaginèrent une planète vide, un Everest aux dimensions d'un monde, un Antarctique planétaire. L'homme ne s'y trouvait pas mal, pourvu qu'il réglât la température de son scaphandre et le débit d'oxygène - une sorte de plongeur à pied sec. Walter Miller imagine que les ouvriers chargés de la mise en état de la planète se font greffer des respirateurs mécaniques, injectant dans leur sang l'oxygène d'une réserve, de sorte qu'ils perdent l'usage de leurs poumons et, pratiquement, l'usage de la parole (Crucifixus etiam, dans Astouding Science fiction, 1953).

Les terriens, quand ils sortent de leurs villes sous globes ont le plaisir de découvrir des martiens, réduits à l'état d'animaux placides et attachants, extrayant l'oxygène des plantes, comme dans Sands of Mars d'A. C. Clarke (1952), ou devenus de purs esprits vivant en sous-sol, comme dans David Starr, space Ranger (1952) de Paul French (Isaac Asimov). Des romanciers un peu vieillots consentaient à des martiens moribonds, reflets romanesques du déclin de la martianité. C'est le thème de la vieille race, dont nou avons parlé plus haut (3.4.). La tendance générale était cependant de les cacher. Les romanciers pour enfants et les auteurs de bande dessinée se montraient plus audacieux. Les humoristes, quant à eux, exploitèrent sans vergogne ces martiens devenus ridicules.

On s'en donna à coeur joie jusqu'en 1965, où Mariner 4 battit la diane et réveilla les rêveurs en sursaut. L'atmosphère martienne, ténue, était composée presqu'entièrement de dioxyde de carbone et non d'azote, les rayons ultra-violets frappaient le sol sans être filtrés, et le stérilisaient efficacement, et, pour couronner, l'endroit ressemblait étonnament à la Lune.

Il est vrai que la planète Mars des ouvrages d'anticipation n'entretenait, en dépit des références scientifiques que nous venons d'évoquer, que d'assez vagues rapports avec la planète qu'observaient les astronomes - de même que le célèbre mandat de perquisition des romans policiers n'est qu'une version bâclée et approximative de la commission rogatoire de nos juges d'instruction.

Vrai aussi qu'en dépit de la masse de connaissances accumulées sur notre planète soeur, on n'y était pas allé voir - ce qui laissait au moins le droit de rêver - et qu'il restait des savants pour soutenir les martiens. (Même si, connaissant les écarts de température, la raréfaction de l'atmosphère, etc., Alfred Russell Wallace - moins imbu de martiens que de sciences psychiques - avait pu exclure l'habitabilité de la planète dès 1903, c'est-à-dire au plus fort de la vogue martienne.) Aussi tard qu'en 1949, l'abbé Moreux, directeur de l'observatoire de Bourges, disserte encore sur les "doubles canaux" martiens décrits par Percival Lowell et sur la présence ou non d'oasis à leur intersection.

Il faut attendre le survol par Mariner, en 1965, pour mettre fin définitivement à la théorie des canaux, et l'atterrissage des Vikings, en 1976, pour ruiner la possibilité d'une vie primitive en surface.

Contrairement à l'opinion commune, il est très difficile de savoir si une planète abrite la vie en la regardant à travers un téléscope, ou même en l'observant de près, depuis un satellite en orbite. Pour Mars, les changements de couleur des continents avec les saisons pouvaient être ou non causés par des changements de la végétation. Les grandes structures d'aspect géométrique (les plus grandes pyramides martiennes de Cydonia atteignent la hauteur d'un kilomètre) pouvaient être ou non artificielles. De toute façons, pour voir un être vivant, il faut un pouvoir de résolution de l'ordre du mètre, ce qu'aucune caméra, même placée en orbite, ne nous offre. *

 

* Nous renvoyons aux nombreux ouvrages de Carl Sagan. On peut aisément vérifier cette loi en avion, par temps clair, pendant les montées et les descentes. On aperçoit routes et canaux comme de fins rubans, on voit les maisons comme de minuscules carrés et, de façon générale, on aperçoit un quadrillage du territoire qui suppose une intelligence à l'oeuvre, mais il est impossible d'apercevoir aucun être vivant, ni même un véhicule, et les fameuses routes paraissent désertes.

Les romanciers de science-fiction ont évidemment pris des libertés avec les lois immuables de l'optique. Les astronomes martiens de Burroughs ont des lunettes qui leur permettent de compter les brins d'herbe d'une pelouse terrienne, ceux de R. M. de Nizerolles, (Les Aventuriers du ciel, 1935-1937) ont un Terravisor qui est évidemment une combinaison de téléscope et de microscope puisqu'il leur permet de compter les poils sur un bras terrien. Notons aussi que, du prisonnier de la planète Mars de Le Rouge au Vieux Fidèle de Raymond Z. Gallun, Mars communique avec la Terre par télégraphe optique moyennant quelques ampoules électriques ou quelques projecteurs artistement disposés.

 

4.4. Une diversité de martiens

 

Les traditions littéraires s'additionnant et se complétant, notre siècle aura vu, dans le roman scientifique, le roman populaire ou le roman pour enfant, mais aussi en bande dessinée et au cinéma, des martiens appartenant à tous les modèles possibles. En voici une nomenclature simplifiée, par ordre d'écart croissant avec la forme parfaite et divine de l'être humain.

 

1. martiens aux traits humains, et bien proportionnés. Ils sont de vieille race (1.1.) ou même de race olympienne (1.2.).

2. martiens humanoïdes, mais atrophiés et aux cerveaux énormes, le plus souvent à cause d'un excès d'intellect et d'une vie sédentaire.

Entrent dans cette catégorie les martiens de René de Nizerolles dans Les Aventuriers du ciel (paru en fascicules chez Ferenczi, de 1935 à 1937), petits, à grosse tête, supérieurement intelligents, commandant des robots de la voix et du geste. Les martiens dessinés de Guerre à la Terre (1945 à 1948) de Marijac et Licquois (puis Duteurtre) empruntent eux aussi au "grande tête pensante, petit corps" et poussent devant eux de vilains singes à grosses lunettes, armés de faux.

3. martiens humanoïdes mais sensiblement différents de nous.

3. 1. Par adaptation à leurs conditions naturelles (c'est-à-dire par extrapolation).

Un bon exemple est le martien de l'illustrateur Paul avec son torse de bombyx du murier, sa trompe de mouche, ses grandes pattes d'araignée skieuse (illustration dans la série Life on the other worlds, 1939, au dos d'une couverture de Fantastic Adventures).

Notons au passage que la bestiole est munie d'une antenne "télépathique" en forme de conche, analogue à ses grandes oreilles, et destinée à la "perception extrasensorielle". Singulier lapsus ! Si le martien a un organe de la télépathie, celle-ci ne constitue plus, par définition, une perception "extrasensorielle". Mais Rhine a popularisé, dès 1934, son E.S.P., qui remplace la télépathie de Myers, et si on communique sa pensée, avec ou sans organe, on fait de la "perception extrasensorielle" !

3. 2. Par grimage (c'est-à-dire par fantastication). Adjonction de crêtes, masques, mufles, petites ailes, griffes, cornes, etc. Très fréquent en bande dessinée, comme on peut en juger d'après les (rares) illustrations de ces pages.

4. Composites ou chimères. C'est le cas d'un mélange à parts égales d'hommes et d'animaux, ou de caractères appartenant à plusieurs ordres ou espèces - mélange motivé par le caprice de l'auteur, comme dans le type 3. 2. (grimage), et par opposition au type 3. 1. (extrapolation). Echappés des gravures de Grandville, on les retrouve sous la plume d'Arnould Galopin dans Le Docteur Oméga, aventures fantastiques de trois français dans la planète Mars (1906), déjà cité. On peut ranger dans la même catégorie les martiens verts de Burroughs, possédant des traits humains (allure générale, bipédie, langage), mais aussi carnivores (crocs), insectoïdes (six membres) et reptiliens (peau verte, yeux globuleux).

5. Animaux purs. Une sous-catégorie importante est le martien insecte. Citons les sauterelles martiennes dans l'excellent film anglais Quatermass and the Pit (qui fut d'abord un feuilleton télévisé). On en retrouve un plein vaisseau spatial dans un tunnel du métro de Londres. Elles sont à l'origine de moults phénomènes spiritoïdes, hantise, possession, etc.

Ces martiens-insectes furent à la mode pendant la vogue des soucoupes volantes, grâce entre autre à la plume alerte de Gerald Heard (Is Another World Watching ? 1951). Les pilotes des soucoupes volantes sont des super-abeilles venues de Mars, car seuls des insectes, intrépides et chitineux, peuvent résister aux affreuses accélérations des disques volants... tout en étant suffisament petits pour tenir dedans !

6. Nondescript. C'est le sommet de la martianité, résultat d'une réflexion sérieuse et imaginative de l'auteur, aboutissant à l'invention d'une forme de vie entièrement différente des formes connues, auxquelles elle peut cependant emprunter certains traits ou certains organes, et qui paraisse viable, au moins superficiellement. L'exemple canonique et le prototype est évidemment le martien wellsien de La Guerre des mondes.

Mais doit être versé aussi dans cette catégorie tout être tentaculaire et pustuleux (fréquemment verdâtre), conforme au canon de l'extraterrestre dans la science-fiction des années 40 et 50. Il est possible d'en trouver des représentants martiens, mais moins nombreux somme toute qu'on pourrait le croire.

Les parentés avec le type 3.1. sont évidentes, mais ici l'extrapolation fait perdre à la créature son caractère humanoïde et même toute organisation générale reconnaissable, proche de quelque division, embranchement, classe, ordre ou famille, du règne animal.

 

Il faut encore préciser, pour éviter toute simplification abusive et rendre justice aux auteurs, qu'ils mélangent allègrement les divers types de martiens. Ce brave Nizerolles, par exemple, (Les Aventuriers du ciel) déploie sur Mars des nabots atrophiés à grosse tête enflée (type 2 de notre nomenclature), sur Vénus et Mercure des dieux de l'Olympe (type 1.2.) et sur Jupiter des composites à fer à cheval (type 4.)

 

4.5. Petits hommes verts

Une énumération complète de martiens, que nous ne pouvons espérer mener ici, comprendrait encore maintes catégories.

Signalons seulement, à cet endroit, un petit mystère.

Les "petits hommes verts" devenus synonymes de martiens, en littérature écrite brillent par leur absence, si l'on excepte les affreux lutins verdâtres et passe-muraille qui épient tous les secrets et les divulguent en ricanant, imaginés par Fredric Brown (Martians go home, 1954).

Ailleurs, point de traces.

On se demande donc d'où sortent les "little green men".

C'est peut-être leur côté farceur qui nous donne la clé. Les petits hommes verts seraient la rationalisation des "petits hommes" ou du "petit peuple" des littératures orales celtiques, c'est-à-dire de créatures féériques (on sait que le "petit peuple" se vêt de préférence de vert).

L'utilisation fréquente de l'expression de petits hommes verts à propos des soucoupes volantes nous inciterait à les dater approximativement de la vague soucoupiste, donc de l'immédiate après-guerre. Il convient de noter que cette expression est blagueuse. Les gens qui croient aux soucoupes volantes croient aux "petits hommes verts", comme ils pourraient croire au "père Noël".

De ce fait, nous sommes portés à croire que l'installation du poncif des "petits hommes verts" est à chercher au premier chef dans les histoires drôles. En d'autres termes, le nabot verdâtre des bandes dessinées et des cartoons ne serait pas la corruption d'un martien vert sérieux, il serait en lui-même un type.

Il est de fait que les nabots verts ont prospéré jusqu'à nos jours dans le dessin humoristique. En particulier - gros pifs, dents de lapins et air abruti - sous le crayon de Pat Mallet. La publicité (chancre et parasite se développant sur la création des autres) les barbota pour vendre des nouilles. Autre exemple, choisi entre mille, en mai 1995, des bonshommes verdâtres non identifiés vendirent à grand renfort d'affiches 4 x 3 à l'élite des concierges la télévision par câble.

Et précisons pour finir que tout ce qui précède est, en l'absence d'études sérieuses, du domaine de la conjecture !

 

4.6. Les derniers martiens : Stranger in a strange land et The Man who fell to earth

 

On peut dater des années 1960 les ultimes martiens autochtones dans la science-fiction "sérieuse" (la description de la "race moribonde" venant illustrer non sans à propos un thème moribond). Encore les auteurs faisaient-ils souvent des difficultés pour identifier la planète.

A vrai dire, nous aimerions oublier le terrien Valentin Michael Smith, élevé par les martiens sur Mars et revenant sur Terre pour y découvrir les célérités de la loi et les joies de l'amour (libre).

Stranger in a strange Land de Robert Heinlein (1961) appartient à la veine diluvienne d'un auteur ailleurs excellent. Cela semble écrit par un Kipling dans son tour le plus "marchand de tapis", mais devenu sénile, et qui tirerait continuellement de son chapeau, en s'effarant d'être si génial, des astuces légales qu'il inventerait au fur et à mesure.

Tous les personnages, à longueur de page, font des difficultés, gardent une carte dans leur manche, voient clair dans leur jeu et tirent les marrons du feu. "Réfléchissez, Jill. D'après nos lois, Smith est une nation souveraine - et l'unique propriétaire de la planète Mars."

"Le docteur Nelson ? Mais il est parti, monsieur. Il a dit que vous lui aviez retiré la charge de ce patient. - Nelson a dit cela ? Damnation ! Eh bien, faites quelque chose !..."

ET IL Y A SIX CENT SOIXANTE PAGES DE CETTE SOUPE A L'ASPIRINE !

Traduit En Terre étrangère par un traducteur pour qui le verset biblique est resté lettre morte, qui par ailleurs ne comprend pas assez d'américain et ne se souvient pas d'assez de français pour que sa traduction soit lisible ou simplement ait un sens, l'ouvrage mérite amplement de figurer au nombre des dix plus mauvais romans de science-fiction qui furent jamais lancés à la tête du public francophone.

Pourquoi, dans ce cas, lui consacrons-nous mille quatre cent signes, demandera notre lecteur. C'est que l'ouvrage obtint le prix Hugo en 1962 et est devenu, dans son pays du moins et pour une génération, une sorte de classique.

Nous avouons préférer The Man who fell to earth de Walter Tevis (1963) qui n'avait rien évidemment pour rallier les suffrages (mais qui eut néanmoins son film, avec David Bowie).

 

¶ The Man who fell to earth est un petit roman mélancolique et désabusé qui décrit en une légère anticipation (l'action est située de 1972 à 1976) l'arrivée sur Terre du dernier martien.

Encore la planète Anthea n'est elle, par prudence, jamais identifiée. Les données cosmologiques sont celles de Mars, mais notre extraterrestre, tout issu qu'il soit du système solaire, se gausse bruyamment de ceux qui situent son monde sur la quatrième planète.

Notre martien commence sa carrière, comme tout extraterrestre évolué qui se respecte, en exploitant ou en vendant une vingtaine de brevets qui le rendent très riche. Son plan ? Utiliser son argent à la construction d'un vaisseau spatial et aller chercher sur Mars ses compatriotes survivants (on apprendra en passant qu'il en reste moins de trois cent, à cause des guerres atomiques martiennes).

L'entreprise échouera, sous les efforts conjugués de la CIA et du FBI. Notre martien, entre-temps devenu alcoolique, n'a jamais eu l'ombre d'une chance de réussir son "invasion".

Pour comble, le FBI, au hasard d'un examen de routine, lui brûle les yeux aux rayons x, et le pauvre martien aveugle finit sa vie au gin dans un bar de Greenwich Village. Ses seuls amis sur Terre auront été Betty Jo, une alcoolique d'âge mûr, et le professeur Bryce, un universitaire désabusé et lui aussi ami de la bouteille.

L'auteur ne cherche aucunement à dissimuler qu'à la fin l'humanité réussira probablement ce qu'elle sait faire le mieux - et que les martiens prévenus auraient su empêcher - sa propre destruction dans un holocauste nucléaire.

 

Les personnages fallots et alcooliques de The Man who fell to earth illustrent l'impuissance d'esprits supérieurs et désintéressés à améliorer les chances de leur monde. Le martien, tout riche qu'il soit de milliers d'années d'évolution, ne pèse pas lourd devant la routine bureaucratique de la clique d'espions bestiaux et illettrés qui contrôlent l'Amérique, et ses terribles souffrances physiques dans un environnement qui lui est étranger (ses os sont aussi fragiles que ceux d'un oiseau et il mène une existence d'invalide ; on lui brûle les yeux) rendent plus dérisoire sa tentative.

L'auteur - par inadvertance ? - laisse d'ailleurs échapper deux références à un autre extraterrestre au destin tragique, le poète américain Ezra Pound. La première est directe (lequel de ses crétins d'étudiants crasseux, barbus et aux pulls troués, se demande le professeur Bryce, ne se "rangera" pas et deviendra un Ezra Pound), l'autre indirecte (le martien lit les revues de poésie, sensible aux charmes de la sestina, de la villanelle et de la ballade, et compose lui-même).

De la même façon, les chats terriens exercent sur le martien un attrait croissant car, quoiqu'il n'en existe pas sur sa planète, il reconnaît qu'eux aussi proviennent d'ailleurs et ont l'air déplacé.

 

4.7."Un être étrange en jaillit" : les martiens dans la bande dessinée et la littérature enfantine

Le siècle avançant, et nos connaissances sur la planète, et diminuant l'espoir de trouver des martiens de bonne taille, allègres et dispos, la martianité alla se réfugier dans la littérature enfantine avant de brûler ses derniers feux dans les dessins d'humour et la publicité (si vous n'avez pas d'idées à vous, volez donc celles des autres ; on engage toujours dans la publicité).

 

Dans le strip Buck Rogers (1929) de Phil Nowlan et Dick Calkins, perdure cette esthétique début de siècle, transportée à l'âge du jazz. On a l'impression de voir des dessins de Robida miraculeusement replacés dans les années 20 et 30.

La Mars de Buck Rogers, très inspirée des planètes de Burroughs, est d'ailleurs le dernier reflet de cette autre Inde, qui est aussi celle du spiritisme ; et le strip de Calkins décrit l'exotisme triple de l'Orient, des planètes et du monde des esprits, au milieu d'une forte odeur de patchouli - ce qu'on nomme précisément l'odeur des Indes. *

Les martiens à tête de tigre de Buck Rogers apparaissent à partir de 1931 ; leur faciès félin ne fera ensuite que décroître, au détriment de leur originalité.

Un quart de siècle plus tard, le strip Piloot Storm (Pilote Tempête, 1947), concocté par le néerlandais Henk Sprenger, accueille des martiens placides, hilares et amateurs de café, à crête occipitale et aux oreilles en ailes d'avion (de vrai avion, nous voulons dire celui de Clément Ader.)

 

* Sur le strip Buck Rogers, nous nous permettons de renvoyer à notre étude dans Scarce # 35, 1993. Nous avons indiqué, dans des pages déjà anciennes, la raison de la fascination qu'exerce sur nous cette science-fiction vieillotte. Par l'illustration et par le texte même, elle véhicule l'esthétique des années 1880 à 1920, alors que le "style" de la science-fiction classique est naturellement celui des années 40 et 50. La découverte des anticipations antérieures, celles de l'âge du jazz, de la Belle-Epoque, ou même de l'époque victorienne prend donc valeur de révélation, celle d'une origine cachée, ou mieux, d'une autre histoire, parallèle et secrète, et déclenche une extase comparable à celle que provoquent chez les esprits factices et hétéroclites les élucubrations sur les civilisations lémuriennes ou atlantes. Le lecteur nous saura gré, nous l'espérons, de lui dévoiler les ressorts inconscients qui nous ont fait entreprendre cette étude.

 

4.8. La seconde enfance des martiens

 

Et passons au roman pour enfants.

Il sied de faire ici une mention émue du captain W. E. Johns, dont les livres d'anticipation parurent en France aux Presses de la Cité, dans la collection captain W. E. Johns, de 1954 à 1963.

Sur le quai de gare du progrès, les personnages de W. E. Johns ont oublié leurs bagages. Dans le premier volume, le professeur Brane, pittoresque amateur de caramel, convie à bord d'un astronef bricolé dans son garage une bande de chasseurs égarés sur la lande et fort judicieusement dotés de noms de chiens, le group captain Tiger, son fils Rex et Toby le toubib.

Dans les volumes suivants, nos terriens, ayant cassé leur bolide, se font trimbaler dans l'espace par leurs copains martiens Vargo et Borron, à bord du Tavona, soucoupe volante remisée dans un astéroïde. Ces expéditions ne sont organisées par l'auteur que pour faire répéter sentencieusement aux martiens que le progrès est chose dangereuse et que les terriens s'apprêtent à faire sauter leur planète comme les habitants de la planète Kraka, dont les fragments dispersés ont donné la ceinture d'astéroïdes entre les orbites de Mars et Jupiter. (Cette célèbre et idiote explication de la naissance des petites planètes est restée très populaire chez les auteurs populaires.)

La construction des romans de science-fiction du captain est simple. Le chapitre-type est titré : Une planète peu hospitalière. Un sermon réactionnaire prélude à la descente sur une planète à surprise, peuplée d'hommes vénéneux ou de fleurs préhistoriques (ou le contraire) ou de dangereux mirages, ou de n'importe quoi de menaçant et de venimeux sous des dehors débonnaires. Puis on remonte dans le coucou martien et on repart en se prodiguant des mises en garde contre les mondes inconnus, les voyages interplanétaires et le progrès.

Il y a, dans les romans du captain W. E. Johns, comme un dernier écho affaibli des visions des spirites. Jamais, depuis les élucubrations des médiums autour des guéridons de la fin du 19ème siècle, on n'a lu, déguisées en anticipation, visions plus puériles. Ce ne sont que petites planètes, peuplées de petits hommes mal dégrossis, sortant de petites maison primitives.

Quant aux planètes "plus évoluées que la terre", elles se caractérisent par le fait que les gens y sont totalement sans défense face à la moindre menace. C'est la rançon du progrès. On se demande comment ces brillantes civilisations ont pu se maintenir.

Nos héros tombent à pic pour repousser le péril devant lequel les évolués sont impuissants, par le moyen de quelque invention, de préférence bien primitive et dont la vertu est, de ce fait, décuplée. Le captain n'est pas chiche et une paire de fusils de chasse suffit amplement à repousser une invasion extraterrestre.

Mars n'échappe pas à la règle. Elle est moribonde à l'arrivée de nos explorateurs, à cause d'une invasion de moustiques, qui ont proliféré dans les fameux canaux, eh oui, l'eau c'est insalubre ; et comme nos martiens sont trop évolués pour inventer le DDT !... Ce sont, soit dit en passant, les grands nuages de moustiques qu'on aperçoit de la Terre et que les naïfs astronomes terriens prennent pour des tempêtes de poussière. Heureusement, le professeur Brane invente un insecticide.

Le côté fortement réactionaire de la série s'étaye sur l'ignorance abyssale et, pour tout dire, sur le complet mépris du captain Johns pour les réalités célestes.* Sa documentation paraît faite pour l'essentiel de souvenirs de l'astronomie de son enfance (ce qui le fait retarderd'un bon demi-siècle).

 

* D'autant plus étonnants pour nous qu'en France, la collection Captain W. E. Johns publiait les "juvenile" d'Asimov, signant Paul French, - déjà mentionnés, qui sont, eux, comme on l'imagine, correctement informés en mécanique céleste.

 

Notre homme a recueilli un surcroît d'explication dans des ouvrages de vulgarisation, mais il n'a apparemment pas tout compris, d'où des explications remarquables surtout par leur flou. De plus, notre auteur se décourage facilement devant une difficulté. Le captain a lu, par exemple, que, sur une autre planète, les unités de temps, jour et année, sont différentes, puisqu'elles sont des données cosmologiques (le jour est la durée de la rotation de la planète sur elle-même, l'année, la durée de sa rotation autour de son astre). Embrouillant cela avec la théorie de la relativité restreinte, le captain en conclut que, dans l'espace, le temps n'a plus de sens et littéralement n'existe plus ; et nos trompe-la-mort, dans leur astronef, n'emportent pas de chronomètre puisque l'heure donnée "ne signifierait rien".

Dans un ordre d'idées voisin, le lecteur sera surpris de constater que l'astronef ne comporte pas d'éclairage intérieur, probablement parce que, dans l'espace, "il fait noir". Il est remarquable par ailleurs que l'état d'esprit le plus fréquent pendant les voyages en soucoupe volante soit l'ennui. Les passagers sont plongés à longueur de romans dans un état de véritable abrutissement, pompeusement qualifié d'auto-hypnose, d'où ils ne sortent que pour échanger des réflexions contre le progrès ou se risquer sur un monde à surprises.

En ce qui concerne l'astronavigation, la référence du captain est, une fois pour toutes, l'aviation, et il s'en tient là.

Ainsi, s'il estime que la vitesse de la lumière peut être dépassée, (et même dépassée considérablement, ce qui lui permet de trimballer les gens entre les galaxies), ce n'est pas qu'il éprouve, à l'instar de nombreux illuminés, une haine pathologique envers Einstein, dont à l'évidence il se contrefiche, mais qu'il se souvient qu'on disait autrefois que les avions ne pourraient jamais dépasser la vitesse du son et que pourtant, progrès aidant, on y est arrivé.

De la même façon, si le captain croit qu'en allant d'une planète à l'autre, le panorama des étoiles fixes change, c'est qu'il ignore tout des distances stellaires, mais qu'il se souvient que, quand il s'égarait en avion, il ne reconnaissait plus les repères familiers, ceux-ci n'étant plus disposés de la même façon.

La conséquence est que ses voyageurs de l'espace se perdent très souvent, quand ils sont allés un peu trop loin, parce qu'ils ne retrouvent pas le dessin familier des constellations !

Les chose se compliquent encore du fait que nos explorateurs ne savent pas distinguer une étoile d'une planète et, par conséquent, ne savent jamais ce qu'ils ont devant eux (ce qui prouve que notre auteur n'a jamais jeté un regard dans une lunette astronomique d'amateur...).

De façon générale, le brave captain ne peut hasarder un fait scientifique sans écrire une énormité. Il croit ainsi que les hommes préhistoriques étaient contemporains des dinosaures, ce qui devait faire tiquer même ses juvéniles lecteurs !

 

4.9. Le glas de la martianité

 

La planète Mars est trop bien connue de nos jours pour abriter encore des intelligences. Les sondes furent sur Mars et ne trouvèrent pas de martiens, soit qu'il n'y en eût pas au lieu d'atterrissage, soit qu'il n'y en eût plus dans la planète, soit encore qu'il n'y en ait jamais eu. (Mais sans doute, il eût fallu chercher un peu à l'entour, ou soulever les pierres, ce dont les robots était incapables, pour découvrir le cloporte martien et, plus loin, le puits d'entrée à la ville souterraine du n.° 774 de Raymond Z. Gallun.)

Depuis les années 1960, les malheureux martiens se survivaient. D'ailleurs, on se passait fort bien d'eux.

Si la planète Mars restait généralement habitée, en littérature d'anticipation, ces martiens du futur étaient les descendants de colons terriens décrits dans les années 1950. La planète elle-même était devenue hospitalière grâce au terraformage.

Même en bande dessinée, il était devenu maladroit de parler de martiens autochtones. On préféra choisir, par sécurité, des planètes hors du système solaire (sans trop s'attarder au fait que leur existence même était, en astronomie, un énorme point d'interrogation).

Nous eûmes ainsi Terango, Vinea et tutti quanti. Les scénaristes de Flash Gordon se louèrent secrètement qu'Alex Raymond eût créé, avec Mongo, une planète imaginaire ayant fait "irruption" dans le système solaire.*

 

* Des planètes peuvent effectivement être éjectées de leur système solaire, au moment de sa formation, par les forces gravitationnelles et se promener dans l'espace, mais on pensait jusqu'à présent qu'elles ne pouvaient abriter la vie.

 

Les romanciers du courant "sabre et sorcellerie" qui tenaient à la planète Mars avaient, quant à eux, la ressource de placer leurs histoires dans le lointain passé de la planète, à l'époque où elle était "fertile".

L'unanimité s'était donc faite sur une planète Mars vide et, par conséquent, ouverte à la colonisation sans qu'on ait eu - cas d'école - à tirer une seule cartouche ni à construire une seule potence.

Il échut aux romanciers de science-fiction des années 1990 et 2000 de décrire la fameuse exploration (Mars, 1992, suivi de Return to Mars, 1999, de Ben Bova, visite guidée complète, y compris la ruine laissée par une authentique vieille race, contemporaine des dinosaures) et le fameux terraformage (Red Mars, 1993, Green Mars, 1994, Blue Mars, 1996, de Kim Stanley Robinson). La particularité de cette littérature est que, pour la première fois dans l'histoire du roman planétaire, on est allé sur un autre corps céleste (la Lune) dans le vrai monde et que les auteurs décrivent donc la conquête de Mars du point de vue du technicien. Les auteurs arrivent cependant à cacher une vie autochtone sur Mars. Gregory Benford (The Martian Race, 1999) sème une espèce de plancton intelligent ( ?) dans des évents thermiques sous la croûte planétaire. Dans un retour délibéré à Wells, Brian Aldiss et Roger Penrose (White Mars, 1999) ont écrit essentiellement un roman philosophique, d'ailleurs assez ennuyeux (le titre fait allusion à une planète qui serait réservée à la recherche scientifique, comme le continent blanc, l'antarctique, sur Terre). Mais les deux auteurs arrivent à placer sur Mars une forme de vie indigène, et non des moindres. Disons simplement qu'on ne l'avait par repérée parce qu'on avait le nez dessus.

On est loin des petits hommes verts.

Cependant, nous soupçonnons qu'il subsiste des poches de résistance martiennes.

Nous ne sommes pas bien sûrs que les occultistes aient renoncé aux martiens-esprits (en langage pseudo-scientifique, des êtres situés "sur un plan vibratoire supérieur"). Par obstination, si l'on veut, par habitude prise et parce que ces martiens indécelables ne sont pas menacés par le progrès de nos connaissances en martianologie.

De même, les adeptes des soucoupes volantes, en étroite relation avec les extraterrestres, comme on sait, ont-ils renoncé à faire décoller de la planète Mars ces nains grisâtres au terrible visage en amande, aux énormes yeux noirs, qui enlèvent des Américaines d'extraction modeste et au niveau d'instruction élémentaire pour leur faire subir, dans l'environnement nickelé d'une salle d'accouchement galactique, de monstrueux examens gynécologiques ?

Enfin, ultime coup de théâtre, l'examen en août 1996 d'une météorite venue de Mars, vieille de 15 millions d'années révéla de possibles micro-organismes fossiles. Ainsi les martiens ont pu exister sous forme microbienne. Peut-être ressemblaient-ils aux créatures imaginées par Stapledon.

 

5. Les martiens sont à tout le monde

 

Il en va des martiens comme du reste. Ils sont de leur temps. Ils ont fait leur temps. Il y eut une génération martienne qui s'étendit grosso modo de 1890 à 1920. Ensuite, ce fut une longue décadence.

Le Wells de 1926, qui dînait chez Leonard et Virginia Woolf, si on lui avait parlé ces soirs-là de martiens, probablement aurait fait une drôle de tête.* C'est qu'au fond, les martiens ne sont ni à lui ni aux autres auteurs qui les ont décrits. Les martiens sont à tout le monde.

 

* Il y revint pourtant, en 1937, dans Star Begotten, tentative à demi-convaincue de décrire un engouement martien, après qu'un savant soupçonne ceux-ci de modifier nos enfants à leur image à l'aide des rayons cosmiques. Le roman, comme tout Wells tardif, remue plus d'idées, généralement sous forme de dialogues, que de fiction. Le héros, à la fin, se découvre martien, c'est à dire capable, à son tour, d'abandonner les "traditions mortes" et d'aller de l'avant.

 

On va croire que les martiens ont disparu.

Ils n'ont pas disparu. Seulement, ils sont devenus une chose rare et précieuse. On ne peut invoquer leur nom à tout propos. On ne peut les exhiber comme des phénomène de foire, car ils n'y résistent pas. Il n'y a que les publicitaires, avec leurs gros pieds sales dans leurs sabots en peau de crocodile, pour avoir l'idée de les crucifier sur tous les murs !

Les martiens sont une espèce menacée, fragile, qui demande à mener une existence protégée et, pour tout dire, semi-clandestine, comme le pauvre bougre de Walter Tevis.

Les martiens ne sont d'aucune obédience, n'appartiennent à aucune nation, ne parrainent aucune cause. Ils ne font rien et ne disent rien.

Et pourtant, ils sont là, bien vivants, au fond de chacun de nous. Ils sont le patrimoine commun de l'humanité.

 

Harry Morgan

 

Comme d'ordinaire, nos plus vifs remerciements vont au Gentleman (Manuel Hirtz), pour avoir, ès vieilles anticipations, étayé nos connaissances chancelantes, rattrapé nos bourdes et ranimé notre foi.


Bibliographie choisie

 

Nous renonçons à donner in-extenso la bibliographie des romans ou des récits de science-fiction que nous avons cités. Les récits anglo-saxons antérieurs à la seconde guerre mondiale sont difficiles à trouver et n'ont pas toujours été traduits (sauf pour Wells, Burroughs, Stapledon et C. S. Lewis).

Le roman scientifique français présente des difficultés similaires, sauf pour Le Rouge, Rosny, constamment réédités, et, dans une moindre mesure, La Hire.

Pour l'après-guerre, le lecteur n'aura pas de mal à trouver la quasi-totalité des titres cités, dans des traductions françaises abominables, au milieu des collections de poche spécialisées, soit chez Denoël (Présence du futur) soit chez J'ai Lu, soit au Livre de Poche.

 

Histoire de la science-fiction

 

Sadoul (Jacques), Histoire de la science-fiction moderne, deuxième édition révisée, 1984, Robert Laffont

Versins (Pierre), Encyclopédie de l'utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction, seconde édition 1984, L'Age d'Homme

 

Les quatre évangélistes

 

Wells (H. G.), The War of the worlds, Heinemann, 1898, Penguin Books, 1946

Burroughs (Edgar Rice), Under the Moons of Mars (en volume A Princess of Mars) The All-story weekly, 1914

Stapledon (Olaf), Last and First Men, 1930, Pelican Books, 1937, Penguin Books, 1963

Lewis (C. S.), Out Of The Silent Planet, John Lane, The Bodley Head, 1938 ; Pan books, 1952

 

Roman scientifique

 

Lasswitz (Kurd), Auf Zwei Planeten (Two Planets) abridged by Erich Lasswitz, translated by Hans Rudnick, Southern Illinois University Press, 1971

Vibert (Paul), Pour Lire en auto,1901, réédition Slatkine, "Ressources", 1981

Fonvielle (Wilfrid de), A La Surface de Mars, Journal des voyages du 17 février 1901

Rosny Aîné (J. H.), Les Navigateurs de l'infini, 1925 ; suivi de Les astronautes [posthume], in Les Navigateurs de l'infini, Editions Rencontre, 1960

Williamson (Jack), The Doom from planet 4 (Astounding Stories, juillet 1931)

Gallun (Raymond Z.), Old Faithful, Astounding Stories, décembre 1934, The Son of Old Faithful, Astounding Stories, juillet 1935

Nizerolles (R. M. de), Les Aventuriers du ciel, Ferenczi, 1935-1937

Sagan (Carl), Contact, Century Hutchinson Ltd, 1986

 

Les romans de Wells ont été publiées en France au Mercure de France et sont réédités en collection de poche. Les nouvelles (The Story of Davidson's eyes,1895, The Plattner Story, 1896, The Crystal Egg, 1897, Sous Le Bistouri, 1897), se trouvent, par exemple, chez Tallandier, in Les Pirates de la mer, 1978, Douze Histoires et un rêve, 1978.

 

Les aventures interplanétaires signées captain W. E. Johns (Presses de la Cité) ont été rééditées aux éditions Lefrancq.

 

N'ayant pu nous-mêmes nous transporter dans la planète Mars, nous avons consulté, sur l'environnement martien, les ouvrages de Camille Flammarion, Carl Sagan, Isaac Asimov, et les revues d'astronomie populaire.

 

On consultera dans The Fortean Times # 76 ((août-sept. 1994) un bon article de vulgarisation sur les médiums martiens des années 1890, précédemment paru dans une revue soucoupiste. Il y est question d'Hélène Smith, de C. G. Jung, de Mireille, le médium du colonel de Rochas, de la radio interplanétaire, de Percival Lowell et des canaux de Mars, et enfin des romans martiens d'E. R. Burroughs.

 

Je veux revoir le tout début

Je veux revoir le milieu

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